ART & LITERATURE

Beethova Obas a fait rêver North Miami

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Sous une soudaine pluie diluvienne le samedi 13 aout 2016 vers 20 heures s’est tenue à Moca Café à North Miami une soirée artistique entremêlant agréablement des accords saxophoniques de Givens François, de la poésie romantique de André Fouad, de la comédie hilarante d’Aubry Blague et le clou de l’évènement : une performance intime de notre troubadour national Beethova Obas dans un récital jazzy à saveur haïtienne d’une grande simplicité musicale.

Devant un public restreint, ce spectacle était un « birthday party » organisé sous les auspices de la maitresse de cérémonie Guylaine Berry qui en plus de célébrer son anniversaire de naissance en profitait pour offrir à la communauté haïtienne du sud de la Floride une attrayante présentation culturelle.  Ayant fait le déplacement parmi d’autres se trouvait Yole Dérose sagement assise avec ses amis comme simple spectatrice. Si la grande diva haïtienne n’avait été dévoilée par Beethova Obas, elle serait passé inaperçue dans une appréciable modestie.

Moca Café est un célèbre bar-restaurant haïtien muni d’un petit podium et d’une piste de danse, prisé par les aficionados de la cuisine créole et les fans inconditionnels de « bal-konpa ». Il est situé en plein cœur de North Miami où résident dans sa population près de 61 mille habitants d’origine haïtienne. (1)

Aux environs de 21 heures, le saxophoniste Givens François enclencha la festivité sur des versions instrumentales d’artistes américains et quelques-unes de ses compositions. Bien que pardonné gracieusement par le public pour un retard dû au mauvais temps, il était malheureux qu’il s’adonnât à accorder son instrument sur scène, action jugée toujours regrettable par nos artistes enfreignant le professionnalisme.

Involontairement M. François fit rire le public quand il annonça ne pas se rappeler le titre d’une chanson d’Elton John qu’il s’apprêtait à jouer, cela révélait sa non-préparation pour la soirée. Malgré son effort et sa passion, le saxophoniste n’a pas pu retenir l’attention du public. Ce début assez bancal du spectacle fut heureusement la seule entorse observée.

Se présenta ensuite le poète André Fouad qui, dans ses déclamations sur un ton harmonieusement grave, su charmer particulièrement la gent féminine aussi bien en créole qu’en français. Il s’imposa avec aisance sur scène dans ses gestes et paroles et à l’instar d’un chanteur populaire entraina le public à réagir en reprenant ses vers comme un refrain en communion avec lui dans un échange poétique.  Il possède une mémoire prodigieuse et de ses lèvres fusent des trainées de mots, de phrases, de poèmes comme l’eau jaillissant d’une source.  Pour son collègue feu Willems Edouard tombé sous des balles assassines le 8 juillet 2016, il obtint du public une minute de silence et en hommage  déclama une œuvre du défunt poète-juriste. André Fouad a le rare talent d’un poète couplé au puissant verbe d’un diseur hors-pair. Il promet beaucoup pour l’avenir de la poésie haïtienne.

Puis vint la comédie de Aubry Blague, cet humoriste haïtien, acteur et homme de radio qui dans un flot continu de blagues, bons mots, petites histoires drôles a pu obtenir tous les fous rires possibles.  Certains riant à gorge déployée, d’autres ne pouvant retenir de larges sourires.  Le comédien est venu, a vu et a conquis. Nul art n’est aussi corsé que de faire rire le public mais Aubry Blague a le talent pour le faire. Il a su ne pas frôler le mauvais goût ni irriter les bonnes mœurs, ce qui est quelque fois difficile pour nombre de blagueurs haïtiens.

Vers les 22 heures, Beethovas Obas fit une entrée simple comme à son habitude, tranquille, vêtu d’un complet guyabera beige, l’éternelle guitare en bandoulière et souriant sereinement au public, sûr de lui. Il était accompagné d’un musicien à la guitare basse et d’un autre à la batterie – tous deux aussi professionnels que lui.  Après avoir salué le public et fait montre de galanterie envers la maitresse de cérémonie, il se lança promptement dans un tour de ses chansons les plus connues et appréciées, dans ce style inimitable où s’enchevêtre délicieusement le jazz afro-cubain, le rara haïtien et la bossa nova brésilienne. Un style qu’il dénomme lui-même : « CUBHABRA, mélange subtil de saveur CUBaines, de rythmes HAitiens et d’accords BRésiliens. »  (2)

Il offrit une panoplie de tubes à succès tel que : « Si », « Ase Babye », « Elayis », « Moun Sa Yo », « Couleur Café » et d’autres. J’attendais sa dernière ballade « Lavi » – un duo chanté avec son frère Emmanuel « Manno » Obas sur son dernier opus : « Futur » mais qui, à ma grande surprise ne faisait pas parti du répertoire, peut-être qu’il lui aurait fallu un horaire plus généreux.

Les chansons de Beethova Obas sont riches dans la variété des textes et exhibent souvent la conscience sociale, l’engagement politique sans fanatisme ni exubérance, la fraternité idéalisée, l’amour dans toute sa tendresse, le questionnement sur l’avenir de notre planète.  Et tout ce contenu de paroles vivifiantes se trouve enrobé de mélodies jazzy, onctueuses, sophistiquées qui vous bercent, vous cajolent, vous enveloppent, vous font rêver. Je l’avoue, j’ai une affection particulière pour son talent et sa musique!

Pour clore la soirée, et encore comme à son habitude, Beethova Obas fit revivre Ti Paris pour perpétuer sa mémoire car il fut parmi nos premiers troubadours l’un des plus grands. Il alla jusqu’à imiter la voix nasillarde du chanteur légendaire. Et comme par enchantement plusieurs couples se levèrent immédiatement pour danser avec gaieté au son de chants classiques et d’anciennes méringues traditionnelles.  Si la musique de Beethova vous réchauffe le cœur et adoucit votre âme, celle de Ti Paris vous fouette le sang et vous invite au dehanchement . Finalement vers minuit, Mme Berry, la maitresse de cérémonie,  assistée de tous ceux et celles qui fêtaient également leurs naissances participèrent à un « koupe-gato » avec le public avant de se séparer joyeusement d’un spectacle réussi.

Patrick André

(1) City-Data.com

(2) Beethova-obas.com

 

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Patrick André
Je suis Patrick André, l’exemple vivant d’un paradoxe en pleine mutation. Je vis en dehors d’Haïti mais chaque nuit Haïti vit passionnément dans mes rêves. Je concilie souvent science et spiritualité, allie traditions et avant-gardisme, fusionne le terroir à sa diaspora, visionne un avenir prometteur sur les chiffons de notre histoire. Des études accomplies en biologie, psychologie et sciences de l’infirmerie, je flirte intellectuellement avec la politique, la sociologie et la philosophie mais réprouve les préjugés de l’élitisme intellectuel. Comme la chenille qui devient papillon, je m’applique à me métamorphoser en bloggeur, journaliste freelance et écrivain à temps partiel pour voleter sur tous les sujets qui me chatouillent.

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