EN UNESOCIÉTÉ

James Corrigan Clay, un pasteur américain a abusé sexuellement un enfant qu’il a adopté en Haïti

0

Les autorités pour la protection de l’enfance en Floride ont confirmé en janvier que James Corrigan Clay a « abusé » et « agressé sexuellement » un des deux enfants mineurs qu’il a adopté avec son ex-compagne, Shelley Jean, en Haïti.

Read this piece in English

En plus de son ministère situé à Pétion-Ville et son salon de tatouage Ayiti-Ink, le pasteur américain, James Corrigan tenait un blog sur lequel il racontait les soubresauts de sa vie de « blan » en Haïti.

Fin décembre 2016, il publie une lettre écrite à la main par une jeune haïtienne de dix-sept ans dénommée Jenny.

« Je veux faire l’amour avec toi, afin que tu puisses m’aider avec l’opération médicale de ma sœur », peut-on lire dans la missive qui se termine par un « I love you Corrigan », frappé en caractères disproportionnés, par rapport au reste du message.

James Corrigan affirme avoir beaucoup aidé Jenny, à qui il avait intimé l’ordre de venir vers lui, au lieu de « donner son corps pour de l’argent. » Et lorsque la jeune fille lui offre son corps, il admet que sa solitude – résultante probablement de son divorce d’avec Shelley Jean deux ans avant – lui a fait « s’attarder » sur la proposition.

Rien dans l’article de blog n’indique s’il y avait un contact intime – ce qui aurait été illégal au regard de la loi haïtienne. Mais cinq ans plus tard, des accusations d’abus sexuels sur enfant viennent s’attacher au nom de James Corrigan Clay, dans une affaire qui implique un des deux enfants qu’il a adopté en Haïti.

Selon une lettre datée du 13 janvier 2021, transférée à son ancienne compagne, Shelley Jean, le Département des enfants et de la famille de l’État de la Floride « détermine que des allégations d’abus sexuel et d’agression sexuel sont vérifiées » pour un des enfants pris en charge depuis plusieurs années par l’ancien couple qui désormais vit aux États-Unis.

Une affaire devant la justice

Le Département des enfants de la Floride représente l’équivalent de l’Institut du Bien-Être Social et de la Recherche haïtien. La structure encourage les dénonciations via téléphone. Et à chaque occurrence, elle procède à une investigation méticuleuse, suivie de recommandations pour les parents, et pour la justice.

« On enquête sur les abus et les négligences », explique patiemment au téléphone, Cassie, une représentante de l’institution, en cet après-midi maussade du 19 janvier. Les informations ayant déclenché l’investigation sur Corrigan James Clay ne viennent pas de Shelley Jean, mais Cassie refuse de divulguer des données sensibles protégées par la loi.

Il est difficile de déterminer la dynamique de la relation dans l’ancien couple qui avait quatre enfants à leur divorce en 2014. Contactée via téléphone le 18 mai 2021, Shelley Jean coopère difficilement. « Le dossier est en investigation aux États-Unis, donc on ne me permet pas d’en discuter, dit-elle avant de préciser qu’un juge lui a ordonné le silence. « Je ne peux rien dire. »

Lire aussi: Un prêtre catholique américain accusé d’avoir agressé sexuellement un jeune garçon aux Cayes

Shelley Jean brandit aussi l’opposition de la justice pour ne pas indiquer si elle était au courant avant les dénonciations, que l’enfant était abusé par son père adoptif. Quelques minutes après avoir raccroché, elle transmet une réaction définitive via WhatsApp : « Les enfants ont toujours vécu avec moi. [Corrigan James Clay] partait avec eux en weekend, et les voyait lors de visites. Depuis que j’ai appris les incidents l’année dernière, les enfants vivent à 100% uniquement avec moi. »

– Avez-vous divorcé de Clay à cause des abus sexuels qu’il infligeait à la victime ?

Le message reçu par Shelley n’est toujours pas répondu.

De son côté, le tatoueur professionnel semblait vouloir donner sa version des faits. Dans un premier temps, il disait sur WhatsApp vouloir la permission de l’enfant pour parler. Puis, il rajoute qu’il faudrait que la mère donne son d’accord. « Je ne veux pas que mon enfant soit blessé en devenant le focus d’un article de journal », a-t-il déclaré avant d’envoyer un guide de l’UNICEF expliquant comment faire des reportages de façon responsable quand des enfants sont au cœur du sujet.

« Ni moi, ni Shelly, ne vous a donné la permission (…), ce serait une faute éthique et journalistique que de faire la publication de ce texte », a écrit Clay. Il n’a pas réagi aux clarifications expliquant que l’article porterait de préférence sur ses forfaits, et non sur l’enfant victime et que des mesures seront prises pour laisser planer un flou sur l’identité de cette dernière, et même son sexe.

Les proches se murent dans le silence

Les proches de Jean et de Clay refusent de prendre position publiquement sur cette affaire. Callie Himsl est américaine. Elle a cofondé avec l’ancien couple en 2013 une entreprise dénommée « Papillon Marketplace ». La structure se donne pour mission de combattre le phénomène des orphelinats, en donnant du travail dans l’artisanat aux Haïtiens nécessiteux afin qu’ils puissent prendre soin de leurs progénitures.

« J’ai démissionné de Papillon le 10 mai 2018 et je n’ai plus parlé ni à Shelley ni à sa famille depuis, déclare Himsl. Je vous souhaite bonne chance pour apporter la lumière et la justice sur cette affaire. » Himsl qui dit en savoir peu, n’a pas indiqué si la connaissance des abus a été un des facteurs ayant occasionné son départ de Papillon.

Lire enfin: Anpil ti gason an Ayiti fè bagay pou premye fwa ak fi ki deja majè. Se yon abi.

Au moins deux connaissances de Shelley Jean en Haïti, acclament le travail de Papillon Marketplace qui aurait permis de créer un emploi pour plusieurs haïtiens, dont des anciens « déportés des États-Unis ». Shelley se sert de Facebook pour faire connaitre l’entreprise, mais aussi pour discuter de choses plus privées. Elle a d’ailleurs évoqué l’affaire dans sur le réseau social, sans toutefois nommer spécifiquement l’agresseur, qui au fait est son ancien conjoint.

James Corrigan Clay préfère son blog. « Perdre sa famille biologique est un stress énorme pour un enfant et vivre dans un orphelinat est un traumatisme, même quand c’est un bon orphelinat, car ce n’est jamais le genre de famille que vous avez perdue, écrit-il en février 2017. Si le monde était équitable, les enfants haïtiens n’auraient pas moins de chances de survie que les enfants américains ou canadiens. Les familles n’auraient pas à être divisées pour qu’un enfant reçoive les soins médicaux dont il a besoin. »

Le père biologique de l’enfant abusé se trouve en bonne santé en Haïti.

Commentaires

Widlore Mérancourt
Éditeur en chef d'Ayibopost. Consultant média. Amateur de philosophie. Grand curieux des nouvelles façons d'exercer le journalisme. Grand curieux, tout simplement.

Comments

Comments are closed.