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Ces ménagères prennent soin des bébés abandonnés à l’hôpital général

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Au plus grand centre hospitalier d’Haïti, de vaillants serviteurs se font un devoir d’assister des enfants qu’ils n’ont pas engendrés

Régulièrement, des mères abandonnent leurs enfants à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH). La pratique ne date pas d’hier.

Ces nouveau-nés, livrés à eux-mêmes, vont rapidement trouver du réconfort.

Cinq femmes et un homme jouent depuis des décennies le rôle de parent de substitution pour les bébés abandonnés au plus grand hôpital d’Haiti. En vrai, ces employés, attachés aux taches ménagères, ne sont pas rémunérés pour ce travail.

Ils le font par humanité.

Des jours de travail sans relâche

Jeudi 12 mars dernier, il y avait trois bébés abandonnés à la pédiatrie de l’HUEH, selon l’infirmière en cheffe du service, Eunice Alcindor. En ce jour, trois ménagères devaient assurer le nettoyage de l’espace et préparer les lits pour les éventuels cas d’hospitalisation des enfants. Il s’agit de Jocelyne Joseph, Lormencia Mericier et Hencia Josenat.

L’insécurité et la conjoncture instable du pays ne semblent avoir aucune incidence sur la ponctualité de ces ménagers (ères). « En temps de grèves ou lors des moments de « peyi lòk », nous sommes toujours présents à l’hôpital. Sinon qui va prendre soin de l’ensemble de ces enfants ? », se demande Jocelyne Joseph, 60 ans, qui considère les bébés abandonnés comme ses propres enfants.

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Ces dames, logiquement à l’âge de la retraite, n’ont plus la vigueur nécessaire pour passer la serpillière dans le bâtiment qui abrite la pédiatrie. « Auguste Lafleur, le seul homme parmi nous, est obligé de passer à l’hôpital même durant ses jours off pour faire ce travail », dit Lormencia Mericier.

Lormencia à la pédiatrie de l’HUEH

Du haut de ces 37 ans d’expérience à l’hôpital, cette veuve de 74 ans raconte qu’elle s’occupe des bébés abandonnés depuis les années 90.

« Il y avait des sœurs catholiques médecins qui étaient responsables des enfants abandonnés. Elles m’avaient embauché pour en prendre soin », raconte-t-elle. Alors qu’elle nous parle, Lormencia Mericier, porte une attention soutenue à un bébé abandonné allongé dans son berceau sur le hall du service de la pédiatrie.

Des actions généreuses

Généralement, la plupart des enfants abandonnés souffrent d’un handicap. D’autres sont malades et méritent d’être cajolés. Certains sont délaissés en pleine rue et transportés par la suite à l’hôpital.

« Je ne suis pas médecin et je ne peux pas leur apporter les soins nécessaires quand ils sont malades. Mais aussi peu qu’il soit, j’arrive à nettoyer leurs berceaux, changer leurs couches et leur donner à manger », raconte Hencia Josenat.

Hencia Josenat

Entre-temps, cette dame de ménage de 50 ans administre une cuillère de blé à un bébé abandonné retrouvé en pleine rue. Cet enfant est placé sur une chaise roulante après deux tentatives infructueuses pour lui trouver un berceau.

Affecté à la pédiatrie depuis tantôt 3 ans, Josenat prête ses services à l’hôpital depuis 24 ans.

Une famille hors pair

De taille moyenne, teint prononcé et muni d’une casquette avec des clés en main, Auguste Lafleur fait apparition. Ordinairement, cet homme vif de 69 ans ne travaille pas les mercredis. Mais le voilà dans l’espace. Il vient tout juste de jeter les ordures.

« Ici on forme une nouvelle famille. Je suis l’unique homme affecté au nettoyage de la pédiatrie. On me considère aussi comme le père des enfants abandonnés. Ils trouvent mon soutien, et régulièrement je me présente à la cafétéria de l’hôpital pour trouver quelque chose à manger pour eux », explique Auguste Lafleur.

Auguste Lafleur

Il est aussi connu pour ses patrouilles dans l’enceinte de l’hôpital. Non pas comme agent de sécurité. Mais comme celui qui jette couramment un coup d’œil dans les recoins de ce grand centre hospitalier pour voir s’il n’y a pas un bébé laissé seul dans un coin.

« Je me souviens d’une dame. On suspectait qu’elle allait laisser son enfant. L’infirmière en cheffe l’a obligé de partir avec son bébé. Au bout d’un moment, on m’a appelé pour me demander d’aller prendre ce bébé placé sous une voiture à l’hôpital militaire », se rappelle Auguste Lafleur qui traîne derrière lui dix ans de carrière à l’hôpital.

Des conditions difficiles

L’HUEH est le plus grand centre hospitalier du pays. Il fournit des soins dans un contexte fait de précarité salariale et d’un manque criant de matériels. Ni l’institution ni l’Institut du bien-être social et de recherche (IBESR) n’ont un budget défini pour prendre soin des enfants.

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C’est donc aux ménagères de se démener. Pour ce faire, ils font appel aux autres membres du personnel médical, aux structures religieuses, agences pharmaceutiques ou les ONG.

À cause de ce travail additionnel, ils doivent arriver très tôt à l’HUEH afin de laver les linges sales des enfants, nettoyer leurs biberons, leur préparer à manger, etc.

Sans prêter serment de façon formelle, ces ménagers (ères) font le vœu d’assister ces enfants abandonnés du mieux qu’ils peuvent avant leur placement dans un centre d’accueil par l’IBESR.

Commentaires

Emmanuel Moïse Yves
Journaliste à AyiboPost. Étudiant en communication sociale. Je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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