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En-JEU Productions fait le pont entre le théâtre et le public haïtien

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Depuis le début du mois de mars, les amateurs de théâtre et d’art en général ont un nouveau rendez-vous. Grâce aux initiatives d’en-JEU Productions – une compagnie de production qui œuvre à la promotion des arts et de la culture en Haïti –, des spectacles de théâtre devront avoir lieu toutes les fins de semaine dans divers endroits du pays. 

 

« Faisons de l’ART ce qu’il est ». Voilà la principale source de motivation de Katiana Milfort, la coordonnatrice des activités d’en-JEU Productions. Après quinze années de carrière, la comédienne est dégoûtée par la situation que vivent ses confrères. « Les artistes en Haïti sont au four et au moulin. En plus de travailler sur leurs œuvres, ils doivent encore trouver eux-mêmes les moyens nécessaires s’ils désirent voir leur pièce sur scène un jour » explique Katiana Milfort. Cette situation n’est pas normale, elle doit changer,  et c’est cette réponse qu’apporte “en-JEU“.

Désormais, l’artiste n’aura plus à se préoccuper des détails de la mise en scène, de la production ou de l’espace dont il a besoin pour les spectacles. “en-JEU Productions” se charge de tout. Le seul souci de l’artiste doit être celui de la création. C’est en tout cas le vœu de Katiana Milfort : « Notre travail, c’est d’aller à la rencontre des artistes où qu’ils soient dans le pays, et de mettre en lumière leurs réalisations afin que le public sache qui ils sont et ce qu’ils font.» C’est le but recherché. Mais pour le moment, les moyens du bord ne permettent pas aux responsables d’aller au-delà de la région métropolitaine.

Les premières activités ont commencé le week-end du 3 mars au local de ACTE, école de formation d’acteurs et d’animateurs dirigé par la comédienne Gaëlle Bien-aimé. Kettelonne Pamphile incarnait, dans “FATMA”, le rôle d’une jeune servante qui parle de la réalité de son pays, qui met en valeur les gens qui l’habitent. Le 10 mars dernier, c’était au tour de Chelson Ermoza de jouer “TEMPS-MORT”, une pièce inspirée d’un texte de Michel Philippe-Lerebours et mise en scène par Billy Elucien. Samedi prochain, le 17 mars 2018, Matina René Cabèche qui arrive des Gonaïves sera en vedette dans “Mes mains pleurent dans l’histoire”, une adaptation du texte “Je t’écris cette lettre” de Rodney St-Eloi. Toutes ces représentations ont lieu à ACTE, à Delmas 33.

Leur objectif : faire autrement

« Le spectacle du 17 mars sera le dernier pour le mois », signale presqu’avec regret Katiana Milfort. « Mais au mois d’avril, nous recommencerons de plus bel à l’Institut Français. » L’ambition est aussi de diversifier les lieux où sont donnés les spectacles. « Quand on regarde comment cela se passe dans le milieu, ce sont toujours les mêmes endroits qui reçoivent les activités avec les mêmes personnes en vedette. Nous voulons procéder différemment avec en-JEU Productions », affirme la comédienne, elle-même ancienne étudiante au Petit Conservatoire de Daniel Marcelin.

En attendant de trouver des entreprises partenaires qui soutiennent le projet, les spectacles sont financés par des particuliers, des amateurs d’art et de culture. « L’admission à ces activités est payante », soutient Katiana Milfort. « Car en venant aux spectacles, les gens doivent comprendre pourquoi ils sont venus, et du même coup, prendre conscience de l’immense travail que réalisent les comédiens. » C’est une façon pour elle de valoriser les efforts accomplis par ces derniers dont le travail subit l’injustice de ne pas être vu comme une profession à part entière. De fait, jusqu’à présent les métiers de l’art ne rentrent pas dans les corps de métier en Haïti. « Pourtant, ce sont des gens qui vont à l’école pour apprendre ce qu’ils font et qui bossent dur pour le faire », conclut-elle.

Romaric Fils-Aimé

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Romaric Fils-Aimé
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