2 587 accidents de la voie publique ont été enregistrés dans le département de la Grand’Anse en 2025. Sur 35 décès par accident recensés pour la même période, 30 concernent des motocyclistes, soit 86 %, contre 5 décès liés aux voitures, soit 14 %
Dans le département de la Grand’Anse, les routes sont devenues bien plus que de simples axes reliant villes, communes et sections rurales. Elles reflètent désormais une crise profonde qui affecte directement la sécurité, la stabilité sociale et le bien-être de la population. Chaque jour, des citoyens les empruntent pour travailler, étudier, vendre leurs produits ou accéder à des soins. Pourtant, ce qui devrait être un déplacement ordinaire s’accompagne d’un risque réel et permanent : la mort par accident.
Les données de l’année 2025 illustrent clairement l’ampleur de cette crise. 2 587 accidents de la voie publique ont été enregistrés dans le département de la Grand’Anse. Parmi ces accidents, 2 318 impliquent des motocyclettes, soit près de 90 % du total, contre 269 accidents impliquant des voitures, soit environ 10 %. Cette répartition met en évidence la vulnérabilité extrême des motocyclistes. La mortalité confirme cette tendance : sur 35 décès recensés, 30 concernent des motocyclistes, soit 86 %, contre 5 décès liés aux voitures, soit 14 %. Ces chiffres démontrent que les motocyclistes constituent la grande majorité des victimes et occupent une place centrale dans la dynamique actuelle de l’insécurité routière.
Cette situation révèle une contradiction majeure. La moto est devenue indispensable pour assurer la mobilité quotidienne et soutenir les activités économiques et sociales. Elle permet à des milliers de personnes d’accéder au travail, à l’éducation et aux services essentiels.
Les données de l’année 2025 illustrent clairement l’ampleur de cette crise. 2 587 accidents de la voie publique ont été enregistrés dans le département de la Grand’Anse.
Toutefois, cette dépendance s’accompagne d’un niveau de risque élevé. En raison de l’absence de protection physique, du manque de formation des conducteurs et de l’insuffisance des mécanismes de contrôle, la moto expose directement ses usagers à des conséquences graves, souvent irréversibles.
La moto, symbole d’une mobilité devenue mortelle
Dans la Grand’Anse, la moto s’est imposée comme le principal moyen de transport, en particulier dans les zones où les infrastructures sont limitées. Elle permet de relier des localités isolées aux centres urbains et facilite l’accès aux marchés, aux écoles et aux services de santé. Elle constitue un outil essentiel pour les travailleurs, les commerçants et les familles, contribuant au fonctionnement quotidien de l’économie locale.
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Cependant, cette dépendance s’accompagne de risques importants. De nombreux conducteurs circulent sans formation adéquate ni permis valide. Le port du casque demeure insuffisant, malgré son rôle crucial dans la prévention des blessures graves et des décès. Les excès de vitesse, les surcharges et le non-respect des règles de circulation sont fréquents. Contrairement aux voitures, la moto n’offre aucune protection physique, ce qui augmente considérablement la gravité des blessures en cas d’accident. Cette vulnérabilité explique la forte proportion de motocyclistes parmi les victimes.
Une faillite profonde du système de sécurité routière
Au-delà des comportements individuels, la crise routière dans la Grand’Anse met en évidence des défaillances institutionnelles profondes et un manque de coordination entre les acteurs chargés de garantir la sécurité publique.
Dans ce contexte, le rôle de la Police nationale d’Haïti (PNH) apparaît central. Chargée de faire respecter les règles de circulation, elle devrait assurer une présence régulière sur les routes afin de vérifier les permis, contrôler les véhicules et sanctionner les infractions. Or, l’insuffisance des contrôles crée un climat d’impunité qui favorise la circulation de conducteurs non qualifiés et encourage les comportements dangereux. En l’absence d’un encadrement rigoureux, la route devient un espace où les règles perdent leur force dissuasive.
Dans la Grand’Anse, la moto s’est imposée comme le principal moyen de transport, en particulier dans les zones où les infrastructures sont limitées. Elle permet de relier des localités isolées aux centres urbains et facilite l’accès aux marchés, aux écoles et aux services de santé.
