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Covid-19: un des médicaments en expérimentation peut être produit en Haïti

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La chloroquine est au cœur de toutes les controverses dans la recherche d’un médicament miracle contre le COVID-19. Au cas où les débats concluraient qu’elle est un remède efficace, Haïti peut en produire localement

Le 20 mars 2020, au Nigeria, les autorités lancent un cri d’alarme. Trois personnes ont été hospitalisées en urgence après avoir ingéré de la chloroquine.

Cette même semaine, en Arizona, un homme est mort, et sa femme s’est retrouvée dans un état grave, après avoir eux aussi pris de la chloroquine. Ils n’étaient pas infectés par le COVID-19, mais avaient ingéré la chloroquine « en prévention ».

Ils avaient pris cette décision suite aux déclarations du président américain Donald Trump, qui assurait que ce médicament, pris avec un antibiotique, était en passe de devenir un miracle pour la médecine moderne.

La chloroquine se vend sous plusieurs formes. Ses déclinaisons en comprimés et en sirop combattent efficacement le paludisme tandis que sa formule est aussi utilisée pour le nettoyage. Le couple avait ingéré une solution destinée aux travaux domestiques, par erreur.

Depuis que le COVID-19 a quitté les frontières de la Chine pour se répandre à grande vitesse dans le reste du monde, les recherches pour un médicament se sont accélérées.

La chloroquine et ses dérivés sont les plus en vogue, et font parler d’eux. Même si la communauté scientifique est déchirée sur le sujet, ce traitement antipaludéen à l’origine, est l’un des rares médicaments produits localement en Haïti.

Patentes libres

Haïti est l’un des seuls pays de la région où la malaria existe encore. Les efforts pour combattre cette maladie ont porté des fruits, mais il reste encore beaucoup à faire.

La chloroquine est l’un des traitements administrés aux patients atteints d’une forme simple du paludisme. Les laboratoires 4C, entreprise pharmaceutique qui commercialise des produits comme le Vita-C, produisaient de la chloroquine à l’époque des pics de malaria.

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« Nous en produisions, confirme Margaret Acra, la responsable de l’entreprise. Nous n’en produisons plus parce que la malaria a beaucoup baissé depuis. De plus la plupart des médicaments contre le paludisme, à cette époque, étaient fournis par l’OMS, le Gouvernement, ou d’autres organisations. Nous en vendions très peu ».

En pleine crise de covid19, Margaret Acra dit penser à produire de la chloroquine, mais les matières premières font défaut. « Notre fournisseur n’arrive pas encore à nous garantir que nous les aurons, dit la responsable. On pourrait en produire pour le marché haïtien si les intrants sont disponibles. Les patentes pour la fabrication sont libres. »

Au cas où ces matières premières seraient à disposition, il ne faudrait pas longtemps entre la fabrication et la commercialisation de la chloroquine. « Cela prendrait entre 10 et 15 jours ouvrables pour en produire et en vendre », assure Margaret Acra.

Farmatrix en rupture de stock

Les laboratoires Farmatrix eux aussi ont la capacité de produire la chloroquine. Ils le font sous forme de sirop, appelé Farmaquine. Ralph Edmond, PDG de la compagnie pharmaceutique, informe qu’ils sont en rupture de stock.

« Pour le moment nous n’en avons plus, par manque d’intrants, dit-il. Mais je suis en train d’écrire au Ministère de la santé publique pour leur demander de faciliter l’acquisition des matières premières, aux frais de Farmatrix. »

Le Ministère de la santé publique et de la population est intéressé par la chloroquine, selon Ralph Edmond. Il est facile d’en produire.

« Si nous avons les intrants qu’il faut, comme c’est un médicament que nous produisons déjà, dans une semaine nous pouvons en fabriquer 3000 gallons, assure-t-il. Nous les donnerons au MSPP qui saura comment les stocker et les distribuer. »

D’après Ralph Edmond, Farmatrix envisage de fournir trois produits pendant cette période de crise: La chloroquine, une solution hydroalcoolique pour les mains, en rupture de stock aussi, et un produit pour asperger les rues, demande explicite du MSPP.

