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Les fiancés de Grand Ravine 

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David Jean-Baptiste, 33 ans, devait se marier le 28 décembre 2017 à Bernadine Paul, 26 ans. La robe blanche comme le costume noir avaient déjà été récupérés à la blanchisserie. Les faire-part étaient partis depuis longtemps. Le 13 novembre 2017, tout a basculé.

 

« Si nou pa chante pou maryaj la n a chante pou antèman an ! Vous ne chanterez plus au mariage, faites-le au moins à ses funérailles ! » Cette phrase jaillit des lèvres de Monique Larose, tante de David Jean-Baptiste, au moment où la chorale entame les premières notes du chant d’adieu. Monique est alors soutenue par deux membres de la famille tout le long de la cérémonie. Il est 7h, à l’église Centre Évangélique de Jean 3 : 16, au Chemin des Dalles, pasteurs, parents, et amis semblent tous porter le poids du drame. Bernadine Paul, elle, est inconsolable.

Dans la nef exiguë de l’église, les corps se frôlent dans un va et vient incessant. Le porche comme les bas-côtés du bâtiment, étroits eux aussi, ne sont pas conçus pour recevoir autant de gens, la plupart des curieux se mêlent aux proches du défunt. L’enceinte ne tarde pas à être saturée ; les bancs croulent sous le poids de ceux venus rendre un dernier hommage à David. Tous, sans exception, s’accordent à le décrire comme quelqu’un de sympathique et respectueux. Frère Python, cousin du jeune homme prononce ces mots depuis la chaire : « Je devais être témoin à ton mariage, mon frère, mon ami. Me voilà aujourd’hui obligé de prononcer ton oraison funèbre. »

Face à la petite assemblée, le cercueil blanc, à la ceinture dorée dans lequel repose le corps de David, trône au milieu du transept. Sa dépouille n’est pas exposée. Des gerbes de fleurs ornent le couvercle maintenu fermé.  Une photo du défunt imprimée en taille XL y est fixée. L’autoportrait pris en plan rapproché suggère que le jeune homme est dans une église ; une lumière blanche tombe dans la grande salle au toit surélevé tandis que les gens installés sur des bancs derrière lui composent l’arrière-plan. Un liquide coule sur l’image et la dégrade. Est-ce la sueur de ceux qui transportaient le cercueil à l’intérieur ? Est-ce simplement de l’eau ? Ou sont-ce les larmes de la personne qui collait la photo ? Toujours est-il que l’encre coule du visage à la poitrine et modifie le mouvement de la commissure des lèvres surmontées d’un nez épaté. L’on ne sait pas s’il a l’air mutin, s’il sourit ou scrute l’objectif. Le regard, droit et franc, n’a, quant à lui, rien perdu de son intensité.

En costume bleu marine et chemise blanche assortie, une cravate à rayure grise et noire complète la tenue de David sur la photo. « Il a été défiguré par la balle reçue en pleine tête. C’était impossible d’exposer le corps dans cet état » raconte Bernadine Paul. Cette explication semble ne pas être la seule raison pour laquelle le cercueil est resté fermé. L’odeur putride qui se dégage de la bière et les mouches qu’il faut chasser durant les funérailles révèlent que la dépouille avait été mal conservée. Un fait, selon Bernadine, dont l’Etat est responsable. Le corps a été gardé trente-et-un jours à la morgue avant que la famille ne soit autorisée à le récupérer.

Un mois plus  tôt…

Ce matin de 13 novembre 2017, aux alentours de 5 h du matin, près de 235 policiers du corps des BOID, UDMO, SWAT et CIMO entrent à Grand Ravine pour une opération de désarmement. Des agents de la MINUJUSTH les accompagnent. Cette intervention vise à rétablir l’ordre dans les quartiers Ti-Bois et Grand Ravine, limitrophes de Martissant, où il y a eu plusieurs morts au mois d’octobre 2017. La guerre entre ses deux groupes armés rivaux avait à nouveau fait beaucoup de victimes. Quand les policiers sont arrivés sur place, les choses ont dégénéré très vite et des tirs nourris ont été entendus pendant plus de deux heures.

