AYIBOFANMEN UNESOCIÉTÉ

Lettre à mon agresseur…

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Non, cette lettre n’est pas un adieu, je n’ai pas l’intention de mettre fin à mes jours. Non, tu n’as pas réussi à me réduire à cela. Le but des mots qui suivront n’est pas non plus de soulager ta conscience et te pardonner. J’entends souvent dire que pardonner ne veut point dire oublier… Je n’y arriverai pas et ce, même si je le voulais.

Au début, je me disais que c’était peut-être de ma faute, j’avais été trop arrogante, trop possessive, trop autoritaire ou encore trop indépendante. Je me disais que les hommes arrogants, narcissiques et vantards, comme toi, n’aiment pas le type de femmes que je représentais, tu sais, celles du genre « femmes de pouvoir jusqu’au bout des doigts ». Celles qui savent s’affirmer. Bref, je te cherchais toutes sortes d’excuses, les unes plus humiliantes que les autres. Ensuite, j’ai pensé que j’avais peut-être mal géré notre relation. Je me suis mise à me blâmer pour n’avoir pas voulu faire plus de concessions. Les compromis n’étant pas mon fort, j’optais le plus souvent pour des discussions sans fin. Je me suis mise à me réévaluer en tant que femme. Je croyais que je ne valais pas la peine et que probablement mes comportements t’avaient poussé à agir ainsi.

Par la suite, il y a eu la phase de déni. La phase où j’essayais de me convaincre que cela n’avait pas eu lieu. J’ai visionné notre dispute dans ma tête plusieurs fois de suite, et je n’ai nul souvenir de la partie où tu me frappais. Je suis tombée dans une amnésie traumatique si profonde que parfois j’en arrivais même à oublier ton existence. C’était le seul mécanisme de défense que j’avais pu trouver à ce moment-là. Mais ces souvenirs que nous cachons dans notre subconscient finissent par remonter à la surface tôt ou tard à travers un film violent, une discussion traitant de la violence. En fait, la moindre parcelle de conversation traitant de cette thématique me faisait revivre l’humiliante journée de ce «4 juin».

Puis vint la période d’autodestruction…

Après l’incident, j’ai fait ce que je n’avais jamais fait de ma vie. Je suis allée dans un bar pour boire jusqu’à l’ivresse totale. J’ai bu, ensuite j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Quelque chose en moi était brisée et je voulais continuer à perpétuer ce comportement autodestructeur. Je me suis senti souillée, dépourvue de mes moyens, de ma dignité et de mes mots. J’ai pleuré comme un animal enfermé dans une cage. J’ai pleuré d’impuissance, de rage, de honte et d’indignation. J’ai pleuré pour ma naïveté, ma tolérance démesurée envers les gens. J’ai pleuré parce que j’avais bon cœur, mais surtout pour la femme que je ne serais plus jamais.

J’ai aussi pleuré pour toi.

Oui, j’ai pleuré pour toi.

Je me dis que ta fille qui grandit court un grand danger. Elle grandira auprès d’un père violent, et trouvera peut-être normale qu’un homme la traite ainsi plus tard. Et ton fils dans tout cela? Lui apprendras-tu comment donner une bonne gauche aux femmes quand ces dernières seront trop « autoritaires » ? Je prie pour que leur mère soit saine d’esprit pour leur inculquer que les femmes sont les piliers de la famille, au même titre qu’un homme et que nous leur devons du respect. J’espère qu’elle expliquera à ta fille que la violence n’est pas acceptable, que c’est un acte abject et qu’un homme qui se respecte ne devrait pas en faire usage.

Malgré tout, je suis toujours la même personne, toujours intelligente, qui continue à vivre. Je fais des trucs, j’apprends, je réfléchis, je gère une tonne de projets, je mange, je ris, j’embrasse, je touche, je baise… en gros, JE VIS.

Et non monsieur, tu n’es pas arrivé à me détruire. Ta tentative désespérée, pour me montrer que tu étais un homme, n’a fait que confirmer mes soupçons. Tu n’en es pas un.

Aujourd’hui, j’ai de la peine pour toi. Cela doit être un cri déchirant pour en arriver à frapper quelqu’un.

Une femme de surcroît !

Lâche !!!

Aujourd’hui je ne suis plus une victime, ta victime, mais plutôt une survivante… Non, je ne porte plus ta marque.

N.V

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