SOCIÉTÉ

« N’utilisez pas de sirène » ! Récit de fin de mission pour l’USNS Comfort

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Les autorités de l’ambassade américaine, le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) et les autorités de la Police Nationale d’Haïti (PNH), ont procédé le 11 novembre 2019, à la cérémonie de clôture de la visite de l’USNS Comfort en Haïti

Il était près de 10 heures du matin. Journalistes et employés de l’ambassade étaient présents sur la cour de la représentation consulaire des USA au Boulevard du 15 octobre, attendant le mot d’ordre des officiels pour se déplacer. Nous nous rendions à la cérémonie de clôture de la visite du bateau médical USNS Comfort en Haïti.

Le cortège démarra tardivement. Les agents de sécurité de l’ambassade et ceux de la Police Nationale d’Haïti (PNH) se partageaient les informations concernant les obstacles et autres dangers sur le trajet à éviter.

USNS Comfort. Photo : Kisley Jeannot

Une ville avec des cicatrices d’après-guerre

Le parcours était long, ponctué de détours pour éviter les barricades. La voiture de police qui devait être en tête de cortège ne pouvait pas tenir la cadence, délabrée et amochée comme elle était. Ce n’était pas étonnant, vu qu’un des agents de la PNH, avant de partir, s’efforçait d’attacher avec une corde le capot du véhicule pour qu’il reste en place. La tâche était difficile avec le capot rebelle. Le policier nageait presque dans sa propre sueur.

Comme la voiture cabossée, le reste du paysage affichait un décor d’après-guerre. En descendant au Centre-ville, les rues étaient désertes, remplies de détritus, de pierres et de boues. Les gens quant à eux, avaient l’apparence de rescapés.

C’est alors que la radio émetteur de notre véhicule cracha : « À tous les chauffeurs du cortège, n’utilisez pas de sirène, je répète, n’utilisez pas de sirène. »

En route vers l’Autorité Portuaire Nationale, on a franchi le bicentenaire sans encombre. Là-bas, un bateau nous attendait pour nous amener à la base Amiral Killick. Le cortège n’avait pas pris le risque de passer à Martissant, communément appelé VAR par les gens de la zone.

En réaction à l’actualité, l’ambassadrice des Etas-Unis, Michèle Sison a déclaré dans son discours que son pays « exhorte tous les acteurs – les leaders politiques, économiques et de la société civile – collaborer afin de trouver une solution ensemble, dans un dialogue inclusif et sans préconditions, non violente et démocratique dans les jours qui viennent.

USNS Comfort. Photo : Kisley Jeannot

Bilan de la visite de l’USNS comfort en Haïti

Pour organiser la venue du bateau, des ressources importantes ont été mises en branle. Entre autres institutions impliquées, expose la ministre de la santé publique, Dr. Greta Roy Clément trouve la PNH, l’on trouve le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) accompagné de ses directions administratives, l’Hôpital Universitaire la Paix, le Centre Ambulancier Nationale (CAN), l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH), les Gardes côtes.

La ministre affirme que plus de 500 personnes ont été examinées par jour sur le bateau. Et Michèle Sison, fait état de 3 500 patients qui ont reçu des soins médicaux et environ 1 200 interventions chirurgicales réalisées durant la semaine écoulée.

L’USNS Comfort est sur sa sixième visite en Haïti. De 2007 à 2019 plus de 43 500 haïtiens ont été soignés, rapporte Sison. Et ce chiffre augmentera, vu qu’au moment de la cérémonie, le personnel médical du bateau continuait de desservir la population.

Des dons en matériels aussi ont été faits pour un montant dépassant 300 000 dollars américains. L’on enregistre des génératrices, tables d’opération ou de consultation, des chaises roulantes, des incubateurs pour nourrisson et autres.

Qu’est-ce qui se passe après le départ du bateau ?

