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Ces délinquants de Dieu

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Ces pasteurs sont des criminels, mais pas les seuls!

J’ai récemment dû me rendre à Port-au-Prince afin d’honorer une exigence professionnelle. Plus que durant mes précédents déplacements, je fus frappé par la massive prolifération des « banques de borlette » et des églises! Impossible de faire plus de quinze mètres de rue sans se faire agresser par l’allure colorée et extravagante d’un « Bon Lotto » ou par l’affiche abîmée d’un « Bondye la Church ». La détresse et l’incapacité de vivre décemment semblent partout jeter les hommes dans les bras « des providences » et de la chance. J’admets que de tels phénomènes s’observent aussi dans les pays dits développés. Toutefois, leur propagation dans les pays pauvres, notamment parmi les couches les plus vulnérables de la société met en évidence ce qui me parait être le cœur du problème: l’indigence!

Le succès et le bonheur d’une vie décente étant hors d’atteinte, vu les maigres ressources de l’individu, celui-ci s’en remet avec toute sa fougue aux « boul bòlèt nan rèv” ou au ciel/Ciel, parfois aux deux. Mais avec toujours pour trame de fond, la peur d’échouer au ventre et l’espoir d’un lendemain meilleur ici-bas, ou au pire dans l’au-delà. Doubles victimes. D’abord victimes d’une société injuste et inégalitaire qui n’a pas réussi à créer les conditions essentielles d’épanouissement personnel dans la dignité. Ensuite, victimes de vautours passés maîtres dans l’art de manipuler et d’exploiter leurs détresses pour faire fortune. C’est ainsi que s’érigeront de grandes filiales d’abrutissement mises en scène par la télé et Internet. Sans le moindre scrupule, elles promettent guérison et fortune, en échange des quelques sous que ces malheureux ont accumulé, pressurés dans les rouages infernaux du système qui les a vidé du peu de sève qui leur restait. La religion n’est pas le problème! Elle est au contraire source de réconfort pour l’âme fatiguée et pourvoyeuse de bien de réponses existentielles là où provisoirement, la science patine.

Cependant, le premier rôle de l’État est d’éduquer sa population. Le sens critique seul permet de démêler les fils de l’escroquerie « divine », surtout quand elle se drape de la couverture de la liberté de culte garantie par la Constitution de 1987 et par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948! Somme toute, un peuple éduqué et vivant convenablement est l’antidote le plus puissant contre ces délinquants de Dieu.

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Widlore Mérancourt
Éditeur en chef d'Ayibopost. Consultant média. Amateur de philosophie. Grand curieux des nouvelles façons d'exercer le journalisme. Grand curieux, tout simplement.

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