Controverses, méli-mélo…

L’idée d’utiliser la chloroquine contre le COVID-19, spécialement l’hydroxychloroquine, un dérivé moins puissant, vient notamment de Didier Raoult. Le 16 mars 2020, ce médecin français assurait qu’il avait obtenu des résultats probants dans la lutte contre le Coronavirus. Sur une trentaine de patients, tous infectés, l’hydroxychloroquine associée à un antibiotique avait considérablement diminué la charge virale dans la plupart des cas.

Cependant la communauté scientifique française et mondiale avait décrié cette étude, notamment parce que les patients n’étaient pas choisis au hasard. De plus l’échantillon était trop faible pour conclure que le médicament était bien responsable des effets observés.

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Une autre étude chinoise a voulu aussi vérifier les effets de l’hydroxychloroquine sur un groupe restreint. La conclusion de ces recherches était plus mitigée et assurait que de plus larges expérimentations étaient nécessaires. Mais là non plus, aucune vraie conclusion n’était possible.

Pourtant, bien que le débat n’est pas tranché, le ministre français de la santé, Olivier Véran, a récemment décidé d’autoriser l’usage de l’hydroxychloroquine dans le traitement du COVID-19.

L’État français a même interdit l’exportation de ce produit. Entretemps, l’équipe de Didier Raoult a conduit une deuxième étude sur un échantillon plus large de 80 personnes. Après huit jours de traitement à la chloroquine, 93 % des patients n’étaient plus testés positifs au COVID-19.

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration, qui s’occupe de la commercialisation de médicaments sur le sol américain, assure ne pas avoir approuvé officiellement l’efficacité de l’hydroxychloroquine. Mais l’utilisation de cet antipaludéen est déjà répandue dans ce pays.

Le docteur Frantz Pierre Louis travaille dans cinq hôpitaux du New Jersey. Il assure que plusieurs de ses patients vont mieux grâce à l’hydroxychloroquine, toujours en combinaison avec un antibiotique. 

Des effets secondaires dangereux

Le professeur Jean Hugues Henrys, ancien doyen de la faculté de médecine de l’UNDH, est épidémiologiste. Il a notamment travaillé sur la stratégie d’élimination du choléra en Haïti. Il est récipiendaire de la médaille française de l’ordre national du mérite pour son implication dans la médecine haïtienne.

Pour ce médecin, il faut éviter à tout prix la chloroquine et ses dérivés, en raison des malheurs qu’une mauvaise utilisation peut causer. « C’est un nouveau virus, dit-il. On ne le connaissait pas avant. Il faut donc du temps pour voir ce qui marche ou pas. Il n’y a encore aucun médicament contre le COVID-19. »

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« La chloroquine est très toxique, continue le médecin. Se l’administrer peut équivaloir à s’administrer un poison. Si elle ne vous tue pas, elle laissera des dommages qui ne peuvent pas être corrigés. » Certains patients qui ont pris de la chloroquine sont aussi sujets à des hallucinations et des troubles psychiques.

Frantz Pierre Louis confirme que la chloroquine peut être inefficace. « Il y a des patients à qui on l’administre qui vont mieux, mais il y en a qui sont morts quand même. Si un patient souffre de certaines maladies, surtout cardiaques, il ne faut pas qu’on la lui administre. »

Dans l’état actuel des recherches sur le coronavirus, nul ne connaît les vertus ou les défauts de la chloroquine. C’est aussi pour cela que d’autres médicaments sont en train d’être testés, pour comprendre quelles molécules peuvent soulager ou guérir de cette infection. Certains hôpitaux à New York utilisent de la vitamine C en grande quantité sur des patients. Les effets seraient encourageants.

Cet article a été mis à jour le 28/03/2020 à 3h30 p.m., pour ajouter l’intervention de Farmatrix.

Jameson Francisque 

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Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie. Je m'intéresse à la politique et à l'économie. Ah, j'écris aussi un peu de poésie, histoire de faire passer la vie.

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