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Lyonel Trouillot | Morts, éthique républicaine et transition

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Les morts de la Citadelle, l’absence d’un discours républicain transversal et d’une action politique lui correspondant, l’obsession de la bamboche, le n’importe quoi dans la parole publique, le banditisme des gangs et ses conséquences installés dans la permanence, autant de signes que cette société ne vit pas dans l’application de la logique républicaine, et qu’elle ne fait pas nation, pays

La catastrophe annoncée à la Citadelle, en plus de l’indignation et des autres interrogations qu’elle peut soulever, devrait attirer l’attention sur une fonction oubliée des Ministères de la Culture et de l’Éducation. Ces ministères ont la fonction symbolique de faire nation, de faire pays, d’organiser le savoir républicain et de donner l’exemple de l’éthique républicaine.

La tant détestée Constitution de 1987 (détestée par ceux qui veulent faire du parlement une confrérie de bavards impuissants et transformer le pouvoir exécutif en un conseil d’administration tout puissant qui gérerait un pays comme une entreprise) reconnaît deux langues officielles.

Les communications écrites du gouvernement adressées à la population devraient donc être faites dans les deux langues. Qui doit donner l’exemple et rappeler à l’ordre les instances du gouvernement ? Des discours qui tiennent de la guerre de religion, d’autres à la limite du racisme et de la misogynie, qui doit les combattre par la mise en circulation d’autres discours et le signalement des discours contraires à l’éthique républicaine aux autres instances du gouvernement ? Dans une période dite de transition, cette fonction de faire pays, faire nation, est essentielle. L’un des signes a toujours été le fonctionnement des médias d’État. Regardez ce qu’un pouvoir fait des médias d’État et vous verrez son idée du pays, de la nation. Le PHTK s’est illustré par son laisser-faire de la dégradation systématique de ces médias. Ce sera un dur labeur de les réconcilier avec la nation, d’en faire des lieux où le pays puisse se voir, s’entendre, se penser, se critiquer et s’aimer.

On n’entend pas beaucoup les candidats si pressés de s’inscrire aux improbables élections parler d’éthique républicaine. Pour la plupart, on ne les entend pas du tout. Hausse des prix, profanation et scandale meurtrier à la Citadelle, silence. Ils ne veulent sans doute pas contrarier un pouvoir dont ils attendent qu’il les élise, ni les chefs étrangers dudit pouvoir.

Dans le lot, quelques-uns ont déjà déchanté et se retirent du pacte. Déçus de promesses privées non tenues ? En tous les cas, on ne peut prétendre vouloir parler de demain, pour demain, sans oser parler d’aujourd’hui. À moins qu’on ne soit pas intéressé à convaincre, car c’est à aujourd’hui qu’il faut opposer demain pour convaincre. Et aujourd’hui, c’est la triste réalité dans laquelle le gouvernement est un acteur majeur.

Les morts de la Citadelle, l’absence d’un discours républicain transversal et d’une action politique lui correspondant, l’obsession de la bamboche, le n’importe quoi dans la parole publique, le banditisme des gangs et ses conséquences installés dans la permanence, autant de signes que cette société ne vit pas dans l’application de la logique républicaine, et qu’elle ne fait pas nation, pays.

On peut continuer de refuser de penser comment et pourquoi c’est ainsi et se contenter de parler d’élections (dont la tenue semble de plus en plus éloignée).

On ne peut prétendre vouloir parler de demain, pour demain, sans oser parler d’aujourd’hui. À moins qu’on ne soit pas intéressé à convaincre, car c’est à aujourd’hui qu’il faut opposer demain pour convaincre. Et aujourd’hui, c’est la triste réalité dans laquelle le gouvernement est un acteur majeur.

Si, comme je l’écrivais la semaine dernière, en ce qui concerne le pouvoir politique nous voici de retour en 2021 (on appelle déjà le premier ministre Ariel Fils-Aimé), sur le plan de la construction républicaine, de la justice sociale, de l’éthique transversale, nous sommes peut-être le 8 février 1986.

Quel bloc constituer et quel discours faut-il tenir, quelles actions initiées pour faire enfin peuple, pays, nation ? Et plus que des campagnes sur fond de mensonges et d’offres politiques de qualité médiocre, c’est sans doute là la véritable urgence.

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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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