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18 ans que l’enquête se poursuit pour Jean Dominique, l’affaire Vladjimir Legagneur marquerait-elle une rupture ?

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La femme de Vladjimir Legagneur a identifié au bureau de la DCPJ, ce 3 avril, le chapeau de son mari. L’accessoire a été déterré à Sion (Grand Ravine) avec les restes d’un cadavre, dont des échantillons doivent être envoyés à un laboratoire aux Etats-Unis, selon Michel-Ange Gédéon, au cours d’une conférence de presse donné jeudi 29 mars. Dans la même matinée du 3 avril, Guyler C. Delva, journaliste, révélait au micro de Marie Lucie Bonhomme (Vison 2000) que le téléphone du photo-journaliste aurait été retrouvé par la police entre les mains de deux présumés bandits. L’inspecteur en charge de l’affaire a été contacté par téléphone pour une confirmation, mais a avancé ne pas avoir d’autorisation pour faire une déclaration à ce sujet. 24 heures après, la police n’a toujours pas confirmé l’information.

Contre toute apparence, cette non-confirmation est une bonne nouvelle. Premièrement, parce qu’elle pourrait être vraie, ce qui veut dire que l’enquête progresse. Et deuxièmement, parce que cela pourrait tout simplement être une preuve que la police mène effectivement une enquête. Contre toute attente, l’institution policière semble avoir pris au sérieux la demande des journalistes, parents et amis de Vladjimir qui avaient déclaré lors de la marche silencieuse du 28 mars : « Lapolis nou pa bezwen opinyon w, nou bezwen aksyon w. » Il s’agit là d’un effort à considérer même si Fleurette Guerrier Legagneur, femme de la victime, et la presse ont dû se mobiliser pour que la police et la justice fassent leur travail.

Le 3 avril 2018 rappelait également l’assassinat du journaliste Jean Léopold Dominique. 18 ans depuis qu’il a été froidement assassiné sur les lieux mêmes de son travail. Son chauffeur, Jean-Claude Louissaint, avait également péri lors de ce crime. Il y n’y a pas longtemps, on pouvait encore voir les impacts des projectiles sur le bâtiment à Delmas qui abritait la radio Haïti Inter dont le journaliste était propriétaire avec Michelle Montas, sa femme, également journaliste.

Plusieurs générations séparent Jean Léopold de Vladjimir. Ils ne sont pas non plus de la même classe sociale. Mais tous deux ont laissé femme et enfants dans le deuil. Tous deux faisaient leur métier avec passion et conviction au péril de leur vie. Cependant, tout le monde avait été vite fixé sur les circonstances de la disparition de Jean Léopold Dominique. Même si 18 ans après, l’enquête n’a toujours pas révélé le cerveau et les mains qui avaient frappé. C’est aussi le cas de Jean Brignol Lindor, journaliste et enseignant assassiné à Petit-Gôave le 3 décembre 2001 à coups de machette et de piques par « Domi nan Bwa », une organisation populaire qui se réclamait de Lavalas. 17 ans après, l’enquête se poursuit toujours. Mireille Durocher Bertin n’est pas journaliste, mais comme plusieurs autres victimes, anonymes ou non, cette avocate et militante politique qui luttait pour le respect des droits, attend depuis 23 ans (29 mars 1995) que l’enquête soit bouclée et que justice soit faite.

Vladjimir Legagneur a disparu depuis le 14 mars. Dans 10 jours, cela fera un mois que ses proches et collègues seront sans nouvelle. Pourtant, un indice clair, son chapeau retrouvé, est déjà avancé; d’autres sont en cours de confirmation: son téléphone retrouvé, les résultats de l’analyse de l’échantillon d’ADN à venir. Des ébauches de réponses commencent à être apportées. L’enquête se poursuit donc réellement. Une question demeure, cependant. Pourquoi cet effort maintenant du côté des autorités alors que journalistes, parents et amis réclament et attendent justice depuis des lustres pour d’autres journalistes assassinés ? Qu’est-ce qui est fait maintenant mais ne l’a pas été avant ? Des réponses qui, si trouvées, aideraient sans doute à comprendre comment fonctionne la police et la justice haïtiennes.

A défaut d’applaudir une action qui entre dans les attributions quotidiennes de la police nationale d’Haïti   – dont la devise est, rappelons-le, Protéger et Servir, – il est cependant nécessaire d’en prendre acte. Les enquêtes peuvent et doivent être poursuivies en Haïti. Justice peut être rendue. Justice doit être rendue.

Commentaires

Péguy Flore Pierre
"Une revue est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes qui soient dans la cinquième." Charles Péguy

    Yves Dejean: Entèlektyèl tèt an wo pou lekòl tèt an wo pou yon peyi tèt an wo

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