CULTURE

Quelle recette de « soup joumou » Haïti a-t-elle soumis comme patrimoine immatériel de l’humanité?

0

Dans le dossier de candidature, les autorités haïtiennes ont présenté une recette générale 

Au mois de mars 2021, Haïti soumet devant l’organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), la candidature de la traditionnelle soupe de giraumon haïtienne comme patrimoine immatériel de l’humanité.

Depuis, beaucoup se sont demandé quelle recette les autorités ont-elles finalement considérée, compte tenu de la variété énorme des façons de faire cette soupe, en Haïti comme ailleurs.

« C’est ce qui fait aussi la richesse de cet élément culturel », rappelle le professeur Kesler Bien-Aimé, également chargé par l’UNESCO de faciliter les pays de la région caraïbéenne à monter des dossiers ayant rapport au patrimoine pour cette institution.

Aussi, les autorités haïtiennes ont présenté une recette générale dans le dossier de candidature.

On peut lire dans la fiche d’inventaire : « Pour sa préparation, ces éléments de base sont essentiels, à savoir le giraumon bouilli et broyé, des légumes tels la carotte, le céleri, l’oseille, le navet, le chou, le persil et des épices sans oublier les pommes de terre et les pâtes alimentaires. De la viande peut y être ajoutée au besoin ».

Cette formule générique ne fait pas fi des particularités locales. Il est mentionné dans le dossier que chaque région du pays aborde la préparation de la soupe suivant les ingrédients disponibles. L’on y ajoute du riz dans l’Artibonite ou l’igname dans la Grand’Anse.

Cette recette de la traditionnelle « soup joumou » présentée dans le dossier de candidature ne traduit pas qu’elle sera la seule, à jamais rappelle Kessler Bien-Aimé.

 « Une fois qu’on parle de soupe de giraumon haïtienne, on voit toutes les variantes de cette tradition », souligne le professeur rappelant que les patrimoines immatériels sont vivants et qu’elles peuvent, comme les humains, évoluer avec le temps.

D’ailleurs, c’est la diversité constatée dans une pratique culturelle qui fait toute la valeur de cet élément pour l’humanité.

L’essentiel est que cette pratique de la « soup joumou » se fasse dans un calendrier bien précis et qu’il n’y ait pas de division là-dessus. « C’est une pratique de tout le monde et qui ne choque personne. Il n’y a pas beaucoup de pratique de ce genre dans une société », renchérit Kessler Bien-Aimé.

Un patrimoine rassembleur

En Haïti, la « soup joumou » est non seulement identitaire, elle constitue aussi un élément rassembleur. Ces points pèseront fort lors des élections de décembre 2021.

Cet exercice existe depuis 2003 au sein de l’UNESCO, mais c’est la première fois qu’Haïti soumet la candidature d’un élément ayant rapport à sa tradition sur la liste représentative, souligne, le ministre de la Culture et de la Communication Pradel Henriquez.

Opinion | Comment la “soup joumou” fit de moi une afroféministe

À côté de la soupe de giraumon, Haïti a soumis aussi le métal découpé du village de Noailles sur la même liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité. Du même coup, le « rara » de Léogane est proposé sur la liste de sauvegarde urgente, rappelle Pradel Henriquez.

Le ministre souligne toutefois que seule la soupe de giraumon sera prise en compte lors de l’élection prévue pour le mois de décembre 2021.

En prenant place sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité, le métal découpé du village de Noailles sera pris en compte dans les élections de l’année prochaine si son dossier parvient à convaincre les responsables de l’UNESCO.

Des opportunités

Lors des élections de décembre 2021, les représentants de 24 pays faisant partie d’un comité rotatif auront à choisir sur une liste et élire un élément appartenant à la culture, l’histoire ou la tradition d’un peuple comme patrimoine immatériel de l’humanité.

L’élection d’un nouvel élément au patrimoine immatériel de l’humanité est semblable à une compétition de coupe du monde, avec à la clé le sacre d’un champion.

En guise de trophée, le pays vainqueur aura l’opportunité d’être sous les projecteurs des touristes qui cherchent à découvrir l’élément champion à la source même.

Si cet élément sacré champion venait à tomber en défaillance, l’UNESCO aura à investir de l’argent en vue de son redressement.

L’UNESCO a opéré une évolution du discours sur la culture en 2003 lorsqu’elle crée la convention portant sur la sauvegarde des patrimoines immatériels.

Ainsi, le patrimoine n’est plus réduit aux vieilles pierres, mais tient aussi compte des éléments immatériels, soutient le professeur Kesler Bien-Aimé.

Haïti adhère à cette convention depuis 2009. Cependant, le pays n’a pu proposer un élément de sa culture que onze ans plus tard.

Ceci répond à une obligation de l’UNESCO autorisant un pays, devenant État partie, à déposer une candidature après au moins deux rapports périodiques sur la situation de la pratique.

Pour pouvoir soumettre une pratique culturelle sur la liste de l’UNESCO, l’État du pays doit d’abord inscrire cet élément sur la liste des « patrimoines protégés », selon le ministre Pradel Henriquez qui mentionne qu’il y a déjà dix-neuf éléments protégés au niveau national.

Parmi eux se trouvent la cassave, le compas direct ou le clairin blanc.

Photo de couverture : nph-haiti.org

Commentaires

Samuel Celiné
Poète dans l'âme, journaliste par amour et travailleur social par besoin, Samuel Celiné s'intéresse aux enquêtes journalistiques.

Comments

Comments are closed.