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Malgré les tests négatifs, ces Haïtiens sont bien atteints de la tuberculose

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En Haïti, nombreuses sont les personnes atteintes de la tuberculose dont les analyses médicales ne révèlent rien

Lundi, 9 h 40. Des patients s’alignent sur le banc de l’hôpital Sanatorium de Port-au-Prince. Ils attendent tous d’être consultés dans cet établissement qui traite les maladies pulmonaires comme la tuberculose, l’asthme, etc.

Toux, crachats, perte de poids, fatigue et fièvre sont les fréquents symptômes de la tuberculose. Selon les données du Ministère de la Santé publique, 15 265 personnes étaient infectées par cette maladie dans le pays en 2017.

« Haïti est le pays de l’Amérique qui présente le taux le plus élevé de [tuberculose] », selon Jean Ardouin Esther Louis Charles, pneumologue et directeur médical de l’hôpital Sanatorium.

Des analyses médicales négatives

Dieuseul Joseph était un chauffeur de camionnette qui faisait le trajet centre-ville/Canapé-Vert. Au début de l’année 2019, le jeune homme a attrapé la tuberculose. « À cause de la gravité de la maladie et des détériorations corporelles, mes parents avaient cru que j’ai attrapé le VIH », raconte Dieuseul Joseph qui a effectué ses premiers tests laboratoires au centre Gheskio.

« Toutes les analyses étaient négatives » poursuit Dieuseul Joseph. Le jeune homme dit avoir perdu la vigueur de ses membres, ce qui l’empêchait de reprendre ses activités. « J’étais faible et vulnérable. Dès lors, mes parents ont contacté une infirmière qui a vite décidé de me donner un sérum ».

Les fréquentes toux que présentait Joseph à l’époque n’ont pas laissé ses parents indifférents. Ils ont décidé de l’emmener au Sanatorium. Cependant, les analyses médicales n’ont pas révélé qu’il souffrait de la tuberculose et Joseph n’avait donc pas reçu les soins escomptés.

Chistella Morose, une jeune fille de 18 ans, présentait les mêmes symptômes que Joseph. Les analyses médicales n’ont rien révélé et la santé de cette jeune fille se détériorait.

« Puisque les médecins n’ont pas pu découvrir ce dont je souffrais, ils avaient déclaré que je ne vivrais pas longtemps », a expliqué Morose. Étant croyante, sa famille l’avait confié à des proches d’une église pour des séances de prière.

Des soins obligés

Parce que les incantations ne semblaient avoir aucun effet sur l’état de Morose, ses parents de l’ont ramené à l’hôpital. « Un médecin avait décidé de me placer sur traitement pour la tuberculose bien que les résultats soient négatifs », dit celle qui sera soulagée de la maladie six mois après.

Quant à Dieuseul Joseph, ses parents l’avaient emmené dans sa ville d’origine, les Cayes. Il était hospitalisé à l’hôpital de La Charité qui lui prodiguait des soins liés à la tuberculose. Joseph est à présent traité de sa maladie également.

Traitement d’épreuve

Normalement, le traitement de cette maladie est d’une durée de six mois. « Les examens microscopiques des crachats et la radiographie pulmonaire sont les éléments les plus importants qui signalent la présence de la bactérie responsable de la maladie chez les patients », atteste le médecin Louis Charles.

Ces examens n’ont pas permis à Dieuseul Joseph et Christella Morose de découvrir de manière rapide et fiable s’ils étaient atteints de TB pulmonaire. Le directeur médical du Sanatorium, Jean Ardouin Esther Louis Charles, explique qu’il fait souvent face à ces genres de situations.

« Du coup, si les symptômes que présente le patient sont sévères, on le met sur traitement d’épreuve », fait savoir le médecin. C’est-à-dire, le personnel médical administre des soins aux patients sans avoir de résultats médicaux concluants sur sa maladie.

Le directeur médical révèle que ces cas sont souvent traités avec la plus grande satisfaction. Toutefois, renchérit-il, on n’a pas encore une explication scientifique sur ces analyses médicales qui disent que ces patients ne sont pas atteints de la tuberculose.

Par ailleurs, le traitement contre la maladie n’améliore pas la situation de certains patients. D’autres ont perdu la vie parce qu’ils ont trop attendu ou se sont contentés d’une explication surnaturelle.

Un danger

La tuberculose ou TB, est une infection bactérienne, habituellement des poumons. La transmission de cette maladie est interhumaine. Elle se propage lorsqu’une personne infectée avec la maladie tousse, parle ou chante.

Après la naissance, un bébé n’est pas prêt à affronter les agents pathogènes présents dans son environnement immédiat. Ils sont les plus exposés. Dès la naissance, il serait souhaitable d’inoculer au bébé le vaccin BCG (Bacille de Calmette et de Gérin).

Selon les résultats de l’Enquête mortalité morbidité et utilisation de services (EMMUS VI), les infections respiratoires aigües sont les maladies qui tuent le plus les enfants en Haïti.

*Christella Morose est un nom d’emprunt

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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