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Une erreur de jeunesse

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«Fabrice »      

Fabrice se retourna et ce fut comme un coup de couteau en plein cœur. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il n’avait pas changé d’un iota. Il était resté le même garçon longiligne, à la mine affable qui avait volé mon cœur des années de cela. Non il n’avait pas changé si ce n’est que pour devenir encore plus beau que dans mon souvenir. Son corps jadis de jeune étudiant avait laissé place au corps d’un homme bien musclé. Non, non, c’était injuste que le temps ne l’ait pas touché.

Son visage devint dur comme du marbre en m’apercevant devant chez lui. Je savais à quoi il pensait et durant un court instant, je me sentis affaiblir. Il repensait sûrement à la dispute qui avait causé notre rupture. Peut-être que c’était une mauvaise idée après tout d’avoir sauté dans un avion sur un coup de tête et d’être revenue au bercail au nom  de l’amour.

« Alexa, mais qu’est-ce que tu fais là? Je croyais cette mascarade terminée, il y avait trois ans »

Le mot utilisé me blessa car c’était le même mot que j’avais utilisé des années de cela pour qualifier cette relation dans laquelle je ne me retrouvais plus. Je rappelle encore dire avec désinvolture: « je n’en peux plus de cette mascarade, je ne veux plus continuer ». Je m’étouffais dans notre relation qui avait rentré dans un cycle routinier. A l’époque, je voulais des frissons, des sensations forte et j’avais envie de nouveauté. Je voulais faire d’autres rencontres, d’autres experiences. Je n’avais pas voulu me contenter de ce qu’il m’offrait: une relation stable. Je croyais que la vie était faite pour vivre à cent à l’heure. Trois ans plus tard, je comprenais que j’avais laissé partir un trésor inestimable qui était mien jadis. Je le lui déclarai tout de go mais il m’interrompit sans même se soucier du discours que j’avais préparé.

« Je m’en fiche Alexah. La seule raison qui t’a poussé à revenir vers moi c’est uniquement parce que tu as échoué dans tes rêves de grandeur ».

Cette phrase me fit mal car elle était en partie vraie. Je revenais la queue dissimulée entre mes jambes parce que j’avais eu mon lot d’expériences malheureuses qui m’avait fait comprendre la valeur d’un homme sur qui l’on pouvait compter. C’était déjà embarrassant d’être la fautive dans l’histoire. En général, pardonner est plus simple pour une femme. L’orgueil mâle est un facteur un peu plus compliqué à intégrer dans l’équation. Mais bon sang, que fallait-il faire de plus sinon que m’excuser et lui promettre ma constance ? Tout en pensant cela, je savais que la vie n’était pas aussi facile mais je refusais de ne pas tenter ma chance. Je devais reconquérir Fabrice. Comme je l’avais dit à mon colocataire en faisant mes bagages, j’allais utiliser toutes les armes en ma possession. Je n’avais pas froid dans le dos. J’allais me battre et gagner. D’ailleurs quel meilleur gage que débarquer le jour de la Saint Valentin et lui faire mes excuses ?

« Je veux reprendre là où on a laissé, j’ai été stupide, je le reconnais: pardonne-moi».

Fabrice secoua la tête et s’appuya à côté de moi sans piper mot. Je savais qu’il tentait de se calmer avant de prononcer les mots qui dansaient dans sa tête. Durant un court instant, je pus voir le dilemme qui le traversait. Oui, il était encore amoureux de moi. Ce constat m’apporta de la joie au coeur et me donna le courage nécessaire pour franchir le pas de mes appréhensions et me planter devant lui pour l’enlacer. Sentir la chaleur de son corps me fit du bien. Mon Fabrice n’avait pas changé, il était resté le même, l’homme sensible à mes caresses. Oui, je détenais encore un certain pouvoir sur lui et nous en étions tous deux conscients.

Je m’enhardis et tentai de l’embrasser mais il stoppa mon acte d’un «non» sans appel. Il murmura les mots qui resteront à tout jamais gravés dans ma mémoire tout en s’éloignant de moi:

« Tu voudrais recommencer une histoire qui n’a jamais commencé. L’homme qui t’aimait et que tu as rejeté n’est plus. Il a fait place à un autre homme qui n’est ni meilleur ni pire mais qui voit la vie avec d’autres yeux et qui a d’autres responsabilités. Après trois ans, nous sommes tous deux des étrangers. Tu resteras une fille que j’ai aimée mais il est tout simplement trop tard pour que cette histoire recommence. »

Je voulus faire une blague comme on le faisait si souvent après nos petites querelles mais les pas d’un bambin sur la galerie de la maison brisa mon élan. La vie avait continué son cours normal. Elle ne m’avait pas attendu et avait emporté sur son chemin ce que je n’avais pas su apprécier. Il suffisait de voir la ressemblance du petit avec cet homme qui faisait battre mon cœur même après toutes ces années pour comprendre que mes excuses et moi étions arrivées en retard.

Je tournai les talons sans parler, m’efforçant de cacher mes larmes. J’entendis derrière moi le bambin marmonner:«dada». Ce mot sortant des petites lèvres innocentes déchira mon coeur.

Ce beau petit garçon aurait pu être mon fils… notre fils.

J’entendis Fabrice prononcer mon nom mais je ne me retournai pas.

Commentaires

Meg
I am just a girl in love with coffee crossing life with her ups and downs. I prefer to let people have their own idea about who I am. I am also a humanitarian worker and I love to discover new culture and new people. I want my writing to touch people and make an impact in their life.

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