Dans le prolongement de cette responsabilité, les autorités municipales jouent également un rôle déterminant dans l’organisation de l’espace public. Pourtant, l’absence de panneaux de signalisation, le manque de marquage routier et l’occupation anarchique des trottoirs par des constructions informelles ou des matériaux de construction entravent la circulation et compromettent la sécurité des piétons. Faute d’espaces adaptés, ces derniers sont contraints de marcher sur la chaussée, ce qui augmente considérablement leur exposition aux accidents. Cette situation traduit un déficit d’aménagement urbain qui contribue directement à l’insécurité routière.
Par ailleurs, l’État des infrastructures routières relève de la responsabilité du Ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC). À cet égard, la dégradation avancée de nombreuses routes, caractérisée par la présence de nids-de-poule et le manque d’entretien, constitue un facteur aggravant. Ces conditions réduisent la stabilité des véhicules, augmentent le risque de perte de contrôle et exposent particulièrement les motocyclistes, déjà vulnérables, à des conséquences graves.
Dans cette même logique de prévention, l’Office d’Assurance Véhicules Contre Tiers (OAVCT) est appelé à renforcer les inspections techniques afin de limiter la circulation de véhicules défectueux. Parallèlement, la Protection civile pourrait contribuer davantage à la sécurisation des usagers en déployant des brigadiers pour encadrer la circulation et assister les piétons, notamment dans les zones à forte affluence. Une présence active sur le terrain permettrait de prévenir de nombreux accidents.
Au-delà des institutions publiques, d’autres acteurs jouent un rôle complémentaire mais essentiel. La presse, en tant que vecteur d’information, peut contribuer à sensibiliser la population et à promouvoir des comportements responsables.
Au-delà des comportements individuels, la crise routière dans la Grand’Anse met en évidence des défaillances institutionnelles profondes et un manque de coordination entre les acteurs chargés de garantir la sécurité publique.
Dans le même esprit, le Ministère de l’Éducation nationale pourrait intégrer l’éducation à la sécurité routière dans les programmes scolaires afin de former les citoyens dès le plus jeune âge. Enfin, la société civile a également un rôle à jouer en encourageant le respect des règles et en participant aux efforts de sensibilisation.
Ainsi, l’insécurité routière ne peut être attribuée à une seule cause. Elle résulte d’un enchaînement de défaillances et d’inactions à plusieurs niveaux. Tant que les institutions concernées n’assumeront pas pleinement leurs responsabilités, les routes continueront de représenter un danger permanent pour la population.
Des vies perdues, des familles brisées, un avenir fragilisé
Les accidents de la route ont des conséquences profondes qui dépassent largement la victime directe. Chaque décès représente une perte humaine irréparable et bouleverse l’équilibre des familles. La disparition d’un travailleur compromet souvent la stabilité financière du ménage, exposant les proches à une précarité accrue. Les blessés graves peuvent souffrir de handicaps permanents, limitant leur capacité à travailler et à subvenir à leurs besoins.
Le Ministère de l’Éducation nationale pourrait intégrer l’éducation à la sécurité routière dans les programmes scolaires afin de former les citoyens dès le plus jeune âge. Enfin, la société civile a également un rôle à jouer en encourageant le respect des règles et en participant aux efforts de sensibilisation.
Le système de santé, déjà confronté à des ressources limitées, doit prendre en charge des victimes nécessitant des soins complexes et prolongés. Cette situation exerce une pression supplémentaire sur les structures sanitaires et entraîne des coûts importants pour les familles. Ces accidents fragilisent durablement les ménages et affectent la stabilité sociale et économique des communautés.
Combien de vies faudra-t-il encore perdre ?
Les 2 587 accidents et les 35 décès enregistrés en une seule année constituent un signal d’alarme majeur. Ces chiffres mettent en évidence la gravité de la situation et l’urgence d’agir. Sans mesures efficaces, ces accidents continueront d’affecter la population et d’aggraver leurs conséquences sociales et économiques.
La protection des usagers nécessite des actions concrètes, notamment le renforcement des contrôles routiers, l’amélioration de la formation des conducteurs et la sensibilisation de la population. Il est également essentiel d’assurer l’application des règles existantes et de promouvoir une culture de sécurité routière fondée sur la responsabilité collective.
Car derrière chaque chiffre, il y a une vie humaine, une famille et un avenir interrompu. La sécurité routière ne peut plus être une question secondaire. Elle constitue une priorité essentielle pour protéger la population et préserver l’avenir du département.
Par : Dr Boutroce Gally
Couverture | Un homme et une femme à moto sur la route des Cayes, en Haïti. Photo prise le 13 octobre 2016. Photo : UN Photo/Logan Abassi
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