POLITIQUE

Où sont passés les partis politiques haïtiens ?

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Chômage, insécurité, pandémie de coronavirus… rares sont les propositions des partis politiques sur les multiples crises qui gangrènent le pays

Alors qu’Haïti traverse une crise sanitaire, politique et économique, les interventions des partis politiques, comme entités, se font rares. Traditionnellement, ces structures s’activent à veille des élections.

À côté des problèmes idéologiques, de structuration et souvent de financement dont font face ces organisations, des dirigeants de partis se sont convertis au fil des ans en « ouvriers politiques » qui profitent des occasions de crise pour obtenir des postes dans l’administration publique.

Traversés par un vide idéologique, selon des observateurs, les partis politiques en Haïti ne produisent que rarement des réflexions sur les problèmes majeurs de la société afin de les inscrire au cœur de leurs programmes et propositions de politiques publiques.

Pour s’exprimer dans le débat public, la plupart de ces structures politiques se cantonnent aux prises de position souvent non structurées d’un ou de plusieurs personnalités en leur sein.

Plusieurs structures politiques, dont Nou P ap dòmi, l’Association civique et citoyenne Ayiti Nou vle a, le Secteur démocratique et Mache kontre, ont fait des propositions, souvent non elaborées, pour l’après Peyi Lòk. Haïti en action (AAA) a sorti un plan d’action pour la bonne gestion du nouveau coronavirus.

Mais en grande majorite, les partis politiques se taisent sur les maux du moment.

Des ouvriers de la politique

Selon l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance électorale (IDEA), les partis politiques représentent les piliers de la démocratie. Ils forment l’expression de la diversité des idées qui traversent et construisent la société.

En Haïti, « la politique est vue comme une échappatoire à la précarité », pense le coordonnateur de la plateforme politique VERITE, Jean Gué. Il affirme qu’il n’existe pas de réels partis politiques dans le pays vu que ces entités n’ont pas de vision et de ligne politique précises.

« Les partis politiques fonctionnent à l’instar de l’atomisation des organisations paysannes ou populaires. Chaque individu a son parti politique et les responsables se considèrent comme des ouvriers politiques », croit celui qui est aux commandes de VERITE.

Lire aussi: Où est passé le projet d’institutionnalisation des partis politiques ?

Cela dit, les périodes électorales occasionnent un bouillonnement d’activités et des individus font de l’occasion une opportunité d’affaires. « Ils ont des partis politiques et des organisations sociales. Ils peuvent vous donner un millier d’électeurs en fonction de votre moyen économique », dit Mathias Pierre, membre du parti « Konsyans patriyotik » qui révèle avoir vécu cette expérience lors de sa candidature à la présidence en 2015.

Ainsi, la plupart des partis politiques ne s’identifient pas à des intérêts de groupes, de catégories sociales ou de classes. « On a des hommes méconnus du public qui se disent dirigeants de partis politiques et qui attendent des moments de crise pour entrer en négociation afin d’obtenir des postes politiques », croit Mathias Pierre.

Des piliers de la démocratie

S’il y a une structure qui existe que pour les élections ce n’est pas un parti politique, analyse de son côté la dirigeante de FUSION, Edmonde Supplice Bauzile. L’ancienne sénatrice croit que le parti politique est un instrument mis en place par un ensemble de gens partageant les mêmes idéologies dans l’idée de conquérir le pouvoir par des élections.

Pour la candidate malheureuse aux présidentielles de 2015 et de 2016, les partis devraient s’atteler à faire la formation de leurs membres, et organiser des congrès nationaux.

Si Beauzile avance que ces entités doivent débattre régulièrement de la chose publique, les réflexions ou propositions de son parti sont introuvables durant ces temps de crise.

Lire également: Seulement 2 partis politiques sur 83 répertoriés ont un site web actif

De son côté, Mathias Pierre pense que ce qu’on appelle parti politique en Haïti n’est qu’en réalité un ensemble de trois ou quatre hommes avec une idée politique. « Les partis politiques les mieux connus en Haïti comme la Fusion et l’OPL ou LAPEH se réunissent majoritairement avec une dizaine de membres pour statuer sur des décisions politiques ».

Les rares partis politiques qui tentent de se structurer évoluent sans techniciens. « Ces structures sont dépourvues de compétences par exemple en éducation ou en économie alors que leur fonctionnement devrait refléter l’image du pouvoir », commente Jean Gué.

L’opportunité des élections

166 partis politiques étaient certifiés en Haïti en 2016. 107 d’entre eux ont été agréés par le conseil électoral provisoire pour participer aux joutes électorales de 2016.

« Au niveau de la plateforme VERITE, nos activités politiques se rapportent aux élections. Sans les joutes électorales, la politique meurt au sein de la plateforme », fait savoir le coordonnateur de cette entité politique, Jean Gué.

Selon le coordonnateur de LAPEH, Jean Hector Anacacis, la scène politique haïtienne est dominée en majeur parti par des partis politiques électoralistes qui ont tendance à s’activer uniquement par rapport à l’organisation des élections. « Leurs bannières sont mises à la disposition de n’importe quels hommes qui veulent se faire candidat », dit Anacacis.

Parallèlement, il croit que ces structures doivent être régulées par des lois. « Les lois sur les partis politiques devraient les obliger à se regrouper pour s’aventurer dans les joutes électorales. L’on constatera à cet effet une réduction du nombre croissant des partis politiques lors des élections ».

Tentative de régulation avortée

Une tentative d’institutionnalisation des partis politiques a été entreprise en 2018. Comme le veut la loi, la plupart de ces structures ont reçu à l’époque une subvention de l’État haïtien.

Ce financement public devrait être utilisé pour payer les dépenses courantes, diffuser les projets politiques, coordonner l’action politique de leurs membres ainsi que leur formation.

À date, ce projet de transformation des partis politiques comme entités sociales ou institutions organisationnelles ayant une administration réelle reste flou.

Les partis politiques n’ont jamais produit de rapports sur les dépenses réalisés dans le cadre de cette subvention.

Emmanuel Moïse Yves

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Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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