« Le groupe armé de Grand Ravine était informé de la descente du 13 novembre. Ils ont été alertés par l’opération policière menée à Jalousie deux jours plus tôt ; ils se sont donc préparés en conséquence » raconte Jowas*, habitant de Grand Ravine, qui affirme avoir surpris les conversations de certains membres du groupe après l’opération policière.

Selon la version de Jowas, plus d’une dizaine d’individus armés et encerclés par la police à Grand Ravine ont franchi le mur de la propriété de la mission de l’Union Evangélique Baptiste d’Haïti (UEBH) par le quartier de Fort-Mercredi. Sur place, ils contraignent Julio Fongène, gardien de l’école, à les laisser entrer. Un pasteur enseignant à l’école théologique de la mission explique que le gardien travaillait là depuis de nombreuses années et n’était jamais armé. Une fois à l’intérieur, les hommes armés se cachent dans un vieux dépôt désaffecté sur le campus. Quelques élèves du Collège Evangélique Maranatha situé sur la même propriété occupaient déjà l’espace puisque c’était un jour de classe. S’y trouvaient également d’autres membres du personnel et des étudiants venus s’inscrire à l’école technique de la mission où travaillait David Jean-Baptiste.

Vers 7 h du matin, les policiers avaient déjà procédé à plusieurs arrestations à Grand-Ravine et repartaient en direction de la 4e avenue Bolosse par le Chemin des Dalles quand des gens de ce quartier leur signalent discrètement la présence d’individus armés à l’intérieur de la mission. « Les agents de la PNH y sont entrés et ont commencé à fouiller la propriété qui couvre près de six hectares de terre, dont une grande partie est densément  boisée » explique Jowas. Les agents se sont mis à questionner ceux qui étaient là, notamment David Jean-Baptiste, qui s’identifie, badge en main, comme enseignant de l’école technique de l’UEBH. La fouille dure plusieurs heures. Les policiers gagnent du terrain et aboutissent au vieux dépôt. Les individus armés qui s’y étaient cachés ont été pris au piège. Ils ouvrent alors le feu sur les policiers qui sont à ce moment en nombre inférieur. Deux agents de L’UDMO, dont Jimmy Boyard et Guy Evens Philidor, sont tués et plusieurs autres blessés.

Au bruit des rafales, les agents qui fouillaient une autre partie de la propriété accourent. A la vue de leurs collègues morts, les policiers partent chercher Armand Louis, directeur du collège depuis 30 ans, à qui ils avaient demandé de confirmer la présence de gens armés sur le campus. Sans attendre la réponse du directeur, ils lui tapent dessus, le frappent à coups de chaises, l’accusant de leur avoir tendu un guet-apens. David qui assiste à la scène, choisit d’intervenir pour prendre la défense d’Armand Louis. « C’est à ce moment qu’il est abattu de plusieurs balles, dont l’une à la tête » nous a confirmé Jowas. Il est alors aux environs de 9 h. Huit autres civils, dont, le gardien Julio Fongène, sa femme, et un jeune homme venu s’inscrire pour les cours techniques trouvent la mort. Cinq d’entre eux ayant reçu au moins une balle à la tête, ce qui confirme leur exécution sommaire par les forces de l’ordre.

Quand la famille de David Jean-Baptiste arrive sur les lieux du crime vers 4 h de l’après-midi, son cadavre est dépouillé de sa ceinture et de ses pièces d’identité. Des témoins affirment qu’elles lui ont été enlevées par les agents de la PNH après sa mort.

