POLITIQUESOCIÉTÉ

Notre police va mal, à l’image de notre société

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Pour le seul mois d’octobre dernier, près d’une dizaine de policiers furent assassinés. En 2015, le bilan n’aura jamais été aussi lourd : vingt et un policiers furent tués par balle. A défaut de salle de cinéma, les rues de la capitale haïtienne, ces derniers jours, offrent le triste spectacle de télé- réalité dans lequel des policiers sont abattus comme des chiens

Et c’est cette chère société que nous accusons, dans toutes ces composantes: intellectuelle, médiatique, économique et politique. C’est cette incapacité de se libérer du joug du passé colonial qui nous confine dans une espèce de sous-humanité qui finit par s’ériger en système établi, englobant toutes nos actions et passions. Cette attitude est celle d’une mauvaise mère qui, dans son allégeance aux plaisirs et son irritabilité à la responsabilité, délaisse ses enfants dans la débrouillardise et le libertinage le plus flagrant. Pourtant, à la moindre bêtise de ces derniers, elle joue à la mère bienveillante, à l’innocente, qui se lance sans gêne et sans remords dans les critiques les plus amères jusqu’à la condamnation la plus rigoureuse.

Et justement, ce fait est si fréquent dans notre pays que nous n’en tirons jamais de leçon. Il a fallu cet événement, à Grand Ravine, pour que la bêtise de nos coutumes, une fois de plus, nous pète à la figure.

La bêtise, en fait, ne fut qu’une opération policière, menée dans l’une des banlieues de notre capitale se soit soldée sur la mort de plus de dix personnes dont deux policiers. Grand Dieu: partout ailleurs, la mort de dix êtres humains ne serait passée sous silence. Loin de nous, donc, de vouloir reprocher à notre chère société d’avoir exprimé promptement son indignation. Mais, cependant, chère société, au risque de nous faire traiter de cyniques, il aura fallu surtout l’arrestation de ce pasteur, ce directeur d’école, cet ingénieur (des titres qui vous confèrent le droit à la citoyenneté dans ce pays, donc l’accès aux « privilèges » ) pour dire, à travers la voix de vos grands avocats, vos intellectuels de renom, vos journalistes vedettes: « Halte-là ».

Honnêtement, nous, les policiers, félicitons votre fougu à vous révolter contre les atteintes aux droits humains. Mais que cette fougue ne soit pas sélective. Imaginez un peu l’effet qu’aurait eu un tel déchainement de colère et de condamnation quand les premiers policiers avaient été tués! Comment une société peut-elle rester aussi impassible face à ce spectacle d’hommes et de femmes, engagés à la protéger et à la servir, quotidiennement qui se sont faits abattre comme des chiens?  Que de policiers en uniforme, dans l’exercice de leurs fonctions, ont baigné dans leur sang en pleine rue. Ont-ils jamais bénéficié d’un vrai hommage à travers lequel cette société aurait très clairement exprimé sa colère et son indignation?

Il n’est pas dans ce pays d’entité aussi sollicitée en termes de devoir et de responsabilité que la police nationale. C’est pratiquement la seule institution qui arrive à se débarrasser de manière systématique de ses éléments indésirables. C’est comme si elle portait, à elle seule sur le dos, le poids de toute l’impunité dans laquelle cette société est plongé. Elle porte la lettre écarlate.

Et pour expier ses fautes, pour se donner bonne conscience, celle-ci ne se gêne pas de la traiter en vulgaire coupable.

Alors, aujourd’hui, chère société, les policiers réclament en leur faveur votre « Halte-là ». Ils réclament, de vous, cette levée de boucliers dont vous avez si magnifiquement fait la démonstration à certaines occasions tout au long de votre histoire. Et ceci, ce n’est pas une faveur que nous vous demandons. Il y va même de votre existence en tant que société car la police n’est pas une pièce détachable de la société moderne et démocratique, un ornement dont on peut tout aussi bien se passer mais représente plutôt l’un des pilier de la fondatio de celle-ci.

Par conséquent, chère société, loin de nous de vouloir vous reprocher vos prises de position critique à l’égard de votre Police Nationale, mais, au contraire, ce que nous souhaiterions, ce serait votre sincère passage de la dénonciation à l’engagement. Au lieu de l’œil passif du spectateur, nous réclamons la main tendue de l’acteur.

Et s’il arriverait que l’on meurt dans l’exercice de notre mission, que l’on s’en aille avec le doux sentiment du respect et de la gratitude de ceux que l’on protégeait et servait.

José « Vèvèl » Jacques 

Image: The Haiti Support Group

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