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Les fascinants secrets du métier de croque-mort en Haiti

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Ne vous êtes-vous jamais demandé qui vous maquillera ou vous lavera une dernière fois ? Ce sera sûrement un croque-mort. Le croque-mort, quoiqu’on n’en parle pas souvent, est un métier qui exige savoir-faire et minutie.

Bénito est devenu membre de l’administration d’une morgue à Port-au-Prince. L’homme n’a que 28 ans, mais il a déjà une riche expérience avec les morts après seulement trois ans passés à préparer des morts avant leurs funérailles. « Après la rhéto, ma petite amie de l’époque était tombée enceinte et je n’avais plus le soutien de mes parents. » Toutefois, le premier métier de Bénito n’a pas été de côtoyer les non-vivants, il était facteur pour un quotidien de la place. « Je livrais des journaux. Ce métier ne me rapportait pas beaucoup, mais je pouvais survivre. » Quand son amie a accouché, Bénito a vite compris qu’il devait se trouver un meilleur emploi. « C’est dans cette morgue que j’ai commencé le 16 mai 2016 » a-t-il repris en insistant sur la date.

Le quotidien du croque-mort

« Quand on nous amène un corps, nous le laissons pendant quelques heures sur une table, dans le but de voir s’il ne donnera plus aucun signe de vie. Pour cela, nous pouvons demander aux parents de rester (mais nous n’avons jamais vu quelqu’un se réveiller). Ensuite, nous transférons le corps dans une chambre froide. » Dans cette entreprise funéraire, les chambres réfrigérées sont de grands dispositifs en fer avec des tiroirs contenant deux morts chacun.

Le jour des funérailles, les croque-morts sortent le corps du tiroir pour la toilette funéraire. « Nous enfilons des gants et plaçons le cadavre sur une table dédiée à cette fin puis nous versons de l’eau sur le corps. Le lavage se fait avec du savon et beaucoup de chlore. Nous mettons de l’eau chlorée sur les vêtements que portait le défunt  avant de nous en débarrasser. » Après la toilette, les eaux usées doivent être jetées dans une fosse perdue qui doit se trouver dans le bâtiment pour éviter tout risque de contamination. En plus du lavage, si le corps avait une blessure, le croque-mort doit être en mesure de le coudre.

« Pour finir, nous enfilons des vêtements au défunt. Les robes, chemises ou corsages sont déchirés au dos pour faciliter l’habillement puisque le corps est inanimé. Puis, nous l’embaumons et le parfumons. Nous maquillons aussi les femmes. »

Les secrets de l’embaumement

Bénito accepte de nous parler de l’embaumement, mais avoue que cette phase du métier constitue un secret dont il ne devrait pas dévoiler.  L’embaumement, dit-il,  peut être national ou international.

Le premier, ne concerne que les obsèques qui auront lieu ici en Haïti alors que le second se fait pour conserver des morts dont les funérailles se tiendront à l’étranger. « Il y a un médicament qu’on achète en pharmacie pour conserver le corps jusqu’à la sépulture. Nous en faisons l’injection dans les parties susceptibles de dégager des odeurs désagréables comme la gorge, le cœur, le ventre ou exactement dans le nombril, c’est l’embaumement national. Pour l’embaumement international, nous enlevons le cerveau du défunt et une veine principale de la gorge, puis nous y injectons le même médicament et de la glycérine », explique Bénito.

Quand quelqu’un meurt avec les yeux ou la bouche entre-ouverts, le croque-mort doit trouver un moyen de les fermer. « Pour les yeux, nous avons nos secrets, mais pour la bouche, nous utilisons des substances collantes ».

Le quotidien du croque-mort n’est pas sans difficulté. « Tous les morts n’ont pas le même poids et il faut les soulever le jour des funérailles. Il nous arrive souvent d’être très épuisés après une journée de travail.»

Les avantages financiers à être croque-mort 

« Si on m’offre un emploi de 20000 gourdes le mois, je désisterai. Avec ce que je gagne, je prends soin de moi, de ma famille et je dépense beaucoup pour me détendre » avance Bénito qui n’a pas voulu parler de son salaire. Mais selon ce qu’il nous confie, les morgues payent par mois ou à la quinzaine selon leurs politiques salariales.

Dans les entreprises funéraires, il y a des services pour lesquels il faut payer le croque-mort à part. D’abord, il y a l’autopsie. « Les parents doivent nous payer directement pour une autopsie. Ce frais est compris entre 10000 et 20000 gourdes», précise Bénito. L’autopsie dont il parle n’a rien à voir avec les examens médico-légaux ou scientifiques. « Les parents qui pensent que leur défunt a été frappé par un coup mystique demandent souvent l’autopsie. Une pratique qui consiste à enlever tous les organes internes pour les remplacer par du coton », précise le professionnel.

Il y a ensuite de petits services que les parents demandent au croque-mort par exemple l’eau du lavage. « Il ne faut pas moins de 1500 gourdes pour avoir cette eau. » Certains membres de famille veulent s’occuper eux-mêmes de leurs défunts, car le dernier contact constitue pour eux un rituel. Là encore, ils offrent de l’argent aux croque-morts, quoique ce ne soit pas une exigence d’après Bénito.

Des rumeurs  sans fondements 

Bénito croit qu’il est important de parler de certaines rumeurs qui circulent autour du métier de croque-mort. « Les morts ne rotent pas, a-t-il précisé. Quand le corps reste pendant un certain temps dans une seule et même position, il se peut qu’il se contracte quand on le déplace. Vous pouvez voir aussi des baves, mais rien de tout cela n’est paranormal. »

L’employé a ajouté que les croque-morts ne sont pas des malfaiteurs. Il a même trouvé une explication pour les corps qui parfois semblent avoir été frappés le jour des funérailles. « Je ne sais pas pour les autres collègues, mais moi, je ne provoque jamais la mort, d’ailleurs. Très souvent, les morgues entassent les corps les uns sur les autres, c’est ce qui provoque parfois les bleus que l’on voit sur le corps des défunts. Quand ceux-ci sont restés trop longtemps dans la glace. »

Menaces pour l’environnement et la santé

Les vêtements et certains organes des cadavres sont souvent jetés dans la nature sans aucun contrôle d’après les précisions de Bénito. Dans de telles situations, les gens qui habitent à proximité peuvent être infectés.

Les croque-morts eux-mêmes ne sont pas protégés. Ils ne sont pas couverts par une assurance et ne bénéficient pas de soins de santé réguliers. Dans la chambre funéraire que nous avons visitée, il y avait seulement une bouteille d’alcool et de l’eau chlorée pour se nettoyer. Bénito a quand même trouvé un moyen de remédier à la situation. « Je prends parfois des antibiotiques quand j’ai respiré une odeur nauséabonde. Quand je sens des malaises, je vais voir un médecin traditionnel appelé médecin-feuilles dans le langage haïtien. »

Laura Louis

Images : Georges Harry Rouzier

Commentaires

Laura Louis
Je prends plaisir à vous informer.

    La plupart des greffiers dans nos tribunaux sont incompétents

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