AYIBOFANMFREE WRITING

Le choix de continuer

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Elle avait fait ce rêve étrange comme si elle avait été dans une autre dimension. Elle se tenait là devant le miroir avec les mêmes espoirs au fond des yeux. Son reflet semblait même la narguer. Comment avait-elle pu croire que son histoire serait différente? L’être humain a cette capacité intrinsèque, pensa-t-elle de pouvoir créer un roman, d’y croire, de le rendre réel… le problème, sous cet angle, c’est qu’il ne sait pas quand se réveiller.

Combien de fois n’avait-elle pas ri ou poussé un grognement en écoutant les vœux de ses amies ? Certaines voulaient que leur partenaire leur soit fidèle, certaines voulaient la passion de la jeunesse. D’autres poussaient l’audace jusqu’à vouloir recréer l’ambiance, jusqu’à l’apparence des premiers jours. Le temps ne s’arrête pas malheureusement. C’est nous qui nous nous empiétons dans le passé ou dans l’idée que nous nous en faisons… entre temps les jours passent et le piège se referme subtilement.

Elle se souvenait avoir même prodigué des conseils tempérés à certaines de ses amies dans leur utopie. Une relation se devait d’évoluer tout comme les partenaires évoluent et mûrissent. La relation n’était pas définie par la passion des premiers instants mais plutôt par les concessions pour rejoindre l’autre à mi-chemin, dans le respect de l’individualité des uns et les découvertes, dans l’effort à accepter les moments durs et ne pas abandonner le navire au premier orage.

Le respect….

Elle passa la main sur son visage finement maquillée et eut envie soudain de se défaire de cette couche superficielle qui lui donnait une fausse impression de ne pas être elle-même… de ne pas être vraie. Qui était-elle ? Quelle était son histoire ? Qu’est-ce qui faisait son identité intrinsèque… ?

Oh elle : son identité ?! Elle n’était plus que le pâle reflet des années qui avaient passé. Six ans qu’elle mourrait à petits feux, que sa lumière s’éteignait au fil du temps. Sa joie de vivre était partie et le son spontané de son rire lui était devenu étranger.

 Elle avait décidé d’apprendre l’art du camouflage… Elle portait ses cheveux longs à l’air libre cachant ainsi une partie de son visage, marchait tête baissée… de cette manière, elle évitait de croiser le regard des autres ainsi que leurs questions… elle portait des verres pour cacher ses yeux rougis par les larmes qui revenaient sans cesse… elle se maquillait comme pour voiler ce qui risquait de transparaître sur sa peau fragilisée. Tout ce qu’elle faisait visait à créer une brèche entre elle et le monde extérieur.

Tout cela à cause de lui !!!!

C’était lui qui l’avait manipulé, dompté, écrasé, détruit comme on disait chez nous, dans le langage courant des machos… Elle ne souhaitait à personne de faire l’expérience du doute car ce sentiment est la sœur de l’espoir en ceci près qu’il n’existe qu’une infime différence entre les deux pour un cœur meurtri. Il l’avait anéanti en lui faisant douter de sa propre valeur. Alors, elle avait songé à partir vu qu’elle savait que les gens ne changeaient pas… en tout cas pas, dans la totalité… Elle avait compris que si elle ne le satisfaisait pas en étant elle-même, jamais, elle ne gagnerait contre les aléas du temps. Mais, il avait subrepticement changé du tout au tout et alors, elle s’était glissée dans la peau de la victime honteuse d’avoir accusé son bourreau. Elle était donc restée….

Elle avait oublié d’avoir pitié d’elle-même. C’était beau de regarder les nouvelles à la télé et de ressentir la compassion pour le reste du monde mais où était donc passé ce sentiment envers sa propre personne ? Elle avait oublié d’avoir pitié pour cette âme qui avait accepté toutes les atrocités auxquelles elle avait été exposée ou volontairement contrainte.

L’engrenage du doute mélangé à l’espoir d’une ère nouvelle l’avait retenue captive et maintenant, elle avait trop sacrifié, trop attendue et son subconscient lui criait qu’il était trop tard selon lui pour partir.

Elle leva la main pour repousser sa longue crinière en arrière et le reflet du soleil ardent vint atterrir sur sa peau au travers du miroir. Elle réalisa alors que son alliance avait été le catalyseur de cette réverbération.

Elle sourit tristement… oui, en effet, six ans plus tard, elle avait oublié qu’elle aussi avait une voix. Ce n’était pas tant les marques physiques qui rongeaient son âme mais les mots si savamment employés pour la culpabiliser, lui faire sentir qu’elle ne serait jamais rien sans lui, que jamais, un autre ne saurait l’aimer. Et peut-être qu’elle y avait cru malgré elle d’une certaine façon…. alors qu’elle n’avait rien oublié…. mais, elle avait juste décidé de vivre avec le songe des jours passés, de l’époque où la vie était meilleure.

Rester, c’était aussi un choix…..

Commentaires

Meg
I am just a girl in love with coffee crossing life with her ups and downs. I prefer to let people have their own idea about who I am. I am also a humanitarian worker and I love to discover new culture and new people. I want my writing to touch people and make an impact in their life.

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