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La Gonâve crée sa propre police, avec des armes d’origine inconnue

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Composée d’une cinquantaine d’agents gradués et armés après un mois de formation, cette police municipale suscite des inquiétudes dans la communauté, selon des sources qui évoquent notamment l’utilisation d’armes de provenance inconnue

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La Gonâve a solennellement gradué une cinquantaine de policiers municipaux, dont trois femmes, le dernier samedi de mars 2024, selon des autorités locales contactées par AyiboPost.

Avec cette force déjà en gestation en 2021, la plus importante île d’Haïti rejoint plusieurs dizaines de communes de tous les départements du pays à s’être dotées de leurs propres polices.

La légalité de ces forces locales reste en question.

Un décret de 2006 sur le fonctionnement des collectivités territoriales prévoit l’existence d’une police administrative municipale, mais renvoie à une date ultérieure la sortie d’une loi pour réguler ses recrutements, son effectif, son organisation et ses lignes hiérarchiques. Cette loi n’existe pas.

Comme les policiers parlementaires et les agents de la Brigade de Sécurité des Aires protégées (BSAP), ces nouveaux groupes indépendants semblent évoluer en marge de la Constitution de 1987 qui interdit l’existence d’autres corps armés dans le pays après l’armée d’Haïti et la Police nationale d’Haïti (PNH).

Avec cette force déjà en gestation en 2021, la plus importante île d’Haïti rejoint plusieurs dizaines de communes de tous les départements du pays à s’être dotées de leurs propres polices.

Les policiers municipaux de La Gonâve ont été formés pendant un mois par des agents de la PNH et doivent «aider dans la lutte contre l’insécurité» sur l’île, dont les 90,000 habitants sont protégés par uniquement cinq policiers sous-équipés, selon Luckson Fils-Aimé, membre du Conseil d’Administration de la Section Communale (CASEC) d’Anse-à-Galets.

Mais la force suscite des inquiétudes dans la communauté.

«Les agents de cette police municipale portent des armes à la provenance inconnue», révèle à AyiboPost Content Renil, président de l’association des CASECS et ASECS (Assemblée de la Section Communale) de la quatrième section de Ti Palmiste à La Gonâve.

Selon une source, la police municipale de l’île envoie un signal trouble sur ses liens avec la PNH.

La majorité de ses agents portent des gilets pare-balles identifiés PNH alors qu’ils ne font pas partie de cette institution, poursuit Renil à AyiboPost.

Les inspecteurs Jilles Motlaire et Jose Renard, respectivement responsables des commissariats d’Anse-à-Galets et de Pointe-à-Raquettes à La Gonâve, déclarent à AyiboPost ne pas disposer d’information sur la formation ou l’armement des nouveaux agents municipaux.

Motlaire a cependant été présent à la cérémonie de remise de certificats le 30 mars 2024.

Les agents de cette police municipale portent des armes à la provenance inconnue.

Content Renil

Selon Oleste Pierre Louis, CASEC de la quatrième section Grand Lagon de la commune d’Anse-à-Galets, les équipements proviennent de la mairie. Il n’est pas clair comment la municipalité s’en est procurés, ni si les agents les rendront en cas de changement à la mairie.

D’après des spécialistes, les polices municipales peuvent aggraver le problème de sécurité qu’elles se proposent d’aider à résoudre.

Dans un contexte de trafic d’armes, elles peuvent être «instrumentalisées ou se retrouver dans des conflits de rôles avec la police nationale d’Haïti», d’après Youdeline Chérizard Joseph, avocate au Barreau des Gonaïves et criminologue.

En 2017, le conseil municipal de Petit-Goâve a créé sa police, appelée «haute tension» dans la zone. Bien vite, ses membres se sont rendus coupables d’exactions contre les civils, selon des révélations faites à AyiboPost par un membre de la mairie de la zone en 2022.

Lire aussi : Petit-Goâve avait créé sa propre police. Ce groupe est vite devenu une menace pour la population.

En 2017, un agent de la police municipale de Delmas avait tué un jeune homme lors d’une opération de déguerpissement à Delmas 65.

À La Gonâve, la force enchaîne les actions critiquées dans la communauté.

Le 13 avril 2024, un agent dénommé Dieuphel Lapointe s’est blessé avec son arme après avoir tiré en l’air pour maîtriser un individu qui portait une machette, selon deux sources locales au courant de l’incident.

L’avocat Damas Jean Milford, habitant à Anse-à-Galets, craint que les nouveaux policiers ne deviennent des instruments de répression entre les mains des autorités en place contre la population. Il appuie ses inquiétudes sur des arrestations faites par les agents.

Dans un contexte de trafic d’armes, elles peuvent être «instrumentalisées ou se retrouver dans des conflits de rôles avec la police nationale d’Haïti».

Youdeline Chérizard Joseph

Certains spécialistes appellent à une régulation de ces forces, et à l’établissement éventuel d’un rapport hiérarchique avec la PNH.

«Il faut une loi pour définir les modalités de recrutement de ces agents de police, leur mode d’intervention et aussi leur formation », insiste Luc Wans Duvalsaint, ancien maire de Petite-Rivière de l’Artibonite et directeur exécutif de la fédération nationale des ASEC d’Haïti (FENASEC).

Entre-temps, d’autres communes suivent les traces de La Gonâve.

La mairie d’Aquin vient de lancer un appel à candidature pour recruter des agents de police pour sécuriser la commune. La décision a été prise par arrêté municipal en date du 10 avril 2024.

La Gonave influence Aquin ?

Arrêté pour la création de la police municipale d’Aquin (1/2)

La Gonave influence Aquin ?

Arrêté pour la création de la police municipale d’Aquin (2/2)

La Gonave influence Aquin ?

Avis de recrutement de candidats pour la police municipale d’Aquin – (1/2)

La Gonave influence Aquin

Avis de recrutement de candidats pour la police municipale d’Aquin – (2/2)

Par Fenel Pélissier

Image de couverture : Un policier armé lors d’une manifestation pour dénoncer la mauvaise gouvernance de la police à Port-au-Prince le jeudi 26 janvier 2023. | AP – Odelyn Joseph


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Fenel Pélissier est avocat au Barreau de Petit-Goâve, professeur de langues vivantes et passionné de littérature.

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