Jowas confie également que des personnes arrêtées à Grand-Ravine avant l’affrontement entre policiers et membres de gang ont également été exécutées. D’autres encore, arrêtées au cours de cette opération, ne sont jamais revenues chez elles à ce jour. « Je connais au moins trois familles dans ce cas-là » nous a précisé Marcuse, 36 ans, résidente de  Grand Ravine. Des rescapés de la tuerie, dont une connaissance de David qui était avec lui peu avant son meurtre, ont souligné que les policiers leur ont intimé l’ordre de courir sans se retourner. « Le pire c’est qu’aucun bandit n’a été tué et aucune arme n’a été repris » nous ont appris deux autres habitants de Grand Ravine qui ont refusé que leur identité soit révélée.

Les débuts d’une belle histoire…

C’est en 2013 que Bernadine Paul, diplômée en hôtellerie, rencontre David, technicien en plomberie. La jeune femme de 26 ans ne voit en lui qu’un ami. Une connaissance commune leur a permis de lier connaissance. La proximité de leurs maisons à Grand-Ravine –  lui vivant à Jasmin et elle à Sion –  facilite leurs rapports et ils deviennent vite des amis inséparables. « Nous allions à l’église ensemble et aux activités culturelles ; en camping, aux rencontres de jeunesse, au shopping… il m’accompagnait pratiquement partout. C’est aussi lui qui m’aidait à préparer mes examens pour le bac. Il était devenu le grand frère que je n’avais pas eu », raconte Bernadine.

Leur amitié dure depuis trois ans quand les sentiments de David commencent à changer. Mais il n’avoue rien encore. Bernadine est téméraire et a déjà éconduit plusieurs prétendants. Pour elle, les études passaient avant tout ». Bernadette Simil, mère de Bernadine, est la première à remarquer que le jeune homme veut davantage qu’une simple amitié. « Lorsque j’en ai parlé à ‘’Didine’’, elle a refusé de me croire. Faut dire aussi qu’à l’époque, elle n’était pas intéressée à avoir une relation amoureuse
» confie Bernadette que nous rencontrons après les funérailles de celui qui allait être son gendre. Elle est aussi effondrée que sa fille ce matin de 14 décembre.

Quand il trouve le courage de dire ce qu’il ressent, David est rudoyé. Bernadine coupe les ponts et lui interdit de la revoir. Mais David ne lâche pas prise. Il gagne à sa cause la mère et Manno, le jeune frère de Bernadine. Sa persévérance finit par payer. Bernadine capitule et tombe amoureuse. « Il a été si tenace que même moi j’ai fini par l’apprécier » avance Bernadette qui avoue que le trentenaire ne lui plaisait pas au début.

Leur idylle court sur ses deux ans quand les jeunes gens planifient de se marier. « C’était quelqu’un de jaloux », raconte Bernadine avec une pointe de plaisir dans la voix. « Nous nous parlions souvent au téléphone et il devait tout le temps connaître mes déplacements. Il savait tout de moi et me gâtait beaucoup. Il me faisait tout le temps des petits cadeaux et était très attentionné. Nous n’avions aucun secret l’un pour l’autre » dit-elle. Bernadine a une explication pour cette obsession de son fiancé de toujours connaitre tous ses faits et gestes. David craignait que sa copine ne soit agressée ou même violée. Une situation assez courante à Grand Ravine selon la jeune femme. « C’est parce qu’il voulait quitter Grand Ravine à tout prix que David avait décidé de se marier tout de suite », souligne la mère de Bernadine, la voix cassée. « Il avait déjà trouvé une maison à louer à Gressier et allait donner un acompte la semaine où il a été tué. » Le projet de David était ensuite d’acquérir un terrain là-bas et d’y construire une maison au fil du temps. « Il était prêt à faire le trajet tous les jours jusqu’à Port-au-Prince, l’important pour lui était de quitter Grand Ravine avec ma fille » raconte la mère.

