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Legba ouvre les portes d’Haïti à Wole Soyinka

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Legba,  messager entre les dieux et les hommes, loa de la croisée des chemins, divinité vaudou aussi connue ailleurs sous le nom de Eshu et Eleggua, ouvre les portes d’Haïti à Wolé Soyinka.
Le premier auteur noir lauréat du prix Nobel de littérature rencontre la première République noire indépendante du monde.
Le tigre indomptable rencontre  une nation debout, déterminée à traverser treize mers et sept rivières.
Le brillant homme de lettres rencontre une terre de mystères, une Haïti – royaume de ce monde.
Avec la traite négrière, le vaudou, venu d’Afrique, s’est étendu à l’Amérique et aux îles des Caraïbes. Eshu, à l’origine, un dieu très répandu sur le continent Africain, au Bénin chez les yorouba ( groupe ethnique dont est issu Soyinka), a traversé les océans pour devenir Legba en Haïti, Exù au Brésil et Eleggua à Cuba. Il est le dieu messager, le dieu des chemins, l’intermédiaire entre les hommes et les “loas”
Le 19 février dernier il ouvrait les portes d’Haïti à Wolé Soyinka, écrivain nigérien de 83 ans, Prix Nobel de littérature en 1986,  y séjournant dans le cadre de la saison 2 – acte 2 des  « Rencontres d’ici et d’ailleurs » organisées par le Laboratorio Arts Contemporains du 15 au 26 février 2018. 
Il faut dire que Legba s’est toujours tenu aux cotés de Wolé Soyinka qui, durant sa vie de militant politique, d’écrivain engagé, a du, a su, franchir les passages, emprunter sa voie et semer sur la Terre entière un peu de sa lumière. Les embûches pour cet enfant d’Abeokuta, dans le sud-ouest du Nigeria ont été nombreux.  Lors de la guerre du Biafra,  guerre civile qui secoua le Nigéria du 6 juillet 1967 au 15 janvier 1970, Soyinka fût arrêté sans être inculpé et jeté en prison pendant dix-huit mois.  Plus tard,  en 1995 , il sera condamné à mort par le dictateur Sani Abacha. Plus récemment, en 2017, il décida de quitter les Etats-Unis, suite à l’élection de Donald Trump, à qui il reproche de construire des murs dans les têtes et dans les cœurs.
Wolé Soyinka se définit d’abord comme un dramaturge, même s’il s’est exercé à différentes formes d’écriture littéraire.  On dénombre plus d’une quarantaine de titres à son actif. Les plus connus restent ses pièces de théâtre mêlant avant-gardisme et tradition, lyrisme et engagement. L’Académie suédoise qui désigne, chaque année, le récipiendaire du prix Nobel de littérature, dira de l’oeuvre de Soyinka qu’elle « façonne le drame de l’existence dans une large perspective culturelle et avec des connotations poétiques ».
Le professeur Soyinka qui, du haut de ses 83 ans d’existence, ne cessera d’étonner le monde par son énergie débordante, a déjà opéré plusieurs visites à Port-au-Prince et pris part à de nombreux évènements. Il a rencontré tout aussi bien des hommes de pouvoir que des gens ordinaires. A chaque fois qu’il prenait la parole, il a su délivrer un message combattif et optimiste.  Il s’envolera pour la cité christophienne ce samedi et aura l’occasion de découvrir la Citadelle Laferrière et le Palais Sans-Soucis.
Par cette visite, cet homme de conviction, ce Roi de Coeur qu’est Wolé Soyinka marque les esprits et nous fait savoir, à tout jamais, que le pouvoir de changer les choses est en chacun de nous et que tout combat, même sans victoire, est gloire et beauté.
Max Jean-Louis

Commentaires

Max Jean-Louis
Social Innovator, Captain of Hope and Filmmaker. Élu Administrateur du Centre de la Francophonie des Amériques en 2010 et 2012.

    Et si l’action de nos gouvernements était le pur reflet de nos revendications ?

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