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Entrevue: Olivier Noël veut révolutionner la recherche génétique

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Le 12 novembre, près de 6 millions d’Américains et des millions de téléspectateurs à travers le monde ont regardé Olivier Noël présenter sa compagnie à l’émission télévisée Shark Tank. Au- delà de la petite notoriété acquise, Dr. Noel a surtout négocié pour sa compagnie, un investissement de la part de la  211ème fortune du monde.

Olivier Noel est un chercheur doctorant en biochimie et en génétique-moléculaire. En 2015, il crée DNA Simple, une plateforme qui veut doubler la vitesse de la recherche génétique et permettre des études impossibles auparavant. En Avril 2017, Olivier Noel est sélectionné par  Forbes Magazine dans sa prestigieuse liste « 30 under 30 science » qui honore trente jeunes de moins de 30 ans.

Olivier Noel a répondu à nos questions sur son parcours, son entreprise et ses objectifs dans cette aventure entrepreneuriale innovante.


 

DNA Simple, veut accélérer le processus de compatibilité (matchmaking) entre les chercheurs et les potentiels donneurs. Pourquoi est-il important d’avoir le plus de gens qui participent à ce processus? Comment cela peut-il contribuer au progrès de la médecine ?

Au cours des 10 dernières années, les scientifiques ont réalisé que beaucoup de maladies qui n’étaient pas censées avoir une base génétique sont en réalité liées à nos gènes et à notre génome. Ils ont découvert que les conditions génétiques elles-mêmes peuvent être décomposées en des sous-types directement liés à notre ADN. C’est ce qui explique pourquoi les chercheurs ont de plus en plus besoin d’une source fiable d’échantillons d’ADN. Ainsi, ils peuvent pour leurs travaux de recherches, étudier les patients de différentes origines.

Une fois que nous, scientifiques, sommes en mesure de comprendre la génétique derrière une maladie, nous pouvons apporter des soins personnalisés et précis pour la maladie étudiée.

Plus il y a de gens dans notre base de données, plus nous parviendrons à fournir des échantillons aux laboratoires de recherches. Cela signifie qu’un nombre important d’études avancera à une plus grande vitesse. Les chercheurs consacrent parfois deux à quatre ans pour recruter suffisamment de donneurs d’échantillons pour leurs études, alors que souvent l’expérience elle-même ne prend même pas un an à compléter. Si nous parvenons en quelques mois à leur fournir les échantillons qu’ils cherchent, nous accélérerons considérablement le rythme de la recherche scientifique.

Olivier et quelques membres de DNAsimple

Il y a donc un besoin pour plus d’échantillons d’ADN pour les recherches. Comment avez-vous réalisé que ce besoin existait et qu’il n’était pas comblé dans le secteur scientifique?

Lorsque j’ai commencé mon doctorat, j’ai réalisé qu’il était difficile d’obtenir des échantillons spécifiques de patients à des fins de recherche scientifique, quelle que soit la qualité de l’infrastructure, de l’équipement de laboratoire et même du montant de la subvention. La barrière géographique entre nous scientifiques et les patients est difficile à contourner. Alors que j’assistais à une conférence sur la génétique à Philadelphie, j’ai réalisé que c’était un problème qui affectait beaucoup de scientifiques du pays et pas seulement mon équipe de recherches à Penn State University. Et c’est à partir de là que l’idée de DNA Simple a émergé pour créer une base de données en ligne reliant patients et scientifiques.

Qui sont vos principaux clients?

Nos clients sont ceux qui font de la recherche génétique et qui travaillent avec des échantillons d’ADN. Cela inclut les chercheurs dans les institutions académiques ainsi que dans les sociétés de recherches pharmaceutiques et privées.

L’un des hommes les plus riches du monde est maintenant votre partenaire d’affaires, comment vivez-vous cette expérience? Comment pensez-vous utiliser son expérience et son savoir- faire pour avancer avec DNA Simple?

C’est assez cool et incroyable. Il a manifestement eu beaucoup de succès et d’expérience en tant qu’ homme d’affaires. J’ai hâte d’avoir son point de vue sur certains aspects du business, recevoir ses conseils, utiliser son expérience et ses connaissances pour élargir l’entreprise. Je pense que ces conseils nous seront très utiles pour mieux aborder les aspects qui fonctionnent et ceux qui ne fonctionnent pas pour faire grandir l’entreprise. Il est également bien connecté, l’exploitation de son grand réseau sera un énorme avantage pour nous à l’avenir.

