SOCIÉTÉ

Les émissions des médias haïtiens enrichissent des « voleurs » sur YouTube

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Radios, télés et médias en ligne haïtiens produisent des programmes. Des chaines YouTube en profitent régulièrement, sans permission 

Les contenus produits par beaucoup de médias haïtiens alimentent des chaines YouTube qui engrangent des centaines de dollars américains chaque semaine, sans que les propriétaires de ces programmes ne touchent un centime.

Des employés de la presse qualifient cette pratique de vol. Ils se plaignent que les Youtubeurs accaparent leurs émissions sans leur accord. « On vole nos émissions de radio émises directement de nos ondes ainsi que celles qui sont partagées sur Facebook, dénonce Phanord Cabé qui est chargé de gérer les réseaux sociaux pour la Radiotélévision (RTVC). Parfois j’interviens, dans d’autres cas, je les laisse faire.»

Une chaine YouTube qui engrange 50 000 vues par jour peut espérer récolter entre 71 et 118 dollars américains avec la publicité diffusée par la plateforme sur ces vidéos, d’après les calculs du site spécialisé Influence marketing. Pour un mois, il faut donc compter entre 2130 et 3450 dollars US. Certaines chaines sont suivies par des milliers de fans et vont souvent au-delà des 50,000 vues par jour.

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De plus, ces comptes YouTube de diffusions d’informations, comme Tripotay Lakay, ne ciblent pas uniquement les médias traditionnels. Ils visent également les plateformes numériques.

La page multimédia Ted’Actu ne peut compter le nombre de fois où les travaux de son équipe ont été diffusés sur des chaines YouTube sans accord préalable, rapporte Délanot Philippe, un des membres fondateurs de l’initiative. « Avant, nous pensions que ces chaines voulaient nous aider à informer la population. Mais après nous nous sommes rendu compte qu’elles étaient de mauvaise foi et jouissaient de nos droits à nos dépens.»

Dans certains cas, les responsables de ces chaines YouTube vont jusqu’à cacher les logos et identifications sonores du média qui a produit le contenu pour faire croire à leurs abonnés qu’il s’agit de leurs propres travaux. 

Du crédit sans partage de bénéfices

Interrogés au sujet du vol de contenu, des responsables de plusieurs chaines Youtubes confirment que la pratique existe réellement. Un membre de Tripotay Lakay, l’un des comptes indexés dans le partage de contenus d’autres médias, affirme cependant qu’on les accuse à tort. « Au contraire nous avons une équipe de journalistes qui participent à des conférences de presse et qui font aussi des reportages», relate le porte-parole de Tripotay Lakay qui n’a pas voulu s’identifier.

« Parfois, admet le porte-parole, nous pouvons publier la vidéo de quelqu’un d’autre en lui accordant le crédit.» Le problème qu’il y a dans cette démarche c’est qu’après visionnage de la vidéo, l’argent ne va pas sur le compte du producteur original. Ce sont les membres de Tripotay Lakay qui l’empochent. À cela Tripotay Lakay croit avoir un plan : « Nous n’avons aucun problème de partager nos bénéfices avec le détenteur des droits d’auteur d’une œuvre que nous avons partagé sur notre chaine ».

Frantz Cinéus, propriétaire d’une autre chaine avance que parfois il partage des extraits de vidéos qu’il n’a pas crée. « Je le fais pour faciliter la compréhension de mes abonnés sur certains points, dit-il.» En fait, dans une démarche éducative ou de critique, l’on peut utiliser un extrait très court du travail d’un tiers dans le sien. Toutefois, les chaines YouTube en question ne créent rien. Elles diffusent des entrevues et des émissions dans leur entièreté, sans apporter une quelconque valeur ajoutée.

Un problème mondial

Combattre ce problème s’avère compliqué. Ben Toussaint qui est docteur en Intelligence artificielle confie que le vol de contenu sur YouTube existe partout dans le monde. « D’ailleurs, ajoute-t-il, même les Youtubeurs se volent entre eux alors que ce phénomène est une violation des règlements de YouTube.»

Quand cela arrive, Ben Toussaint conseille aux médias victimes de trouver un accord avec les chaines YouTube. Il y a aussi des mécanismes qui permettent de dénoncer le pillage de contenus aux responsables de la plateforme vidéo de Google qui a généré 15 milliards de dollars américains l’année dernière.

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De son côté, le réalisateur Richard Senecal n’envisage aucune collaboration avec les Youtubeurs qui volent des contenus. Il conseille au contraire à toute personne ou institution qui serait frappée par ce phénomène de signaler la vidéo ou la chaîne en question.

« Si l’on peut prouver à YouTube que l’on détient des droits d’auteur sur un contenu diffusé par une chaine, elle l’enlèvera dans 24 h. Après trois signalements, généralement YouTube supprime la chaine», explique Senecal. Le signalement est selon le réalisateur l’option la plus sûre, car avec ce système judiciaire haïtien, on ne peut pas [introduire une action devant les tribunaux contre] un Youtubeur pour vol de droits d’auteur. « Même aux États-Unis, il faut avoir des reins pour mener une telle action», souligne-t-il.

Par ailleurs, le réalisateur avance que certains médias n’ont pas à se lamenter du vol de leurs contenus, car eux aussi font la même chose. « Certaines stations de radio diffusent des chansons dont ils n’ont pas acheté les droits. À ce moment-là, elles sont déjà elles-mêmes en contravention. »

Commentaires

Laura Louis
Je prends plaisir à vous informer.

    Qu’apporte réellement la date du 8 mars au combat des femmes haïtiennes ?

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