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Lamentation d’un étudiant coincé dans l’enclos

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Recroquevillé dans un coin de cette chambre, j’essaie de décrire cette puante réalité haïtienne. Une réalité qui nous hante, nous tourmente.  Le rêve prend fin ici, avant d’être de retour dans mon monde horrible. Mais quelle est cette réalité? Je fais partie de  cette catégorie de jeunes qui se lèvent chaque matin sans savoir ce que la vie leur réserve.  Je suis un parmi tant d’autres qui si chanceux, possèdent un compte bancaire. J’ai 23 ans, je me lève tous les matins balayant les rues de la capitale afin de donner un sens à ma vie. Un paysage sale et désolant. Je marche sans savoir où aller pour donner un minimum de sens à la vie. Je suis perdue dans ce miasme. Misère, souffrance, insécurité, inégalité et discrimination sont tous des caractéristiques de cette vie qui m’est imposée !

Je fais partie de cette jeunesse qui a soif d’éducation de qualité, qui fait tout leur possible pour avoir un boulot. Mais l’école et l’université semble appartenir aux privilégiés de ce système qui se désintègre un peu plus chaque jour. La nourriture et les soins de santé de base sont devenus un luxe. Je suis un parmi tant d’autres qui sont prêts à tout pour laisser ce pays de merde où tout est politisé mais rien n’est politique, dans son sens noble.

«Quelqu’un qui lit n’est ni riche ni pauvre mais il est vivant » Danny Laferrière.

Je lis pour m’évader de cette réalité, je lis pour me former, je lis pour nourrir mon imagination, pour extirper quelques instants de bonheur, mais malheureusement la réalité me rattrape à chaque fois. Je me perds volontairement dans mes lectures pour échapper à ce marasme.

Je me demande est-ce que quelqu’un peut se vanter de vivre bien dans ce pays ?  Un pays où  passer 18 ans et même 19 sur les bancs d’école  ne sert souvent à rien. Ici-bas, la corruption est de loin mieux récompensée que le travail. L’honnêteté conspuée, l’intelligence rejetée, nous nous laissons diriger que par des imbéciles qui n’ont aucune idée des notions de base du “vivre ensemble”. Ces nigauds n’ont jamais compris que le vrai but de la politique: rendre commode la vie de son peuple.

La jeunesse exige l’accès à l’éducation, à la santé, un minimum de bien-être. Nous perdons peu à peu notre dignité humaine. Nous avons perdu notre moralité en tant que peuple. Nous vivons dans ce pays où la somme des mendiants est supérieure à celle des travailleurs. Des mendiants masqués, des mendiants mal habillés, des mendiants très bien mis,  nous avons des mendiants de toutes les catégories et de toute sorte. Et un peuple mendiant,  ça se tue lentement car il oublie peu à peu le travail, la production, la débrouillardise…

Je fais partie de cette catégorie de jeunes qui n’ont qu’une option, celle de s’exiler vers un pays lointain pour apprendre à vivre. Partir pour un pays où l’on valorise le genre humain pour ce qu’il est, non pour ce qu’il possède. 213 années d’indépendance et nous ne pouvons même pas identifier notre propre peuple. Tout est politique dans ce pays, nous politisons la vie, la mort, la santé, l’éducation, l’environnement, rien n’est épargné de ce cancer. Mais où sont passés les hommes et les femmes de ce pays, où sont passées nos valeurs de peuple?

Récemment un nouveau président est installé à la magistrature suprême de, un président qui prétend être l’homme du moment, l’homme du peuple. Un président qui prétend n’avoir besoin que du soleil, de la terre, de l’eau et du capital humain pour changer la situation d’un pays meurtrie par la misère. Je ne pense pas que les choses vont être roses. Le pays m’a appris à toujours m’attendre au pire. Mais, à vous jeunes de mon pays que les choses soient roses, noires ou jaunes, votre devoir est de ne jamais renoncer à la vie. Soyez productifs, dynamiques, essayez de vous surpasser dans les activités les plus basiques que vous entreprenez. Et n’oubliez pas que c’est dans le désespoir que surgissent les réalisations les plus étonnantes. Malgré tout, n’arrêtons pas de travailler et pourquoi pas espérer à un meilleur lendemain.

Rood’s Junior ORELUS

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