Olivier accompagné de son nouveau partenaire, Mark Cuban

Quand est-ce que en Haïti, on pourra faire l’expérience de DNA Simple ? Comptez-vous internationaliser le service?

À l’heure actuelle, DNA Simple est seulement aux États-Unis et au Canada, mais notre modèle fonctionnerait aussi bien pour obtenir des échantillons internationaux. Nous examinons la logistique et les détails, mais nous espérons nous lancer à l’international l’année prochaine – au moins dans un certain nombre de pays. On veut donner aux gens à l’extérieur des États-Unis et du Canada une chance de participer à DNA Simple et de contribuer à la recherche scientifique.

Olivier, vous avez grandi en Haïti et vous êtes encore attaché au pays. Explique-nous pourquoi la recherche scientifique doit être prise au sérieux en Haïti? Comment contribue-t-elle au développement d’un pays?

La recherche scientifique est cruciale partout mais je pense qu’elle est particulièrement importante pour Haïti. Elle devrait être prise au sérieux. Notre environnement est unique, notre style de vie est unique et notre histoire est unique. Par conséquent, les causes des maladies seront également uniques. Les thérapies développées aux États-Unis et dans d’autres pays ne seront pas nécessairement aussi efficaces pour nous Haïtiens vivant en Haïti. Il est essentiel que nous fassions nos propres recherches, en intégrant les complexités et l’unicité de notre propre environnement et de notre constitution génétique afin de développer des solutions et des thérapies propre à nous.

Souvent, les gens pensent qu’une recherche est presque impossible à lancer et que cela nécessite des centaines de millions de dollars. Ce n’est pas nécessairement vrai. Ce dont je parle peut être fait à n’importe quelle échelle et avec différentes tailles de budget. Cela pourrait être aussi simple que de comprendre la qualité de l’air à laquelle nous sommes exposés dans certaines régions, ou d’examiner pourquoi le taux de mortalité ou l’incidence du cancer est plus élevé dans certaines collectivités. Cela permettra également de créer de nouveaux emplois et d’aider l’économie. Je crois fermement que si nous investissons et nous exécutons correctement, nous pouvons générer des données et des connaissances qui peuvent être traduites en entreprises pouvant légitimement avoir un impact à l’échelle internationale.

7- De Saint-Louis de Gonzague au programme de doctorat de Penn State, c’est quoi la formule de la réussite? Avez-vous des conseils pour un jeune haïtien qui veut entreprendre et qui aimerait créer le prochain DNA Simple?

On me pose souvent cette question et quand je regarde en arrière, je peux m’orienter vers les valeurs fondamentales que j’ai toujours essayé d’appliquer et qui ont joué un rôle déterminant dans mon succès. Ils sont ce que j’appelle les «non-négociables»: travail, passion, humilité et sacrifice. Je pense que si vous êtes en mesure d’appliquer ces 4 principes clés, vous réussirez dans tout ce que vous ferez.

8- Votre présentation a été précise, comment avez-vous préparé le terrain?

 

Pour être honnête, je n’ai pas regardé un seul épisode de Shark Tank dans les semaines précédant le show. J’avais déjà vu le show dans le passé et je connaissais le concept.

Je ne voulais pas influencer la préparation de mon pitch et créer de prénotion dans ma tête par rapport aux « Sharks ». À ce stade, j’étais déjà habitué à parler aux investisseurs et ce n’était donc rien de nouveau. Ma priorité était de connaître les chiffres de ma compagnie sur le bout des doigts, comprendre mes opérations et m’assurer que je puisse en parler avec une très grande confiance en moi. En général, je ne stresse pas quand je prends la parole en public, en fait j’étais plus excité que tout autre chose à rencontrer et parler aux fameux « Sharks ». Mon objectif principal était d’expliquer mon entreprise de manière à ce que les Sharks comprennent nos activités et s’enthousiasment autant que moi sur le problème important qu’on veut résoudre. Je suis heureux d’avoir pu le faire.

 

Commentaires

Ayibopost Team
La rédaction de Ayibopost

    Haïti doit-elle se préoccuper de l’esclavage en Libye ?

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    À cet homme qui m’a laissé sèche et ennuyée

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