Jointe par AyiboPost, l’ancienne maire, Marthe Noël Josselin, accuse l’ancien Directeur général de la mairie, Lesly Toussaint, d’avoir détourné à des fins commerciales et personnelles ce volume d’aide contenant des sacs de riz et d’autres produits
Près d’une dizaine de témoignages et des documents obtenus exclusivement par AyiboPost rapportent des allégations de détournement d’une cargaison d’aide humanitaire destinée aux victimes de l’ouragan Melissa à Petit-Goâve, en provenance de la Protection civile départementale de l’Ouest.
Dans cette affaire, déroulée fin décembre 2025, sont cités au moins quatre membres de l’administration communale sortante de la mairie de cette ville.
Jointe par AyiboPost, l’ancienne maire, Marthe Noël Josselin, accuse l’ancien Directeur général de la mairie, Lesly Toussaint, d’avoir détourné à des fins commerciales et personnelles ce volume d’aide contenant des sacs de riz et d’autres produits.
Dans les jours suivant la réception de la cargaison, Marthe Noël Josselin affirme avoir reçu des alertes venant des citoyens concernant des opérations de transports nocturnes à la brouette des sacs de riz et d’autres produits par le Directeur Lesly Toussaint.
Selon la fiche de livraison de la Protection civile datée du 29 novembre 2025, obtenue par AyiboPost par le biais d’une source au courant des faits, c’est le Directeur Lesly Toussaint qui a effectivement reçu le chargement au nom de la mairie, le maire principal Jean Bertrand Subrême étant décédé le six décembre 2025, soit deux jours avant l’arrivée de la cargaison.
Se trouvent, dans le container, 250 boîtes hygiéniques, 1500 sacs de produits alimentaires, 200 boîtes de kits alimentaires, 150 hamacs, 186 sachets de farine d’Ak-1000, 100 unités de moustiquaires, entre autres, d’après le bon de livraison.
Joint par AyiboPost, le responsable de la Protection civile de Petit-Goâve, Ronald Louis, confirme que le container était arrivé dans la cité soulouquoise le huit décembre 2025, avec un manifeste indiquant quelques contenus transmis par son supérieur hiérarchique, en l’occurrence Henri Hilaire, responsable départemental de l’Ouest de l‘institution.
Selon le responsable communal, la cargaison était sur le point d’arriver à la protection civile de Petit-Goâve lorsqu’une délégation de la mairie s’est présentée sur les lieux pour la recevoir.
« J’avais pourtant été informé que c’est la protection civile communale qui devait organiser sa distribution dans des zones les plus touchées par l’ouragan », confie-t-il, refusant de révéler le nom des personnes ayant fait partie de cette délégation.
Ronald Louis, soulignant avoir notifié cette affaire à son supérieur hiérarchique, dit ne disposer d’aucune information sur le circuit qu’avait emprunté cette aide après sa réception par la « délégation » de la mairie.
Selon l’ex-maire, Marthe Noël Josselin, ces produits, notamment des dizaines de sacs de riz, entreposés dans les locaux de la radio Contact FM, avaient été vendus sur les marchés de Fonds des Nègres et La Gonâve ou distribués à des particuliers.
AyiboPost n’a pas pu vérifier cette information de façon indépendante.
L’ouragan Melissa, de catégorie 5, survenu dans la nuit du 28 au 29 octobre 2025, avait laissé un lourd bilan en Haïti, avec un bilan humain plus élevé que dans d’autres pays où l’ouragan a touché terre.
La protection civile a recensé 43 morts, dont 25 à Petit-Goâve, une vingtaine de disparus et des pertes matérielles considérables.
La douzième section communale de Petit-Goâve, particulièrement les localités La Digue, Nan Zanana, Fonfab, Do Gabyon, Morne Soldat, était la plus durement frappée.
AyiboPost a déjà révélé, dans une enquête publiée en novembre 2025, que des correspondances envoyées au gouvernement d’Alix Didier Fils-aimé par des autorités locales pour intervenir dans la rivière La Digue, afin d’anticiper les dégâts, étaient restées sans réponse.
L’aide semble avoir été détournée des véritables victimes.
Contactée par AyiboPost, Micheline Bazile, employée affectée au service de sécurité de la mairie de Petit-Goâve, avoue à AyiboPost avoir reçu, non comme victime, trois sacs de riz et des kits alimentaires en « cadeaux » de la part de l’ex Directeur de l’hôtel de ville, Lesly Toussaint.
AyiboPost a obtenu, auprès d’une source informée de l’affaire, une vidéo de 32 secondes, authentifiée par Micheline Bazile — qui affirme avoir été présente sur les lieux lors de son enregistrement —, montrant des lots de riz stockés dans une pièce, tandis qu’une voix y précise la part attribuée aux deux membres de la commission municipale, Paulmy Mascary et Marthe Noël Josselin, destinée à être « distribuée ».
Questionnée par AyiboPost, l’ex-maire adjointe déclare que Lesly Toussaint lui avait proposé une certaine quantité de riz issue de la cargaison, proposition qu’elle dit avoir refusée.
