La mauvaise foi et l’ignorance qui ont prévalu dans la volonté de destruction symbolique du fondateur de l’État haïtien et du tout premier leader politique de l’Amérique postcoloniale prennent un grand coup sur la gueule
2025. Une année sans.
Une année sang.
Sans avancée vers quoi que ce soit de meilleur. Avec les traditionnelles effusions de sang.
Tel ancien sénateur devenu conseiller-président trouve qu’elle fut bonne. Pour lui sans doute. Et quelques autres.
Et les représentants des puissances occidentales avec leurs fausses exigences de démocratie, et leurs vacances bien méritées.
Tout le monde ici a bien travaillé : le CPT, les gouvernements, les ambassades et les institutions internationales, les forces d’intervention, la police, l’armée. Avec eux, les partis politiques qui soutiennent soit le gouvernement, soit le CPT. Même dans la misère la plus crasse et la laideur la plus obscène, il reste bien quelque chose à partager.
Par lassitude, en regardant ce qu’ils ont fait de ce pays, on a envie de leur cracher le vers : « Vous triomphez messieurs, prenez votre victime ». Mais ils n’attendent que ça. Et elle vaut mieux que ça.
Cela dit, quelqu’un, de très loin, lui a offert un beau cadeau en cette année 2025. C’est tellement rare des cadeaux non empoisonnés nous venant de cet Occident qui n’a jamais fait la paix avec l’Indépendance d’Haïti ni avec le fondateur de l’État haïtien.
Pour une fois, Dessalines n’est pas une brute inculte, un sauvage sans autre vertu que militaire, un génocidaire sans vision ni bon sens. Le livre de Julia Gaffield : « I have avenged America, Jean-Jacques Dessalines and Haiti’s fight for freedom » ouvre le chemin à la réparation d’une des plus grandes injustices historiques des temps modernes, le ravalement de Dessalines à un presque rien. Les silences et les discours qui le rabaissent sont aussi des silences et des stratégies de disqualification d’Haïti, et de la place des deux, l’empereur comme le pays, dans le processus de libération de l’Amérique.
Documentation abondante ; multiples citations des déclarations et correspondances d’un homme qu’on a voulu faire passer pour muet ; analyse des choix principiels qui dictent sa ligne de conduite et de son évolution politique ; rétablissement des vérités factuelles sur des épisodes historiques comme le mal nommé « massacre des français », les vrais causes et motifs de la Guerre du Sud, les actions militaires des uns et des autres engagés dans cette guerre.
« Je renonce, oui, je renonce formellement à la coutume injuste de perpétuer le pouvoir dans ma famille ». Combien d’empereurs ont-ils dit cela ? Le chapitre 11 intitulé : « The Empire of Hayiti rises before the astonished eyes of the universe » est particulièrement intéressant dans la démonstration d’une pensée politique, d’une éthique nationale, et de ce radicalisme que d’aucuns jugent encore impardonnable envers la colonisation et l’esclavage. Aucune concession : la liberté et l’indépendance.
Et cette prédiction que son nom « serait pris en horreur », ce vœu même qu’il le soit par les ennemis de la liberté, de l’indépendance, de l’égalité des races.
En cette année de malheur, c’est un sacré-cadeau que ce livre. Il faut espérer qu’il soit vite traduit en créole et en français.
La mauvaise foi et l’ignorance qui ont prévalu dans la volonté de destruction symbolique du fondateur de l’État haïtien et du tout premier leader politique de l’Amérique postcoloniale prennent un grand coup sur la gueule.
On pourrait, pour prolonger Noël, ajouter aux cadeaux qu’ils se sont faits un exemplaire de « I have avenged America, Jean-Jacques Dessalines and Haiti’s fight for freedom » à chacun de ces beaux messieurs qui ont si bien travaillé pour nous en cette année 2025. Mais il est probable que la plupart d’entre eux ne le liraient pas.
Julia Gaffield, I have avenged America, Jean-Jacques Dessalines and Haiti’s fight for freedom, Yale University Press, 2025
Par : Lyonel Trouillot
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