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Les musiciens haitiens tuent le Konpa!

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Durant la fin du mois d’aout, en l’espace de quelques jours, les « fanatik » de konpa ont eu droit à 5 nouvelles vidéos:

1) Frero de Zenglen – viv ave’w
2) Klass – M’ap marye
3) Alan Cave – Sa wap fe ave’m
4) Alan Cave – Degrengole
5) Disip – heartbreak and Misery

Aucune de ces vidéos ne m’a particulièrement plue, voire impressionnée. Pour moi, les images de l’une pourraient facilement se substituer à celles de l’autre. La similarité entre ces vidéos a attisé ma curiosité. J’ai par la suite constaté la même ressemblance entre les « album cover ».

Cela fait un moment que les vidéos clips de la plupart de nos groupes Konpa deviennent de plus en plus monotones. Les vidéos sont presque toutes filmées à l’étranger, avec des maisons et voiture des luxes, des mannequins avec les fesses à peine recouvertes et exposant leur poitrine exubérante, piscines, bikinis, chanteurs avec des lunettes solaires en pleine nuit, vues aérienne du paysage etc. Ou encore ils essaient de reproduire exactement les paroles : Dans la video Heartbreak and misery de Disip, pour les paroles “mwen jalou van kap antre anba jupon’w”, la jeune femme porte un habit hideux ressemblant à un jupon et évidemment, il y a du vent.  Aucune inspiration ! Les mêmes images se répètent, avec des acteurs différents. Mis à part la qualité des images qui est excellente, il n’y a pas de grandes nouveautés. Les videos ne sont plus originales. Mais le plus triste est qu’aucun élément à l’exception du rythme et de la langue chantée, ne les rattachent  à Haïti. Les clips sont presque tous tournés aux Etats-Unis. Nous comprenons que les groupes konpa sont en grande majorité basés à l’étranger, mais quand Kreyol la, un groupe de Port-au-Prince, se rend à Miami pour enregistrer la vidéo de leur single « Turn Me on », il faut se poser des questions. Pourquoi Haïti ne convient pas au tournage des vidéoclips konpa ? Pourquoi les videos se ressemblent tant ?

Ces videos ne sont pas totalement mauvaises, cependant des images moins clichées et moins américanisées les feraient passer de passables à intéressants voire excellents. Les jeunes haïtiens auraient des personnages à qui s’identifier, et qui sait, la musique se vendrait peut-être mieux!

Oui, la sexualité, le matérialisme, et l’américanisme se vendent et sont à la mode, mais à quel prix? Faut-il perdre l’essence du konpa et produire des vidéos  à l’américaine rien que pour entrer dans une modernité acculturée ?

Passons aux photos de couvertures d’albums. Depuis plus d’une dizaine d’années (ou depuis que je m’intéresse au konpa), les albums des groupes populaires konpa suivent la même logique explicitée ci-dessus.


konpa

Leur ressemblance frolent le ridicule! Nos musiciens s’apparentent toujours à des membres de la mafia, vêtus de noir (ou de couleur sombre), lunettes solaires, visage impassible, les uns assis sur une chaise avec les jambes croisées ou écartées, etc. Un groupe est même arrivé à inclure un tigre dans sa photo! Pourquoi???  N’y a-t-il pas d’autres poses de photos dignes du génie des producteurs? J’aimerais comprendre! Pourtant le groupe Krezi Mizik a eu une très belle couverture pour leur album « Ayiti san Manti ». Aucun d’eux n’était sur la photo de couverture!

konpa- Krezi

En faisant cette petite analyse des vidéos et photos de couverture des groupes Konpa, j’ai compris que peut-être que ses groupes s’efforcent à se différencier de nos chanteurs et groupe locaux, ces artistes engagés qui ne font pas de bals mais qui se produisent en concert. Ces artistes dont j’ai souvent entendu dire “moun sa yo pa fè mizik pou pep la” ou encore ” moun sa yo pa fouti rasamble mil moun nan on sware”. Ces artistes, cependant reçoivent des multitudes de prix internationaux en rattachant fièrement leur musique à leur terre natale! Belo, Darline Desca, Jean Jean Roosevelt, Ram, Boukman font partie du type d’artiste dont je parle.
Je ne demande pas que nos groupes konpa tournent exclusivement leurs clips en Haïti, ni qu’ils arrêtent de s’inspirer d’autres genres pour être plus originaux. Ce que je souhaiterais, c’est qu’ils ne laissent pas le Konpa s’aliéner par les tendances américaines,  qu’ils conservent le caractère unique du konpa et son appartenance à la culture haïtienne.

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