Lundi 13 novembre, désillusion

David, en futur époux, passait voir Bernadine tous les matins avant de partir pour l’école technique de la mission de l’Union Evangélique Baptiste d’Haïti. C’est là qu’il travaillait à plein temps et enseignait les techniques de plomberie. Il venait d’être promu assistant du directeur. Il avait dû quitter la radio pour laquelle il était chroniqueur sportif, insatisfait des conditions de travail. Lorsque les tirs ont commencé le 13 novembre, le jeune homme qui n’avait jamais tenu une arme de sa vie selon ses proches voulait se mettre à l’abri. Il ne souhaitait pas tomber sur les policiers qui avaient pour habitude de tout saccager et de malmener les gens, surtout les hommes, au moment des fouilles. Ce même jour, il devait recevoir de nouveaux inscrits pour l’école professionnelle ; il avait pensé qu’il serait plus en sécurité sur le campus de l’école. Sa fiancée l’a donc encouragé à y aller sans hésiter.

« David ne tolérait pas l’injustice souligne Bernadine. Il fallait toujours qu’il prenne la défense des autres. C’est pour cela que j’ai eu une appréhension quand j’ai vu passer les policiers après son départ ». La jeune femme avoue plus tard s’être souvent disputée avec son fiancé à cause de ce côté justicier.

La mauvaise surprise de Bernadine

Lorsqu’elle est sortie de chez elle après le départ des policiers, des voisins avec qui elle avait quelques rapports et qui connaissaient déjà la nouvelle ont essayé de lui parler à mots couverts. Les autres, quant à eux, n’ont pas arrêté de la fouiller du regard. Elle a fini par se poser des questions et a commencé à penser que son David pourrait être mort. La peur au ventre et redoutant le pire, la jeune femme se décide tout de même à se rendre à Maranatha. En chemin, elle tombe sur Monique, la tante de David, inconsolable. Ses craintes se renforcent mais elle ne rebrousse pas chemin. Quand elle arrive au local de Maranatha, elle tombe sur un monsieur qui sait qu’elle est la fiancée de David. Sur un ton laconique, il lui lâche : « Tu cherches David ? Il est juste là. » Ce dernier croit que Bernadine est déjà au courant de tout. Il n’en est rien, en fait.

« J’ai voulu en avoir le cœur net, le voir de mes propres yeux. Je l’ai trouvé étendu sur le dos, baignant dans son sang qui avait déjà séché. Il avait des traces de larmes sur le visage et les points fermés », explique Bernadine. Elle nous confie que David venait de remporter deux jours plus tôt le deuxième prix aux olympiades des métiers organisés par le Collège national des Ingénieurs et Architectes haïtiens (CNIAH) sur le campus de l’Université Quisqueya. Un ingénieur de renom s’était même beaucoup intéressé au jeune homme et envisageait de lui proposer un poste. « J’ai voulu le toucher une dernière fois, mais un cousin qui m’accompagnait m’a retenue. Je tenais à le faire pourtant » se rappelle-t-elle, le ton déterminé. C’était la dernière fois qu’elle voyait ce corps qu’elle avait si souvent serré. Elle a dû renoncer à ce geste d’adieu.

La version de la mère de David Jean-Baptiste

Marie Iphomène Larose, mère de David, est totalement désespérée et dépitée. Elle vient de perdre son deuxième fils qui était tout pour lui, son unique pourvoyeur. Cela faisait longtemps que son ainé avait quitté le pays pour la République voisine sans jamais donner de nouvelles. Impossible de lui parler après l’enterrement tant elle est agitée, nous la contactons par téléphone en fin de journée. « J’ai dû élever David seule parce que son père nous avait abandonné lorsqu’il était encore enfant. J’ai fait toutes sortes de commerces, je me suis endettée pour subvenir à ses besoins » nous raconte Iphomène d’un ton ferme.

