EN UNEPOLITIQUESOCIÉTÉ

A Delmas, Wilson Jeudy impose la culture du résultat

0

Les performances de l’administration communale de Delmas dépassent de loin les autres municipalités de la zone métropolitaine. Il y a à la barre, Wilson Jeudy, dont l’expérience et la vision sont de grands atouts. Il est vu comme un homme de résultats. Toutefois, il n’y a pas que ça…

 

Lorsque le maire nous a accueilli à 10:30 heures au Palais municipal de Delmas, la plupart des rues de sa commune étaient déjà nettoyées. Sur son bureau, deux bibles ouvertes sont superposées et derrière lui se tiennent le drapeau vert de la commune de Delmas et le drapeau bleu et rouge de la République. Le personnel de l’administration s’active pour servir les gens qui attendent dans une grande salle proche de la réception. A la mairie de Delmas, il se dégage l’impression que chaque employé a du travail à faire. A l’accueil, des agents sont placés pour orienter les visiteurs vers les différents services et bureaux.

Depuis un certain temps, le maire titulaire de Delmas fait profil bas. « Ceux qui parlent beaucoup dans les médias, généralement, sont ceux qui ne font pratiquement rien », explique-t-il pour justifier son silence. Wilson Jeudy dirige une commune dont la qualité de la gestion saute aux yeux. En 2006, lorsqu’il a brigué son premier mandat, il s’était attelé à construire un espace digne pour accueillir les visiteurs et les citoyens de la commune. Le palais municipal de Delmas est né d’un malaise de l’édile après une visite de el Palacio de son homologue à Santo Domingo.

Maire par hasard

Wilson Jeudy est fier de se dire fils de paysans. Il estime que son sens de l’organisation et de la propreté vient de là. Né le 10 octobre 1963 dans une famille de six enfants, son père est un ancien militaire et sa mère, commerçante et couturière. Il a débuté sa scolarité à « Ion », une localité de la première section de la plaine des Gonaïves. « Tous les matins, avant d’aller à l’école, j’allais abreuver et nourrir le bétail. C’est ce qui m’a inculqué le sens de charité et du pardon », confie le maire.

Wilson Jeudy a étudié le Droit à Gonaïves et en même temps les sciences comptables. En 1991, il est nommé juge titulaire au tribunal de paix de la deuxième section des Gonaïves. Il se vante d’avoir été un juge rigoureux qui rendait ses décisions dans les délais. Il a aussi travaillé à la douane de l’aéroport Toussaint Louverture et a ensuite dirigé la douane de Saint Marc, puis celle de Miragoâne. Par la suite, il est nommé chef de cabinet du directeur de la Télévision Nationale d’Haïti.

Il ne pensait jamais devenir un jour maire . « Ce n’est qu’en discutant  avec les membres de la plateforme MOCHRENA que ces derniers soulevèrent l’idée que je sois candidat à la mairie de Delmas. Je pensais que je n’avais rien à apporter à ce niveau. » A l’époque, il y avait la fusion des communes de Delmas, de Cité-Soleil et de Tabarre, avec une prévision budgétaire de 93 millions de gourdes.

Après son élection, les trois communes allaient se séparer. Wilson Jeudy hérite d’une administration communale fortement désorganisée. Certains employés se présentaient au travail à l’heure qui leur convenaient et le service n’existait pas. Le maire a dû repartir à zéro. Tous les sceaux et en-têtes des papiers de la mairie ont été changés. Il fait un recensement dans la commune et organise des concours pour recruter le personnel de son administration. Le service de génie municipal ne rapportait que soixante mille gourdes par an pour les trois communes et la Direction Générale des Impôts collectait environ dix millions de gourdes en 2007, rapporte le maire.

Pour avoir les moyens de sa politique, Wilson Jeudy invite personnellement les citoyens de la commune à payer les taxes. Ainsi, dès son premier mois, le service de génie municipal collecte trois millions de gourdes. « C’est à ce moment que j’ai réalisé le niveau de corruption dans l’administration et j’ai compris que la fonction de maire n ‘est pas du tout facile. » La première année de son mandat, la mairie collecte plus de 200 millions de gourdes de taxes. Pour encourager les contribuables, ceux qui payent leurs impôts locatifs disposent d’un numérotage vert sur la façade externe de leurs maisons.

Avec ces moyens, Wilson Jeudy augmente le salaire des agents de la voirie de trois mille à dix mille gourdes. L’argent des contribuables a permis l’achat de camions compressifs, de loaders, d’ambulances et même des camions-incendie.

Quel est le secret de Wilson Jeudy ?

