Insécurité

De quoi la justice américaine accuse Yonyon, le chef de 400 Mawozo ?

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Il n’est pas accusé de kidnapping, comme écrit dans un post Facebook de la police nationale d’Haïti

Joly Germine alias Yonyon, chef de file du gang 400 Mawozo à Croix-des-Bouquets, a été transféré vers les États-Unis, hier mardi 3 mai 2022. Yonyon était condamné à perpétuité au pénitencier national depuis 2018. Son extradition est le fruit d’une demande d’entraide de la justice américaine.

Selon l’acte d’accusation rendu public par le bureau du procureur américain du District de Columbia, Yonyon est accusé d’avoir participé à un complot criminel qui viole les lois américaines sur l’exportation en faisant de la contrebande d’armes à feu et de munitions vers Haïti.

Parallèlement Yonyon, ainsi connu, n’est pas la seule personne touchée par ces chefs d’accusation. Les charges retenues concernent aussi trois autres personnes qui ont été appréhendées aux USA depuis 2021. Il s’agit de Eliande Tunis, un citoyen américain de 43 ans résidant à Pompano Beach en Floride ; Jocelyn Dor, un citoyen haïtien de 29 ans qui résidait aussi en Floride et Walder St. Louis, un autre citoyen haïtien de 33 ans qui vivait à Miami.

Yonyon est accusé d’avoir participé à un complot criminel qui viole les lois américaines sur l’exportation en faisant de la contrebande d’armes à feu et de munitions vers Haïti.

Grosso modo, ils sont accusés de complot et de la violation des lois sur le contrôle des exportations, de contrebande et de blanchiment d’argent. Selon l’acte d’accusation, les accusés ont conspiré pour acquérir et fournir des armes à feu et des munitions aux membres du gang des 400 Mawozo en Haïti, entre septembre et novembre 2021.

D’après le document, les alliés de Yonyon qui résidaient en Floride ont acheté un nombre imposant de fusils, de pistolets et d’armes de poing dans des magasins d’armes de Floride. Ils les font rentrer clandestinement et sans les permis appropriés en Haïti, les dissimulant dans des conteneurs. L’acte d’accusation décrit également l’utilisation, par les accusés, du système financier américain pour faciliter les achats d’armes et de munitions illégaux.

Actuellement, la bande à Yonyon, 400 Mawozo affronte à la Croix-des-Bouquets, à l’est de Port-au-Prince, le groupe armé dénommé Chen Mechan, allié du G9. Cette guerre a déjà fait une trentaine de morts et plusieurs centaines de déplacés. Incarcéré depuis 2018, Yonyon dirige depuis sa cellule au pénitencier national la quasi-totalité des opérations menées par 400 Mawozo. Pour ce faire, il utilise depuis la prison des téléphones portables non surveillés, selon l’acte d’accusation.

La justice américaine rappelle que ce gang est une organisation criminelle qui opère en Haïti depuis plusieurs années. La bande a déjà été impliquée dans des cas de vols, de meurtres et d’enlèvements.

En octobre 2021, une quinzaine de missionnaires américains ont été enlevés et séquestrés par le gang 400 Mawozo. En avril de la même année, dix personnes, dont deux religieux français, avaient été enlevées par ce gang dans la même région. Ils ont été libérés après vingt jours de captivité.

Pour l’instant, Joly Germine alias Yonyon est placé en détention dans l’attente de nouvelles procédures judiciaires après sa comparution hier après-midi devant le juge d’instruction américain, Robin M. Meriweather. S’il est reconnu coupable pour ces accusations, sa peine sera déterminée par la justice américaine.

Dans une note publiée hier sur sa page Facebook, la PNH affirmait que Germine était poursuivi via un mandat émis par le tribunal de District des USA pour le District de Columbia pour complot et violation de la loi américaine sur la réforme du contrôle des exportations et contrebande à partir des États-Unis, importation d’armes de guerre, enlèvement suivi de séquestration contre rançon de Citoyens américains.

Bien que l’enlèvement des Américains soit mentionné dans l’acte d’accusation, ce document attribue l’acte à 400 Mawozo, dont Yonyon est le chef, sans pour autant le pointer du doigt personnellement.

Lire aussi: Les armes des États-Unis alimentent l’insécurité en Haïti

L’arrestation de Yonyon relance en Haïti le débat sur les incapacités de la justice, mais aussi la porosité du système carcéral. En prison, Joly Germine était toujours bien habillé. Il organisait également des fêtes d’anniversaires spectaculaires.

« C’est une gifle pour la justice haïtienne », déclare l’expert en sécurité, James Boyard, faisant référence au transfert vers les pays étrangers d’individus ayant commis des actes criminels en Haïti. Conscient des incapacités du système judiciaire, Boyard espère que les révélations de Yonyon permettront à la justice américaine de poursuivre également les « mains de l’ombre » de l’insécurité en Haïti.

« N’étant que l’un des bras armés de cette industrie politique et économico-mafieuse, on présume que les secrets qu’il va débaler pour tenter de réduire sa peine, conduiront à de nouvelles arrestations dans les plus hauts lieux de la politique et du monde des affaires en Haïti», selon James Boyard.

Le ministère américain de la Justice a signalé en 2020 que la grande majorité des armes récupérées en Haïti et soumises pour traçage étaient fabriquées ou importées des États-Unis.

Le 29 avril dernier, le diplomate dominicain Carlos Guillén Tatis, attaché agricole et commercial du consulat de la République Dominicaine à Port-au-Prince, a été enlevé à Ganthier, une zone contrôlée par le gang 400 Mawozo. L’homme a été libéré depuis mais rien ne vient indiquer si une rançon a été payée.

Widlore Merancourt a participé à ce reportage.

Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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