AYIBOFANMFREE WRITING

La fin de nous deux

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Deux mètres, trois mètres…  Je ne saurais calculer la distance exacte qui nous sépare. Pourtant, je sais que tu es très loin de ma vie et trop près de ma route aujourd’hui… Non, tu ne me révulses pas. Ce n’est pas non plus de l’indifférence que je ressens à ton égard. Comment te l’expliquer ? Tu ne m’es pas inconnue mais je ne te reconnais plus.

Après toutes ces années passées à partager une si belle amitié avec toi, quelque chose s’est cassé,  plusieurs, je dirais même, parce-que nous étions très soudées. Une sorte de séparation à l’amiable s’est opérée entre nous… Dans ce dernier texto anodin pour d’autres, nous nous sommes fait des adieux inavoués. J’admets que j’ai vu venir la fin de notre relation, toutefois, j’ai pensé l’esquiver, du moins l’atténuer pour qu’elle ne soit pas une vision abjecte de nous.

Nous, je nous avais imaginées vieillir assistant aux succès de nos enfants, plaindre la jeunesse, contempler les années passées en couple avec nos conjoints, remémorer nos souvenirs…  Nous, pour moi, ce serait toujours des rires, des vibrations positives, des conseils. Nous, c’était des épaules pour pleurer, des oreilles pour entendre sans juger. Nous, ce serait tout ça sans cet épisode que j’ai vécu aujourd’hui… Même mon pire cauchemar n’aurait pas pu me préparer à cette nouvelle version de nous.

J’ai esquivé ton chemin. Disons qu’il y avait deux possibilités : j’ai évité celle qui croiserait  nos regards, mettrait nos corps à des centimètres… Je n’ai pas envie de recevoir de toi un hochement de tête expéditeur, un sourire forcé,  un bonsoir mâchonné ou pire ton indifférence. Je ne veux pas te les offrir non plus,  alors, j’ai préféré faire semblant ne t’avoir pas vu.

J’ai mes raisons!

Je veux encore garder ce qui reste de nous, pardon, ce qui était de nous … Il faudrait n’avoir jamais connu l’amitié pour penser que te voir aujourd’hui ne me ferait rien.  Je dois t’avouer que tu ne m’as pas manqué, je n’ai jamais demandé de tes nouvelles non plus. Je ne t’ai pas oublié mais je ne t’ai jamais cherché. Tu sais ca déjà, je ne suis pas une hypocrite. J’ai essayé de définir mes sentiments à ton égard mais c’est difficile. Laisse-moi te dire ce que je ressens. Tu serais comme de l’eau incolore, inodore mais sans ses facultés bienfaisantes, de l’oxygène intouchable, invisible, encore l’essentiel manque… Je n’arrive pas encore à cerner ces sentiments. Tout ça, je n’aurais pas eu à te l’expliquer si on était toujours les meilleures amies. Notre connexion était si forte que nous comprenions tout ce que nous exprimions sans que nous ayions à prononcer le moindre mot. Tu étais ma sœur d’une autre mère! J’ai du mal à comprendre la passivité de mon cœur face à toi, je ne me connaissais pas aussi glaciale.

Notre relation, je la croyais solide et intemporelle tant elle me paraissait sincère et ouverte. Je m’attends un petit peu à tout maintenant que la vie nous a séparés. J’ai aussi peur de m’attacher, tout me parait si éphémère… Si je savais ou je pensais t’avoir fait du mal, je me serais excusée dans le but de regagner tes bonnes grâces… Mais rien! Nos liens se sont brisés par la violence de notre silence, ils sont devenus des cendres maintenant dans l’urne de notre amitié. Nos souvenirs de facebook qui me faisaient grimacer au début de notre séparation, les histoires qu’on a partagé, toi et moi sommes désormais une conjuguaison faite au passé. C’était la fin de notre cycle, je ne pensais pas que l’univers aurait conspiré contre nous.

Je n’ai pas insisté,  je ne me reproche même pas de t’avoir laissée partir.

Je ne me retournerai pas, je sens que tes yeux se sont posés sur moi mais mon ombre était déjà furtive. Dis-moi, comment laisse-t-on tomber sa meilleure amie du jour au lendemain ? On passe un trait sur elle comme une vilaine faute, on froisse cette amitié comme un vulgaire brouillon et on le jette à la poubelle? Dis-moi, comment fait-on pour se détacher d’une personne qu’on aimait dont on connait toutes les angoisses, tous les rêves et tous les secrets… ? T’inquiète, les tiens seront toujours en sureté avec moi et que personne n’ose dire du mal de toi en ma présence pour obtenir ma faveur.

Si je peux te promettre une chose, c’est de garder tes confidences avec la loyauté que tu me connais.

Enfin, j’ai appréhendé cette rencontre mais on a beau s’imaginer des situations, se composer des attitudes, ceci n’empêche pas qu’on passe à des kilomètres de tout ça dans la vraie vie. Bon, je m’en vais, je ne te souhaite rien  vu la neutralité de mes sentiments à ton égard. Ta place dans ma vie : personne ne l’aura. On ne peut pas construire sur certaines ruines…

J’entends souvent dire que rien n’est éternel, ça me rassure un peu sur notre destinée mais nous deux : ça aurait pu au moins traverser cette vie ensemble.

Lou

Commentaires

Lou
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