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Je veux votre mari !

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Il semblait perdu.

Véritablement, car il se trouvait dans une allée qui ne lui convenait pas et où tout le monde n’hésitait pas à lui lancer des petits regards, ce qui devait sans aucun doute le gêner. C’est ainsi que je me suis approchée de lui et ma première intervention fut simple : «Pour votre femme ou votre fille?» Son hésitation à me répondre fut sans aucun doute la toute première chose à me séduire. Par la suite, il me répondit timidement « Ma fille ». Il écouta judicieusement mes conseils et partit fièrement à la caisse avec ses courses en se disant surement qu’il avait grandement appris sur les tampons durant ces quelques minutes de bavardage.

Ainsi, nos routes auraient pu se séparer là mais vous en avez décidé autrement sans le savoir certes, mais c’est grâce à vous que j’ai de nouveau rencontré Thomas. Il était dans la salle d’attente attendant patiemment avec les autres parents. Il semblait ne pas être dans son élément, je me suis donc approchée comme la première fois et avec mon plus beau sourire j’ai fait le premier pas « Je suis persuadée que c’est encore pour votre fille». Il m’a souri et j’ose avouer que c’est la deuxième chose qui m’a séduite chez lui. Nous avons sympathisé et il a fini par me confier que c’était la première fois qu’il venait à une réunion parentale. Etant prise de court par une réunion de dernière minute, vous lui avez donc demandé de vous remplacer. Alors Madame, merci de nous avoir remis sur la même route.

Depuis ce jour, rencontre après rencontre, nous avons appris à nous connaître. Nous avons partagé bien plus que ce que j’aurais pu imaginer. Il est drôle, soucieux, responsable et par dessus tout amoureux. Et oui, amoureux. Ce ne sont pas mes mots. Je me souviens de ce dimanche où il devait vous rejoindre chez vos parents pour annoncer à tous que vous attendiez un heureux évènement, avant de partir, il me l’a confié: «Je suis amoureux. Ne me demande pas comment mais c’est une réalité».

Nous avons donc entamé l’histoire de toute une vie.

Chaque lundi, je recevais un magnifique bouquet de fleurs accompagné d’une carte où il me rappelait les merveilleux moments passés mais surtout à venir. Chaque mardi, il se hâtait de déposer sa fille à l’école pour ne pas tarder à venir me donner un baiser matinal avant que je ne commence ma journée de dur labeur. Chaque mercredi, il s’inventait toujours des réunions tardives pour passer le plus de temps que possible avec moi et mes amis. Chaque jeudi par contre, je devais me contenter de quelques appels car ne l’oublions pas, il y avait quand même vous et votre fille. Chaque vendredi, il passait me chercher pour qu’on aille déjeuner ensemble afin de préparer le weekend qui était déjà à nos portes. Nos week-ends! Parfois à la plage quand il arrivait à se libérer en vous faisant croire à un voyage d’affaires, parfois dans votre maison à Kenscoff quand on voulait tout simplement s’éloigner de votre vie à deux. Parfois, on devait tout simplement souffrir en silence quand vous organisiez des week-ends en famille sans même prévenir.

Je me souviens de ce jour, où il a raté la soirée prévue pour votre anniversaire. Ce jour-là, tendrement blottie dans ses bras, on planifiait nos vacances d’été. Et cet été réellement, nous avions passé un magnifique mois ensemble à Barcelone. Cela ne fut tout de même pas facile de vous convaincre de le laisser participer à ce soi-disant séminaire en dehors du pays,  mais bon …

J’ai été et je suis encore la femme la plus comblée. Entre nos voyages de par le monde, mes bijoux de grands créateurs, notre maison et tant d’autres choses, tout me paraît parfait. Mais j’ai fini par comprendre qu’il existait dans mon bonheur une tâche d’encre. Vous!

Vous étiez le message qui l’enlevait de mon lit; l’appel qui le ramenait dans votre maison. Vous étiez le lien qui le retenait quand j’aurais aimé qu’il soit présent; le rappel à une vie où je n’avais pas ma place. Vous étiez le hic!

Imaginez un peu ma peine quand il n’a pas pu être présent à mon vingt-cinquième anniversaire car votre fille avait fini au commissariat pour une conduite en état d’ivresse. Mon chagrin a été immense lorsque j’ai dû me passer de lui toute une semaine parce qu’il vous aidait pour les funérailles de votre frère. Imaginez ma tristesse lorsqu’il a dû annuler notre première rencontre avec mes parents parce que vous aviez une échographie de dernière minute. Vous vous sentez trahie? Moi, je suis fatiguée de partager.

Mais où sont donc mes bonnes manières? Je sais que je pourrais me passer de présentation mais je me dois de le faire. Je suis une femme: une femme amoureuse. Je suis la femme qui a conduit votre fille à l’hôpital lorsqu’elle s’était cassé le bras et que vous étiez à Cuba. Je suis la femme qui a préparé le dîner d’anniversaire de Thomas lorsque vous étiez à St Martin. Je suis celle qu’il voit quand il vous fait l’amour; celle qu’il veut près de lui le soir en s’endormant. Je suis celle que vous étiez, il y a quelques années, celle qu’il aime.

Pour faire court, je suis sa maîtresse.

Vous devez me trouver téméraire et effrontée mais retenez Madame que je suis toute aussi déterminée, résolue et décidée. J’ai un objectif et je compte bien l’atteindre. Je vous préviens d’ores et déjà donc ne soyez ni choquée, ni bouleversée au moment où la pierre vous frappera. J’obtiens toujours ce que je désire et là… JE VEUX VOTRE MARI!

Votre Rivale!

Fiction de Yenniva Menard

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