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Une génération d’étrangers

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C’est avec fierté que cette mère rentre au pays, après plusieurs mois de maternité dans un hôpital étranger. Son fils est né sur le sol américain, les deux premiers aussi, donc ses trois enfants sont nés aux États-Unis, passeports, certificats de naissance américains. Elle est commerçante au centre-ville, voyage régulièrement pour les besoins de son commerce et grâce à son visa, ses trois enfants sont américains, elle, non. Pour elle c’est un exploit, elle exhibe les papiers “made in USA”au nez de ses voisins, parle à voix haute de sa progéniture, souris en coin lors de leur inscription dans une école en Haïti, l’institutrice devra les traiter avec respect car ses enfants sont nés ailleurs. Elle n’est pas n’importe qui la dame!

Depuis un certain temps c’est devenu coutume que les femmes enceintes laissent le pays pour aller accoucher dans un pays étranger, aux États-Unis, en France, en République Dominicaine, etc. Elles reviennent 2 à 3 mois plus tard avec le nourrisson et ses papiers estampés des légendes du territoire d’où il a pris naissance.

D’où vient cette fierté d’avoir une nationalité étrangère? Pourquoi cette génération de parents apprehendent -ils les choses de ce point de vue? Il faut à tout prix que l’enfant ait une nationalité différente que celle de ses parents. Pourquoi ? Accouchement difficile ? Ordonnance des médecins ? Avantages sociaux ? Une meilleure prise en charge par les médecins d’outre-mer? Autres avantages ou le fait qu’en cas de catastrophe naturelle ou politique, un avion spécial viendrait chercher les ressortissants étrangers ainsi que les enfants nés sur leur territoire ? Aujourd’hui, cette démarche revêt l’allure d’un exploit, demain une arme dangereuse dont l’extérieur n’aura aucun scrupule à utiliser contre nous.

Le rejet de sa nationalité

Le pays, lentement se vide de son sang. Les femmes vont accoucher ailleurs, certains attendent toute une vie durant une résidence d’un lointain parent, d’autres acquièrent spontanément la nationalité étrangère. Pourquoi c’est si honteux d’etre haïtien de nos jours ? Pourquoi personne ne veut porter ce manteau si bien qu’une génération entière est en train de naître en terre étrangère? Que promet l’ailleurs de si grand pour qu’être haïtien devienne si lourd à porter? On ne travaille plus la terre, le mot paysan devient une insulte. On veut tous être des gens de la ville, se balader en fourrure et en décapotable arborant les gadgets derniers cris. La terre s’est fanée de notre imagination, on ne parle plus de semence, de récolte ou de ‘’Kombit’’.

Cette démarche n’a rien d’innocent et n’est pas nouvelle, le rejet de l’essence haïtienne a commencé longtemps déjà et ce à quoi on assiste aujourd’hui ne sont que les prémices. L’abîme entre l’homme de la ville et le paysan a été finement creusé, et maintenant c’est le tour de l’Haïtien né en Haïti et de celui né ailleurs. L’explication de cette saignée vers l’extérieur. Avoir une double nationalité devient un objet de fierté, une approche nécessaire car au cas où les choses se gâteraient, la deuxième patrie enverrait un avion express pour recueillir ses ressortissants. Nos hommes politiques qui sont censés prêcher par l’exemple n’échappent pas à la règle, et le débat continue de faire couler de l’encre.

Haïti, domaine étranger

Existera-t-il des haïtiens pur-sang pour sauver Haïti ? Avec notre génération de bébé d’outre-mer, la double nationalité, une bonne partie de nos cadres exilés, que serons-nous dans une trentaine d’années? Il est bruit que des domaines à l’intérieur du pays appartiennent à des étrangers ? Et c’est avec fierté qu’on entend parler que Sieur le blanc achète des centaines d’hectares de terres chez nous. Que fais-t-on de l’article 12 de la constitution de l’an II d’Haïti, stipulant ce qui suit ‘’aucun blanc, quelle que soit sa nationalité,  ne foulera cette terre a titre de maitre ou de propriétaire et ne pourra à l’avenir y acquérir aucune propriété’’.

 

Aujourd’hui nous bafouons tout ce que nous avons comme vérité, comme valeurs, nous mettons de côté tout ce qui fait notre force en tant que nation. A force de nier ce qui fait de nous ce que nous sommes, nos faiblesses ouvrent une brèche dans le mur, nos faiblesses constituent un pont pour l’extérieur. Je ne remets pas en cause la migration, c’est un phénomène social, mondial, nécessaire à l’évolution du genre humain. Depuis la nuit des temps l’homme a migré mais ne le confondons pas avec ce phénomène qui évolue dans nos murs depuis quelques temps.

Je ne serai pas surpris qu’un jour, qu’il n’y ait plus de VRAIS Haïtiens pour sauver HAITI.

Nous serons tous de passage, nés ailleurs.

Soucaneau Gabriel

 

 

 

 

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Soucaneau Gabriel
Je suis Soucaneau Gabriel, Journaliste Freelance. Blogueur, animateur radio et télé. Un passionné, un jongleur des mots, poète si on veut. Passionné de lecture, de voyages, de rencontres. La vie est ma plus grande source d’inspiration. Libre dans ma façon d’agir, dans ma tête ainsi que dans mes écrits. Je ne suis pas là pour me conformer aux critères mais plutôt pour faire sauter des barrières. A bon entendeur...

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