SOCIÉTÉ

Faute de spécialistes en respiration artificielle, des patients meurent dans les hôpitaux d’Haïti

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Ce métier qui a pris naissance à partir des années 1950 pour pallier le manque de personnel auxiliaire pour administrer l’oxygène aux malades, n’existe pas encore en Haïti. Ce sont les infirmières et les médecins qui s’en occupent dans le pays, selon Dootie Baptiste, une infirmière

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Anthony Pascal, dit Konpè Filo, est mort le 31 juillet 2020, dans une ambulance qui le conduisait à l’hôpital. Il était en détresse respiratoire. L’ambulance n’était pas équipée en oxygène, pour lui sauver la vie.

Les tragédies comme celle de Konpè Filo sont courantes en Haïti. Non seulement le matériel adéquat fait défaut à la plupart des hôpitaux, et aux ambulances, mais aussi peu de personnes sont formées à leur maniement.

Ce sont les inhalothérapeutes ou thérapeutes respiratoires qui s’occupent de ces appareils de respiration artificielle appelés couramment ventilateurs. Au plus fort de la pandémie du coronavirus, virus qui affecte particulièrement l’appareil respiratoire, ces ventilateurs ont connu une importance accrue.

Cependant, ce métier qui a pris naissance à partir des années 1950 pour pallier le manque de personnel auxiliaire pour administrer l’oxygène aux malades, n’existe pas encore en Haïti. Ce sont les infirmières et les médecins qui s’en occupent dans le pays, selon Dootie Baptiste, une infirmière ayant travaillé dans le centre de Covid-19 à Canaan.

De plus, dans beaucoup d’hôpitaux ces matériels sont désuets. Ils utilisent encore des bonbonnes d’oxygène, contrairement au reste du monde, selon Stéphane Dragon, thérapeute respiratoire qui cumule une vingtaine d’années d’expérience dans ce métier.

« Les centres médicaux qui ne desservent pas une large population sont les seuls à encore utiliser des bonbonnes. Les hôpitaux sont à présent équipés d’un réservoir d’oxygène placé en dehors de l’immeuble, qui alimente toutes les salles », dit-il.

Spécialité importante

Les personnes atteintes d’une maladie pulmonaire, celles qui sont victimes d’une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral, ou encore des patients qui souffrent d’asthme ont souvent besoin d’aide respiratoire. Le thérapeute respiratoire joue un rôle crucial dans ces cas.

«Les inhalothérapeutes travaillent de concert avec les pneumologues, les cardiologues, les chirurgiens. Ils sont très présents dans les salles d’urgences des hôpitaux, dans les unités de soins intensifs », explique Stéphane Dragon.

Il a étudié cette spécialité aux Etats-Unis et y a travaillé. Toutefois, sa licence arrive à échéance le 21 mai de cette année, et il doit subir une évaluation pour renouveler son diplôme pour les deux années à venir.

« Lors de grandes opérations qui nécessitent une anesthésie générale, où le patient ne respire plus, le thérapeute respiratoire est celui qui met le malade sur un respirateur artificiel. Cet appareil vise à assurer une ventilation artificielle des poumons du patient » dit le thérapeute.

Lors de grandes opérations qui nécessitent une anesthésie générale, où le patient ne respire plus, le thérapeute respiratoire est celui qui met le malade sur un respirateur artificiel.

Cette ventilation artificielle se fait par intubation. Une sonde nasale ou un masque, tout dépend de la gravité du cas, aide le patient à respirer. Ainsi, sous la supervision du professionnel, la machine supplée aux voies respiratoires naturelles, menant l’air jusqu’aux poumons et rétablissant l’oxygénation du sang.

Après une crise cardiaque, les inhalothérapeutes interviennent aussi pour réanimer le patient, au cours des quinze minutes qui suivent le malaise.

Opportunité ratée 

Comme cette profession n’est pas enseignée en Haïti, avant le coronavirus la plupart des hôpitaux n’avaient pas la capacité d’intuber des patients ayant de sévères crises respiratoires. C’est ce que confie le pneumologue Jean Ardouin Esther Louis Charles, directeur médical de l’hôpital Sanatorium.

« L’hôpital Bernard Mevs et l’hôpital universitaire de Mirebalais étaient les seuls qui en avaient plus ou moins la capacité. Mais leur système n’était pas assez performant. Avant le coronavirus on avait de petites bonbonnes d’oxygène de 2 000 litres dans les hôpitaux», avoue le pneumologue.

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Il estime que l’Etat n’a pas su profiter du nouveau Coronavirus pour équiper l’hôpital de l’université d’État d’Haïti (HUEH) d’un réservoir d’oxygène.

« Des milliers de dollars ont été dépensés dans le cadre du Coronavirus pour l’acquisition de bonbonnes d’oxygène. Après les dépenses, le gouvernement a constaté que ces matériels ne pouvaient pas tenir longtemps. Les autorités ont maintenant commandé des générateurs d’oxygène. Un générateur peut en moyenne alimenter cinq patients sous ventilation », dit-il.

Absence du cursus

Non seulement le métier de thérapeute respiratoire n’est pas enseigné dans le pays, les médecins n’ont pas non plus de cours sur l’oxygénothérapie durant leur formation médicale. L’oxygénothérapie consiste à apporter un supplément d’oxygène à un patient.

« C’est au cours de mon stage que j’ai acquis des notions sur l’oxygénothérapie», confie le gynécologue Vilson Bonhomme, médecin résident à la maternité Isaïe Jeanty (Chancerelles).

Toutefois, les écoles d’infirmières privées en Haïti n’abordent pas cette spécialité. C’est également pendant son stage que Louna Occean, qui a étudié à la faculté des sciences infirmières de Port-au-Prince, en a entendu parler.

« L’absence du métier de thérapeute respiratoire prouve la défaillance du système médical haïtien. Avec le coronavirus, l’État aurait dû prendre note et penser à intégrer ce métier dans les pratiques médicales en Haïti », croit Stéphane Dragon.

Emmanuel Moïse Yves

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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