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Les artisans de Bourdon ont fabriqué des milliers de cerfs-volants, malgré les difficultés

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La période des Pâques est aussi celle du cerf-volant en Haïti. Si la tradition est en voie de disparition, des jeunes essayent de la garder en vie en raison de sa grande force de socialisation.

Le cerf-volant est un aérodyne. C’est-à-dire, un engin volant plus lourd que l’air, sans passager, manœuvré à l’aide d’un ou plusieurs fils. Sa confection est tout un art et un savoir-faire qui se partage entre les enfants. Son pilotage requiert de l’habileté.

« Les cerfs-volants sont faciles à fabriquer et agréable à faire voler lorsqu’il y a du vent », explique James St Cyr, un fabriquant et vendeur sur la route de Bourdon.

Au bord de la route, des jeunes fabriquent les cerfs-volants avec de fines baguettes de roseaux ou des brindilles de bois, aiguisées régulièrement avec une lame de rasoir et coupées à longueurs égales.

Ces baguettes sont reliées entre elles par le centre pour former une étoile de cinq, de six ou de huit branches. Une fine feuille en plastique de type sacs en plastique de blanchisserie fixée avec du fil est tendue sur cette armature.

« Le centre doit être à égale distance par rapport à toutes les extrémités du cerf-volant », dit Lucien Charles, 27 ans, un autre vendeur sur la route de Bourdon. « Le cerf-volant est divisé en un certain nombre de triangles qui, en principe, sont égaux. Mais, il faut avoir une réserve pour celui qui est séparé par une bissectrice et qui sert de support à l’arche de l’hexagone. L’arche dont je parle est l’arc sonore où joue ce petit bout de papier coupé en demi-lune que les enfants appellent vonvon », nous apprend le jeune homme, qui ajoute que l’arc, pièce architecturale dans la construction de l’hexagone, ne se retrouve que dans les cerfs-volants haïtiens.

Des bandes en plastique sont nouées pour faire la queue. Ensuite, elles sont attachées avec du fil à deux points sous l’armature en étoile pour former un Y. Un autre fil est attaché au centre du cerf-volant et le reste de la ligne est enroulée sur une boite ou une bouteille.

« Les cerfs-volants sont superbes : certains ont des couches de plastique noires et transparentes formant des diamants ou des étoiles. Certains ont des bords décoratifs. C’est vraiment joli », s’exclame une acheteuse à Musseau.

Un commerce malgré tout

Le commerce du cerf-volant se fait particulièrement durant la saison pascale. Des produits divers comme des fils, des papiers de couleurs variées, de ficelles, de l’amidon, des lames de rasoir envahissent les étals et garantissent un peu de ventes.

Selon certains observateurs, les jeunes s’intéressent d’aujourd’hui beaucoup plus aux jeux de simulation et aux réseaux sociaux plutôt qu’aux cerfs-volants. C’est une tradition qui est en voie de disparition en Haïti.

« Je passe parfois toute la journée ici sans pouvoir vendre même un cerf-volant. Cela marchait autrefois. Les enfants et les jeunes semblent de plus en plus perdre le goût pour la fête des cerfs-volants. Et, c’est pareil pour presque tous ceux qui en produisent », se lamente Lucien Charles.

Ce qui est important, explique James St Cyr, c’est de maintenir cette tradition en Haïti. « Autrefois, la période des cerfs-volants permettait de tisser des liens d’amitié entre les jeunes de différents quartiers », ajoute-t-il.

Des festivals pour garder la tradition

Des jeunes de Jacmel, de Cité Soleil et des Cayes ont lancé des initiatives pour maintenir en vie cette tradition en voie de disparition. Selon les déclarations de certains responsables du Festival « Monte Kap » à Gelée aux Cayes, c’est une activité de socialisation, qui vise à permettre aux gens de toutes générations enfants, jeunes adultes et aînés de renouer avec cette tradition.

Ces traditions sont des valeurs intergénérationnelles. « La montée des cerfs-volants est juste un symbole qui à l’avenir va déboucher sur plusieurs autres activités qu’on avait l’habitude de pratiquer autrefois », affirme James St Cyr.

Snayder Pierre Louis

Commentaires

Snayder Pierre Louis
Journaliste à Ayibopost

    Les « Duvalier » dans l’histoire d’Haïti : crimes, exécutions et injustice

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    Comment obtient-on un permis de séjour en Haïti ?

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