Dr. Greta Roy Clément  a assuré que les malades qui nécessitent un suivi post-opératoire pourront recevoir ce service dans l’Hôpital Universitaire la Paix. Les médecins de cet hôpital recevront le protocole opératoire du patient, indiquant quel médicament prendre et autres informations.

Cependant, il faut savoir que les médecins de l’USNS comfort n’ont choisit de faire que des interventions chirurgicales qui pouvaient être exécutées durant le peu de temps qui leur était imparti. Les informations sur les patients devant être opérés ont été fournies dans une liste dressée par l’Hôpital Saint Luc, l’Hôpital Universitaire la Paix et l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti.

Le directeur du MSPP dit aussi «  reconnaître qu’il y a beaucoup de demande » en matière de santé en Haïti. Il a promis que : « Nous allons travailler pour renforcer le système de santé et les institutions. » Il invite le secteur privé à faire sa part également, car d’après lui, le MSPP n’est pas « l’unique responsable de la santé des haïtiens ».

USNS Comfort. Photo : Kisley Jeannot

Les stars de la visite de l’USNS comfort

 Beaucoup de patients déplorent que le bateau n’ait pas fait plus de temps ici en Haïti. Les lieutenants Pierrot Raphael et Danne-Marc Atis, deux soldats américains d’origine haïtienne, partagent cet avis. Ils ont été les stars de cette tournée en Haiti. Sison a déclaré qu’ils: « représentaient ce qu’il y a de meilleur aux États-unis en Haïti ». De nombreux médias à Port-au-Prince se sont intéressés à leur histoire.

Pierrot Raphael est originaire du Cap-Haïtien et Danne-Marc Atis vient des Cayes. Il a passé plus de 20 ans dans l’armée américaine et elle a à peine huit années. Au cours de cette visite, Atis a surtout travaillé en tant qu’infirmière et a eu la chance de rencontrer des gens qu’elle connaissait avant son départ du pays en 2010. Son compatriote, lui travaille dans la logistique et il n’a pas pu rencontrer les proches qu’il a laissés ici, dans le pays.

Les gens ont choisi de venir à USNS Comfort

Toute la semaine, l’affluence devant la Marine haïtienne était visible et animait les débats des gens de la zone et des automobilistes. Des centaines de gens sont venus chercher des soins et le nombre grossissait à vue d’œil à chaque jour qui passait.

Pourquoi est-ce ainsi ? Un passager de camionnette en partance pour le Centre-ville la semaine dernière se plaignait que les haïtiens sont « sans honte et sans fierté », en les voyants. Un autre lui a répondu qu’il : « faudrait d’abord leur donner plus d’hôpitaux. » Pour le Dr. Lauré Adrien, Directeur Général du MSPP, « même si la demande [en hôpitaux] surpasse largement l’offre, cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun, les gens ont le choix. »

Selon ce responsable, les gens ont «choisi» d’attendre sous le soleil de plomb, dans la poussière épaisse de la rue, serrés les uns contre  les autres.

Encore, selon le directeur du MSPP, « ce sont eux qui ont fait un mauvais choix lorsqu’ils ont décidé de dormir sur place, en pensant que cela les aiderait à passer le lendemain, dans un autre groupe. »

USNS Comfort. Photo : Kisley Jeannot

Mais, comme le dit le Dr. Greta Roy Clément, c’est l’annonce du passage de l’USNS comfort qui « a suffi pour drainer cette foule innombrable en quête de soin, de service de qualité et à coût quasiment nul pour le patient. » « Et il ne fait nul doute que leur service de meilleur qualité est très accessible et très prisé par la population haïtienne », a-t-elle ajouté dans son discours de circonstance.

Les données des derniers rapports d’enquêtes sur les services de santé en Haïti, comme l’EPSS-II ou l’EMMUS VI en disent long sur la mauvaise qualité et l’inaccessibilité des services de santé pour les haïtiens. Les malades reçoivent le même traitement de l’Etat haïtien et sont aussi démunis que ce policier en sueur nouant le capot de sa voiture de service.

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Hervia Dorsinville

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