C’est elle qui nous confie que le jeune homme avait fait des études en journalisme et avait travaillé dans une radio de la capitale. « Quand il a laissé la radio, il s’est inscrit à l’INAGHEI mais n’a pas réussi l’examen d’entrée. Grâce à sa débrouillardise, il a pu obtenir une demie bourse pour les études en plomberie à  l’UEBH. « J’ai tout fait pour que mon fils ne meure pas comme ça, comme un vulgaire bandit. Même à Grand Ravine, j’avais réussi à l’éloigner de la violence, de l’argent facile et du banditisme, et il avait pris le pli. C’est de son propre chef qu’il avait déserté Grand Ravine lors des derniers événements. A quoi cela a-t-il servi, tout cet effort ? Pour que des policiers sensés garder leur sang-froid l’abattent ? » Marie Iphomène Larose, une mère en colère n’a pas de mots pour qualifier les policiers.

Des témoins qui étaient cachés dans les bâtiments sur la cour du collège ont rapporté à  Iphomène que David était en train de dire à un policier d’arrêter les coups lorsqu’un lui a tiré une première balle dans le dos et qu’ il est tombé. « Il était encore vivant et pleurait quand un deuxième agent l’a achevé d’une balle à la tête » achève-t-elle au téléphone, la voix brisée.

Junior Pompilus, directeur de l’école technique de l’UEBH, était un proche collaborateur de David. C’est lui qui a pris la parole au nom de la mission à l’enterrement. Dans l’hommage qu’il a présenté à la mémoire de son assistant, M. Pompilus tient le même discours que cet habitant de Grand-Ravine précédemment cité sur les circonstances dans lesquelles le jeune homme a trouvé la mort. « Quand il a vu comment les policiers maltraitaient le directeur, David s’est approché et a dit : ‘’ Messieurs, vous êtes de la police et avez le pouvoir d’arrêter les gens, de les maîtriser comme bon vous semble. Vous ne pouvez traiter un directeur de la sorte. Vous n’avez aucune raison de le frapper ainsi ’’.»

Le dernier tête-à-tête

Le dernier selfie de David et Bernadine

Livide, Bernadine ne porte, ce jeudi 14 décembre-là, aux funérailles, ni traîne ni voile. Elle est plutôt en tailleur blanc et noir. Le 28 décembre, un autre jeudi, elle aurait dû célébré son mariage. Elle n’a eu droit qu’à un enterrement. Durant toute la cérémonie, la jeune femme s’appuie sur la poitrine d’Ania ; cette sœur qu’elle n’a pas eue et qui aurait été son témoin. Pas un cri. Comme si elle avait peur que par ce geste, les derniers souvenirs de David ne lui échappent. Seulement des larmes qui coulent à flot, s’arrêtant quand bon leur semblaient. La photo scotchée sur le cercueil, c’est la vision qu’elle veut garder de lui. Elle tient encore bon.

Du haut de la chaire, un groupe est appelé à entonner un cantique. Le chant dont on entend que la complainte morbide déclenche crises, larmes et évanouissements en cascade. Un « yo gaspiye David » fuse. Déchirant. Bernadine ne se retient plus. Elle laisse la salle, tanguant, avant de s’effondrer dans les bras d’une femme d’âge mûr. C’est le seul signe de fragilité qu’elle a bien voulu laisser paraitre.

 

[Sous-titrage Français disponible dans les paramètres Youtube]

Réactions de la Police et de la société civile

Une enquête a été diligentée par l’Inspection Générale de la Police Nationale d’Haïti (IGPNH) à la suite du scandale que les retombées de cette opération ont fait dans la presse. Le premier ministre Jack Guy Lafontant a qualifié l’affaire de « bavure ». Les résultats de l’enquête de l’IGPNH publiés vers la fin de novembre 2017 ont révélé que deux policiers sont accusés dans le cadre de l’exécution de neuf civils non armés. L’un est sous les verrous tandis que l’autre est en cavale. Une information que confirme un autre rapport du Réseau national des Défenseurs des Droits Humains (RNNDH) sur les mêmes événements. Le rapport du RNDDH fait aussi état des plaintes de policiers qui croient que le groupe armé de Grand-Ravine était informé de l’arrivée des agents et que ces derniers étaient attendus.

