CULTURE

Yanvalou, un bar pas comme les autres

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Les initiateurs de Yanvalou avaient dédié l’espace à la communauté LGBT. Les nouveaux propriétaires ne sont pas dans cette démarche, mais ils affirment que l’espace reste ouvert à toutes les catégories sociales

C’est en 2012 que Nick Stratton et Vincent Reybet Degat initient le projet d’un bar gay en Haïti. Le couple franco-américain devient alors les fondateurs de Yanvalou, situé à l’avenue N, dans le quartier de Pacot.

« Leur projet n’a pas fait long feu », fait savoir Christophe Denis, actuel propriétaire de l’entreprise.

Entre décembre 2012 et avril 2013, l’initiative a été développée en collaboration avec l’organisation de défense de la communauté LGTB, Kouraj. « L’idée était de créer un espace où cette communauté allait pouvoir librement s’exprimer et affirmer son identité », poursuit Christophe Denis.

Les discriminations et pressions de toutes sortes ont eu raison du projet. Peu de temps après, le couple met l’espace en vente, après avoir pris la décision de quitter le pays.

Alors, une équipe de quatre associés, dont Christophe Denis, reprend le local pour offrir une deuxième vie à Yanvalou. L’espace qui était jadis une ancienne maison a été rénové pour devenir le carrefour de la vie culturelle et artistique de la zone métropolitaine qu’il est aujourd’hui.

Cadre attrayant

L’artisanat local orne la cour et les différentes salles de Yanvalou. Les tables de bois vernis, couplées à des chaises en paille investissent le bar dont les meubles sont tous fabriqués par des menuisiers haïtiens.

En plus d’être un restaurant, Yanvalou est une galerie d’art en plein air. Des portraits de personnalités du pays comme Jean Price Mars trônent sur ses murs.

Si la plupart des bars de Port-au-Prince fonctionnent la nuit pour équilibrer les comptes, mis à mal par la conjoncture sociopolitique du pays, la situation à Yanvalou s’avère différente. L’institution dépend en majeure partie des activités socioculturelles organisées dans son espace.

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« Les sponsors sont totalement absents, selon Christophe Denis. La zone où se situe le bar est classée rouge à cause de la montée grandissante des cas de kidnapping. »

Dans ces conditions, avoir des projets sur le long terme reste difficile. L’entrepreneur estime qu’il ne fait que tenir le coup pour éviter la fermeture de l’espace. « Dans les jours à venir, un service de livraison de repas à domicile va être créé pour desservir les clients qui évitent la zone à cause de l’insécurité. »

Un nom, un rythme et une danse

La dénomination Yanvalou fait partie du patrimoine culturel haïtien. Dans le vaudou haïtien, elle fait référence à un rythme musical qui vient avec sa propre danse.

« Ce rythme n’a pas de loa (divinité). Il fait bouger tous les loas, plus particulièrement les loas rada tels Ogou, Dambala, Legba, raconte le hougan Nerat Ilderic. La danse Yanvalou est très présente dans la région ouest du pays alors que le grand Sud est plutôt sous l’influence du Congo ».

Les musiques Yanvalou sont beaucoup pratiquées dans les cérémonies d’initiation au vaudou. « Yanvalou est l’un des rythmes musicaux les plus répandus en Haïti, témoigne Linda Isabelle François, danseuse expérimentée de Yanvalou. Deux grands mouvements techniques symbolisent cette danse : c’est le mouvement de couleuvre et celui de la vague de mer ».

François traîne plus de 20 ans d’expérience dans la danse. Elle relate que le Yanvalou est à la fois difficile et facile. « La danse fait partie de notre âme, elle s’attache à notre volonté et à nos corps en tant qu’Haïtiens », dit celle qui détient un club de danse du nom de Xpression Ayiti.

Histoire typiquement haĂŻtienne

L’échec de Yanvalou comme bar gay demeure une histoire typiquement haïtienne.

Stephenson Méus est directeur exécutif de l’association Kouraj et l’un des initiateurs de Yanvalou bar. « L’idée du projet était de mettre en place un bar où les serveurs (es) sont tous des homosexuels, dit Méus. L’espace était toutefois inclusif et ne visait pas seulement les homosexuels comme clientèle ».

Le projet était soutenu par le couple Nick Stratton et Vincent Reybet Degat, l’association Kouraj et le financement venait de la communauté internationale. « Une partie des profits réalisés par le bar était dédiée à Kouraj pour la réalisation de projets au profit de la communauté LGBT » prolonge Méus.

L’homophobie et la discrimination au sein du staff de gestion du projet ont stoppé son élan.

Stephenson Méus, qui travaillait à l’époque au bar, explique avoir lui-même abandonné après qu’un membre du staff administratif lui ait interdit de parler de l’espace comme étant un bar gay. « Pa vi n pale bagay masisi w la isit la », lui avait balancé ce responsable alors qu’il donnait une interview.

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À date, il n’existe officiellement aucun « bar gay » dans la région métropolitaine. Les membres de la communauté LGTBT sont partagés sur la nécessité d’en avoir un.

Josué Azor est photographe. Il rappelle qu’il n’a pas seulement des amis gays dans sa liste de contacts. « C’est pourquoi j’adore [le nouveau] Yanvalou. La dimension culturelle ne se restreint pas à une catégorie de personnes bien déterminée. Il y a une sorte de brassage et de diversité qui vivifient l’espace et rendent tout un chacun bien sa peau. »

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Emmanuel MoĂŻse Yves
Journaliste à AyiboPost. Communicateur social. Je suis un passionnné de l'histoire, plus particulièrement celle d'Haïti. Ma plume reste à votre disposition puisque je pratique le journalisme pour le rendre utile à la communauté.

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