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Lyonel Trouillot | Parodie, Corruption, Exactions

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N’est-ce pas la norme ici ? Faire comme si. Comme si on allait reconstruire et construire autrement après le séisme de 2010. Comme si on allait tenir des élections démocratiques. Comme si on allait tenir compte des droits, besoins et intérêts d’un peuple qui n’en finit pas de souffrir et de résister

J’ai honte à chaque fois qu’il s’agit d’écrire sur le séisme du 12 janvier 2010.

Que reste-t-il à dire sinon qu’il a laissé plus de traumatismes que de leçons ! Le racisme d’une certaine presse internationale qui a très peu mentionné les formes de solidarités entre Haïtiens. L’espérance vite détruite que ces formes de solidarités allaient durer. L’assistance mortelle, ses dégâts et ses mensonges illustrés, quoiqu’encore timidement, par le film de Raoul Peck. La débâcle politique avec une parodie d’élection imposée par l’international. Martelly, le PHTK, Jovenel….

Le séisme fut un de ces terribles accidents dont la nature est capable. Le crime, ce fut avant. L’Etat qui laisse faire. L’enrichissement par voie de rapine sans souci du bien commun. Et surtout après. Par des nationaux et par des étrangers.

C’est la même logique qui a présidé la gestion de l’après tremblement de terre qui préside encore aujourd’hui.

Simulacres. Parodies. Par des nationaux et des étrangers.

Et s’ajoute aujourd’hui un phénomène que même certains organismes dits de défense des droits humains ont peur de dénoncer.  Haïti, ce n’est pas seulement le pays de l’échec, d’une formule bancale de gestion politique et d’une lutte sans merci entre subalternes pour contrôler l’après 7 février.

Ce n’est pas seulement le pays auquel les États-Unis entendent imposer des choix fondés sur leur politique intérieure et auquel le reste de la « communauté internationale » ne demande qu’une parodie de démocratie formelle pourvu qu’elle obéisse aux lois et règles fixées par le libéralisme et le capitalisme marchand. Ce n’est pas seulement le pays de la criminalité et de la violence des gangs.

C’est aussi le pays des exactions. Des attaques contre les gangs qui font des victimes civiles dont personne ne parle. Les agressions contre des citoyens dans la rue, pour un accident de la route, ou pour un regard jugé déplacé. Des gens, dépositaires de la force publique, qui exercent un pouvoir arbitraire (gifles, bastonnades, séquestrations, tirs…) sur des citoyens, comme si c’était une chose admissible, normale. Les exactions sont aussi une réalité de la vie quotidienne en Haïti qui frappe un peu tout le monde, mais particulièrement les populations urbaines défavorisées. Les images spectaculaires de quelques exactions diffusées sur les réseaux sociaux ne sont que les illustrations de pratiques constantes et anti-démocratiques.

On ne peut pas faire comme si on lutte contre la criminalité et pour les institutions démocratiques sans, en même temps, lutter contre les exactions érigées en droit des « chefs ». Ou alors, justement, on peut faire comme si.

N’est-ce pas la norme ici ? Faire comme si. Comme si on allait reconstruire et construire autrement après le séisme de 2010. Comme si on allait tenir des élections démocratiques. Comme si on allait tenir compte des droits, besoins et intérêts d’un peuple qui n’en finit pas de souffrir et de résister.

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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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