« On ne peut pas diriger sans Dieu et sans la parole », déclare le maire en faisant référence à la bible. Je crois dans les principes, la discipline et la rigueur. Il ne faut pas être lâche en tant que décideur et il faut savoir comment décider. Je suis un homme de loi, un homme de principe. Je suis un juriste. »

 

Son secret d’après lui, vient du fait qu’il pense toujours pour les autres. « La taxe collectée pour la mairie n’est pas mon argent, reconnait-il. C’est l’argent des contribuables qui doit leur être retourné sous forme de service. » A mesure qu’il prouve son efficacité, les citoyens de la commune payent leurs taxes et ceci lui sert d’encouragement, affirme t-il.

L’autre avantage de Wilson Jeudy, c’est son expérience au sein de l’administration publique. Il estime qu’il connaît assez bien le système pour être en mesure d’anticiper certains coups bas. « Je savais que, pour être efficace à la mairie de Delmas, il fallait diminuer la corruption autour de moi », déclare t-il en admettant que la corruption existe toujours à la mairie. Il estime toutefois que sa personnalité embarrasse les corrompus.« J’ai créé une certaine crainte en dirigeant, je n’ai pas peur de prendre des décisions. Je suis fier de constater le respect que j’ai créé pour les employés de la mairie de Delmas que jadis on considérait comme des employés quelconques. »

Il n’a pas hésité à menacer de renvoyer 250 agents de la voirie lorsque, une fois, il a constaté que les rues de Delmas n’étaient pas propres. Il a dissout la BRICOR, une police municipale qui devait contribuer à mettre de l’ordre dans la commune. « J’ai appris que les agents sont allés outre leur mission. Ils ont spolié, et ont confisqué les biens des marchands de rue. Ils ont commis tellement d’abus que j’étais obligé de la dissoudre. » Le maire de Delmas travaille maintenant avec la Police nationale d’Haïti qui l’accompagne  régulièrement dans ses tournées. Il est fier d’avoir aujourd’hui une ville interconnectée, avec une stratégie de réduction du banditisme et de l’insécurité. Sa municipalité est jumelée avec celles de North Miami et de Santo Domingo. « Je me réjouis de voir que les citoyens de Delmas comprennent aujourd’hui mon engagement », témoigne-t-il avec fierté.

Wilson Jeudy participe à des sessions d’échanges avec ses homologues haïtiens sur certaines pratiques de gestion de l’administration communale. « Je les invite continuellement à compter sur les ressources qu’ils peuvent mobiliser au sein de leur communes au lieu d’espérer les aides de l’Etat central. » L’Etat central ne contribue pas au financement de la municipalité de Delmas confie le maire. « Ils disent que nous avons suffisamment d’argent à Delmas. Toutefois, l’Etat central nous accompagne dans la construction de tronçons de routes. »

Un maire accusé de spoliation 

A Delmas, on accuse Wilson Jeudy d’enrichissement rapide et de spoliation de terrains. « Ceux qui m’accusent n’ont pu jamais montrer leurs titres de propriété », se défend-il. Le maire affirme que 85% des terres de la commune appartiennent à l’Etat. Selon lui, les gens ont envahi les terres et ils ne peuvent pas prouver leur possession dans la majorité des cas .

Cap pour la présidence ?

Aujourd’hui, la mairie de Delmas compte environ 700 employés et dispose d’un budget de plus de 650 millions de gourdes. Un chiffre que le maire rechigne à vulgariser tellement sa commune fait l’objet de convoitise de politiciens véreux selon lui. Wilson Jeudy se sent toujours attaqué. « Suite à mes réformes, ils [Ndlr, mes ennemis] m’ont vendu au diable, mais Dieu m’a pris.  Les problèmes viennent essentiellement de mon entourage. Certains employés ne sont jamais satisfaits. Il leur faut continuellement de l’argent. Si vous les empêchez, vous êtes automatiquement l’ennemi.»

En 2010, Wilson Jeudy s’est présenté aux présidentielles. « J’étais incompris. Je voulais montrer qu’un maire peut être candidat à la présidence étant un élu plus proche de la population. » Il ne sait pas s’il sera encore candidat. « L’avenir nous dira, parce que tout pouvoir vient du ciel », se contente de déclarer le maire. Il est toutefois certain qu’il est encore candidat pour la commune de Delmas.

 

Ralph Thomassaint Joseph

Commentaires

Ralph thomassaint Joseph
Directeur de la Publication à AyiboPost, passionné de documentaire.

    Poukisa fòk nou goumen pou lakilti nan peyi a? 

    Article Precedent

    La clandestine industrie du « Ti joslin » pour le visa américain !

    Article Suivant

    Comments

    Comments are closed.

    #ReteBranche : Pour ne rien rater, inscrivez-vous à la lettre Ayibopost