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La double vie du Ghetto

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Je ne m’attarde pas sur les raisons qui m’ont poussé à choisir cette seconde vie, mais le fait est que je suis en plein dedans, comme un contrat que j’ai passé avec le diable et qu’il m’est impossible de dissoudre. La misère avait déjà contraint mes deux sœurs à se prostituer. Ma mère feignait ne rien comprendre quand elles rentraient avec un téléphone dernier cri ou des jeans à la pointe de la mode. Elle s’accrochait à sa bible, au Bon Dieu bon et ne s’en démordait pas de ses illusions. Je travaillais dur au lycée espérant en finir. La frustration de son côté travaillait dur pour me miner et ne me laisser aucun répit. Me perturbant dans mon être.

J’étais mal vu dans mon entourage. Je jouais à l’intello alors que mes sœurs battent la mesure du coït à qui offre mieux pour le manger, le vêtir, car elles sont déjà loin de l’objectif premier qui était une contrepartie pour l’écolage. Le plaisir ne leur est même plus prioritaire, elles le simulent pour avoir gain de cause et fidéliser la crème de la clientèle.

Les offres me concernant fusionnaient. Les commandants, comme on les appelle dans mon entourage crasseux ne cessaient de me montrer les biens fondés de me convertir en soldat de gang. Le business est risqué, et qui ne risque rien n’a rien me lançaient ils. Chacun me sondait à sa manière et faisait miroiter sous ma barbe ces petits avantages liés au sang. Les mauvaises passes du ghetto commençaient sérieusement à se moquer de mon honneur mal placé. Mes scrupules mal venus. Ça rapporte quoi ? Le commandant le plus riche m’a déjà proposé une moto. Il a dit en ricanant : « tu pourras garder ces scrupules que tu chéris tant le jour, en faisant du taxi et la nuit tu seras comme nous une créature sanguinaire qui tue, viole, vole pour sa survie. » J’avoue n’avoir pas entendu le reste de la phrase. Mon esprit s’est figé sur l’image de la moto. J’ai entrevu le bonheur d’avoir un revenu, de sortir mes sœurs de leur position indigne, de redonner espoir à mère dont les pages du grand livre commençaient à s’user de trop de lectures. Ou du moins y pensais-je vraiment sur le coup.

Je passai le pacte. On omit de me dire que seule la mort m’en délivrerait. Je voulus me convaincre que jamais mon être ne sera des leurs, mais juste le moyen de m’en sortir et de fuir à tout jamais cet endroit où tous ceux qui y naissent doivent emprunter le couloir malsain.

Je devenais tour à tour éclaireur, brigadier, chef de petite troupe de larcins, soldat d’opération braquage et chef d’équipe. Le labyrinthe était sans fin. Pire, j’y avais pris goût. J’étais up to date. Au lycée j’étais un boss. L’après-midi devenu chef je ne faisais plus de taxi moto et le soir je régnais, arme en main. Je faisais la loi.

Des moments éphémères de lucidité m’ont rattrapé pourtant. Pourquoi faut-il toujours que le recrutement des galeux soit fait de manière automatique dans mon entourage ? On s’efforce de garder la ligne, mais le devoir malsain nous rattrape quand même. Alors on plonge tête baissée dans le labyrinthe sanguinaire. Que dis-je, on s’y adonne le cœur léger, presque heureux de tuer pour survivre. Ignorant ces voix qui nous rappellent que nos ennemis ne sont pas ces pauvres citoyens qu’on dépouille, mais de préférence ces grands messieurs qui nous contactent près de nos ravines qui nous servent à nous autres et aux animaux nos voisins de route et d’antre. Combien en sont sortis indemne ? Je ne saurais le dire. La faim et quelques gourdes finissent trop souvent par avoir raison de notre innocence. La honte n’est même plus dans nos yeux. Après un taf de marijuana qui est comme un bonus à notre nouvelle vie, on se sent maitre et seigneur. Les bonnes résolutions ne sont plus que ces souvenirs d’une trop lointaine époque ou même la mort ne pourrait nous ramener.

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