Paulmy Mascary n’a pas répondu à une demande de commentaires d’AyiboPost avant la publication de cet article.
Les deux anciens membres du conseil municipal communal, Marthe Noël Josselin et Mascary Paulmy, avaient pourtant annoncé leur démission le 17 décembre 2024, dans une lettre commune adressée au Ministre de l’intérieur Paul Antoine Bien-Aimé.
Ils ont continué d’agir au nom de la mairie, malgré leur démission.
Le 31 décembre de la même année, Marthe Noël Josselin a de nouveau annoncé sa démission de la commission municipale.
Mais des documents administratifs postérieurs à cette décision portent sa signature.
Le 28 janvier 2026, Marthe Noël Josselin et Mascary Paulmy ont révoqué Micheline Bazile et Lesly Toussaint pour « fautes administratives graves », selon des documents consultés par AyiboPost.
Ces deux révocations, selon Marthe Noël Josselin, sont liées au scandale de détournement de la cargaison d’aide humanitaire.
Ce n’est pas la première fois que Lesly Toussaint est révoqué de la mairie de Petit-Goâve.
En avril 2019, sous l’administration de Jean Samson Limongy, Toussaint, alors employé attaché au service de la fiscalité de l’administration communale, avait été limogé pour « conduite irrévérencieuse », selon sa lettre de révocation.
Lesly Toussaint n’a pas répondu aux demandes de commentaire d’AyiboPost avant la publication.
Ce scandale intervient dans un contexte où les victimes de cette catastrophe sont contraintes de vider leurs lieux d’hébergement le 29 décembre 2025, soit exactement deux mois après le drame.
Saïna Jules et Sendy Raymond, âgées respectivement 22 et 23 ans, sont deux parmi les victimes de l’ouragan Melissa dans cette ville. Depuis le drame, leur situation demeure critique sans le soutien des autorités.
« Je n’ai presque rien à manger et c’est du bonbon que je donne à mon bébé », confie Sendy Raymond à AyiboPost.
Emportée par les eaux avant d’être secourue lors du passage de l’ouragan, cette dernière affirme survivre grâce à la solidarité de particuliers.
Dans les premières semaines suivant le passage de l’ouragan Melissa, des organisations ont été mobilisées pour venir en aide aux victimes.
Selon deux d’entr’elles contactées par AyiboPost,e lles n’ont reçu aucune assistance depuis environ quatre mois.
Saïna Jules déclare rester vivre avec sa famille dans les environs de la rivière La Digue.
Sendy Raymond, quant à elle, est hébergée par un habitant dans une petite pièce dans la zone de Gaston.
Le gouvernement haïtien, à travers les autorités locales, avait octroyé 250 mille gourdes à chaque famille de victimes en vue de planifier leurs funérailles.
A l’initiative de la mairie de Petit-Goâve, des funérailles collectives ont été réalisées pour 18 victimes de l’ouragan Melissa le 14 novembre 2025 sur la place d’Armes de la ville.
Sept mois après le passage de cet ouragan, les autorités centrales de l’Etat ne sont toujours pas intervenues au niveau de la rivière La Digue, alors que les dangers sont encore visibles.
« Certaines ONG sont intervenues certes, mais puisqu’elles ne coordonnent pas avec les autorités locales, elles n’arrivent pas à toucher les vraies victimes », indique à AyiboPost Nosalito Soliman, président du Conseil d’administration de la douzième section.
Les victimes de l’ouragan Melissa sont encore en attente d’interventions de l’État, notamment en matière de relogement et de renouvellement des pièces d’identité, précise le responsable.
Selon Paul Fleurimé, responsable technique de la protection civile dans la section communale, certains habitants continuent à habiter à proximité de la rivière la Digue, alors qu’aucun travail de gabionnage n’a été entamé.
Des travaux de reboisement et de gabionnage sont nécessaires afin de réduire les risques de nouvelles catastrophes, soutient Fleurimé à AyiboPost.
Il y a une semaine, d’importantes inondations ont été, une nouvelle fois, enregistrées à Petit-Goâve après le débordement de la rivière La Digue.
Des alluvions ont envahi des maisons et la nationale numéro 2. Mais aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée, selon Ronald Louis, responsable de la protection civile communale.
Offusqués par le laxisme des autorités, des habitants des environs de cette rivière sont descendus dans les rues de la commune le 13 avril pour exiger des interventions des autorités pour empêcher une nouvelle catastrophe.
Par : Wesker Sylvain et Wilder Sylvain
Couverture | Un homme observe le débordement de la rivière La Digue, qui emporte une partie de sa berge. Vendredi 31 octobre 2025. | © Jean Feguens Regala pour AyiboPost
Suivez notre journal de 19h sur Ayibo+ pour rester connectés à l’actualité
► AyiboPost s’engage à diffuser des informations précises. Si vous repérez une faute ou une erreur quelconque, merci de nous en informer à l’adresse suivante : hey@ayibopost.com
► Notre canal Telegram : cliquez ici
► Notre Channel WhatsApp : cliquez ici
► Notre Communauté WhatsApp : cliquez ici






Comments