Dans son article « A U.N.-Backed police force carried out a massacre in Haiti. The killings have been almost entirely ignored, publié le 10 janvier 2018″ sur The Intercept un média d’investigation américain en ligne, Jake Johnston, un chercheur associé au Center for Economic and Policy Research, ayant enquêté sur l’incident quatre jours après, raconte ce qu’il a vu une fois sur les lieux : « Il était immédiatement évident que quelque chose d’odieux venait de se passer. L’eau accumulée dans l’égout bouché de la cour avait viré au rouge sombre, cachant partiellement une cartouche de gaz lacrymogène vide » a avancé le reporter. Il a décrit des salles de classe totalement saccagés, des tiroirs et des bibliothèques dont les contenus ont été éparpillés sur les planchers. Des balles de gros calibres avaient réussi à percer le béton du sol pourtant épais.

Le corps de David Jean-Baptiste comme celui des neuf autres victimes non armées a passé plus de 24 heures sur la cour du collège avant qu’il ne soit levé. Les gens ne semblaient pourtant pas vraiment indignés par l’événement. Pour plusieurs, l’image qu’ils se font de Grand- Ravine justifient la mort de ses personnes. « Il faut déployer l’armée à Grand-Ravine et non au Cap-Haïtien. Ce pasteur Louis doit passer le reste de sa vie en prison » commente un certain Logical Haitian sous l’article Journée sanglante à Martissant du journaliste Roberson Alphonse attaché au Nouvelliste. « C’était tous des bandits, ils n’ont eu que le traitement qu’ils méritaient » ; « Qu’on les laisse s’entretuer et qu’on en finisse. » Autant de commentaires envenimés lâchés par des personnes qui intervenaient à l’émission Haïti débat animé par le journaliste Gary Pierre Paul Charles trois jours après le drame. Iphomène Larose, mère dépitée, dans ses derniers propos au téléphone a déclaré : « Je n’aurais jamais cru que mon fils qui n’a jamais touché une arme de sa vie aurait survécu à Félix Bien-aimé, Wilkens ou Ti Kenkenn au cœur de Grand-Ravine pour mourir ainsi sous les balles de policiers censés protéger et servir. »

David Jean-Baptiste, comme beaucoup d’autres avant lui, a été une victime collatérale le 13 novembre 2017. C’est le sort réservé à beaucoup de Grand- Ravine, Ti Bois, Martissant. Ils finiront sous les balles des gangs armés ou sous celles de la police. Même si, comme David, ils refusent les armes, l’argent facile, le banditisme. Les perdants sont alors la famille, les amis, la femme ou la jeune fiancée. Certains croient pourtant que ces personnes n’ont qu’à ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment…

*Jowas est un nom d’emprunt utilisé dans le texte parce que la personne ne souhaitait révéler sa véritable identité.

 

Péguy F. C. Pierre, Ayibopost

Photos : Valérie Baeriswyl

Fixer: Jean Carmy Félixon

Photos : Valérie Baeriswyl

Vidéo : équipe multimédia Ayibopost

Sources:

  • A U.N.-Backed police force carried out a massacre in Haiti. The killings have been almost entirely ignored, Jake JOHNSTON, 10 janvier 2018, The Intercept;
  • Intervention policière ratée à Grand-Ravine, le RNDDH fait le point, Ricardo LAMBERT, 29 Novembre 2017, Le Nouvelliste ;
  • Bavure policière à Grand-Ravine : la division au sein de la PNH a encore frappé, Samuel CELINE, 20 novembre 2017, Le Nouvelliste ;
  • Journée sanglante à Martissant, Roberson ALPHONSE, 13 novembre 2017, Le Nouvelliste.

Commentaires

Péguy Flore Pierre
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