SOCIÉTÉ

L’enfer à Onaville : la route nationale #3 sous la menace des gangs de Canaan

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Les bandits de Canaan se positionnent pour contrôler ce tronçon alternatif emprunté par les voyageurs à cause de la dangerosité de la nationale #1

Onaville, ce bidonville pavé de poussières dans la commune de Croix-des-Bouquets, attire les convoitises des bandits de Canaan, située elle-même à une dizaine de minutes sur la route nationale #1.

Ces groupes armés multiplient les attaques, violent, pillent et terrorisent dans la zone. Certains résidents lâchent prise et déménagent. Pour récupérer leurs maisons abandonnées, les propriétaires doivent verser de fortes sommes décidées unilatéralement par les chefs de bandes, témoigne une source à Onaville interviewée par AyiboPost. Elle demande l’anonymat pour des raisons de sécurité.

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Au cœur de la bataille, un changement d’itinéraire par les chauffeurs se rendant au nord du pays : au lieu d’emprunter la route nationale #1 qui traverse Canaan, ils préfèrent utiliser la nationale #3 qui traverse Onaville. Ce choix crée un manque à gagner pour les bandits de Canaan menés par le nommé Jeff ainsi connu.

Ces groupes armés multiplient les attaques, violent, pillent et terrorisent dans la zone.

Pour les premières semaines de 2023, deux attaques, œuvres du gang de Canaan, sont déjà enregistrées à Onaville. Dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 janvier dernier, des bidonvilles comme Jérusalem et Corail, quartiers limitrophes à Onaville, ont été pris d’assaut par ce même groupe. Lors d’une attaque en décembre dernier, plusieurs individus ont été tués et des véhicules incendiés.

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Le maire de la Croix-des-Bouquets, Jean Wesnel Edrouine Pervil, n’a pas répondu aux demandes d’interview d’AyiboPost.

Gulbert Alcius, membre d’une organisation de la société civile influente à Onaville affirme qu’une bonne partie de la zone à l’entrée nord de Port-au-Prince est déjà tombée sous le contrôle du gang de Canaan.

Onaville et Canaan font partie des quartiers peuplés après le séisme du 12 janvier 2010. Les zones avoisinantes jusqu’à Onaville 18 (bò sitèn) sont déjà tombées sous le contrôle du gang de Canaan.

Certains résidents lâchent prise et déménagent.

L’État est presque absent à Onaville. Puisqu’il n’y a pas d’infrastructures ni d’eau potable dans la zone, le village dépend de l’extérieur pour presque tout. Un sous-commissariat de police sous-équipé est placé dans la zone.

Selon Gulbert Alcius, les familles quittent la zone par dizaines.

«Nous abandonnons la localité par peur de nous trouver parmi les prochaines victimes du gang de Canaan, mais de temps en temps, nous envoyons un membre de la famille rendre visite à la maison», confie un habitant de la zone contacté par AyiboPost. Il requiert l’anonymat pour des raisons de sécurité.

«Je vis dans la peur et je suis envahi par le stress», déclare un autre membre de la société civile qui vit depuis 2010 dans cette localité. Il refuse de donner plus de détails sur sa situation pour ne pas se faire repérer. «J’avais abandonné [le bidonville de] Jérusalem. Comme je n’ai nulle part où aller à cause des attaques, je suis maintenant obligé d’y retourner avec ma famille.»

Un sous-commissariat de police sous-équipé est placé dans la zone.

Geralda est enseignante. Elle dirige à Onaville la petite école «Grand Collège de Berée» depuis 2022.

«Nous avions un effectif de quatorze élcves, mais depuis la dernière attaque, ce nombre est réduit à deux», fait savoir Geralda à AyiboPost. «Certains parents m’ont téléphoné pour m’informer qu’ils sont rentrés en province avec leurs enfants.»

D’autres habitants d’Onaville tentent de se défendre. Pour faire face à la terreur du gang de Canaan, ils montent des brigades de vigilance.

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«Toute personne inconnue doit subir un interrogatoire, déclare Gulbert Alcius. Toute personne qui veut louer une maison ou acheter des terrains dans la zone sera emmenée au sous-commissariat pour se faire enregistrer.»

© Photo de couverture : Un groupe armé gagne les rues de Port-au-Prince en 2022 pour protester, disent-ils, contre les enlévements répétvs dans la capitale. (Matias Delacroix/AP/SIPA)

Fenel Pélissier est avocat au Barreau de Petit-Goâve, professeur de langues vivantes et passionné de littérature.

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