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Arnold Antonin, discret gardien de la mémoire

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Arnold Antonin est un réalisateur discret dont presque tout le monde connaît l’engagement social. L’image et le son, voilà son legs à la postérité. Après avoir fui la dictature des Duvalier durant plus de 25 ans, il revient au pays en mars 1990 pour militer en faveur d’un Etat plus juste. Aujourd’hui pourtant, il ne tire qu’un bilan désastreux qui ne rime pas avec ses efforts.

Il s’appelle en réalité Celesti Corbanese. Arnold Antonin, nom d’emprunt qu’il utilisait pour invectiver la dictature de Francois Duvalier, est né à la Première avenue Bolosse, à Port-au-Prince, en décembre 1942. Après sa naissance, ses parents ont déménagé vers Source Leclerc. C’est là qu’il a grandi avec son petit frère et sa petite sœur. Il a huit ans lorsque son père Paul Corbanese, d’origine vénitienne, décède. Il vivra donc avec sa mère, son frère et sa sœur au quartier du Chemin des Dalles. « Nous vivions dans la maison la plus pauvre du quartier. Ma maman était diplômée de l’école normale Elie Dubois. Elle enseignait durant la journée et donnait des cours du soir jusqu’à ce qu’elle devienne inspectrice de l’Éducation nationale », se rappelle-t-il.  

Elève turbulent, inquiet et taquin, Arnold Antonin était toutefois un grand lecteur. Il a fait ses études primaire et secondaire au Petit séminaire Collège Saint Martial et ses études universitaires à Rome et à l’université centrale du Vénézuela.

Professeur à l’université et à l’école des Arts, Arnold Antonin a été aussi formateur pour syndicalistes, députés, sénateurs et maires. Depuis plus de trente ans, il organise les « Forum libres du jeudi », un évènement qui rassemble des gens de la société pour débattre sur différents sujets d’intérêt national. Il souhaite qu’à travers ce forum les différents secteurs de la société civile s’entendent autour d’un agenda national.

 Toujours à l’œuvre et satisfait de sa contribution

Il a commencé à produire des films dans les années 1970. A l’époque, il était convaincu que le cinéma allait transformer le monde. Il voulait faire la Révolution à travers la caméra, arme dotée, selon lui, d’une puissance exceptionnelle. Mais, quelques années plus tard, son avis sera plus nuancé. Sa fierté aujourd’hui, c’est d’avoir apporté sa contribution à des questions d’intérêt national à travers ses documentaires.

«  Quand je me suis lancé dans le documentaire,  j’estimais qu’en Haïti il fallait davantage utiliser le cinéma du fait qu’une image vaut plus que mille mots. Je me disais que dans ce pays où peu de gens lisent, il fallait faire des films de préférence. »

Du haut de ses 75 ans, Arnold Antonin estime qu’il n’est pas encore à l’âge des bilans. « Je vis très peu dans le passé, pas beaucoup dans le présent et je suis toujours tourné vers l’avenir », lance t-il serein. C’est la raison qui justifie qu’il travaille toujours sur plusieurs films à la fois. Après « Jacques Stephen, mort sans sépulture », il publie le film « Bernard Diedirich, le tusitala raconte Haïti » en novembre 2017. Il est déjà à l’œuvre sur Maurice Sixto, le grand conteur et humoriste haïtien.

La déception du cinéaste

Arnold Antonin dirige le Centre Pétion Bolivar qui accueille régulièrement des conférences et des causeries. Un centre polyvalent qui organise des séminaires pour syndicalistes, parlementaires, maires et membres de CASECS. Le Centre Pétion Bolivar est à l’origine de la création du Réseau National de Défense des Droits Humains. C’est là qu’il héberge un studio de production et une salle de projection.

Plus de trente ans après la chute du Duvaliérisme, Arnold Antonin décèle les stigmates encore vifs. D’après lui, la société haïtienne pâtit du régime dictatorial sauvage. C’est pourquoi il affirme sans ambages que « Le chaos politique et la misère de masse ce sont des fonds de commerce ».  Une situation selon lui exploitée par les politiciens véreux qui se sont emparés du pouvoir avec l’aide de la communauté internationale et de certaines ONG.

Arnold Antonin compte cinquante-cinq (55) films à son actif ; des courts et longs métrages, des documentaires et des fictions. Comme le réalisateur portugais, Manoel de Oliveira, Arnold Antonin souhaite produire des films jusqu’à l’âge de 101 ans.

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