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Tisaksuk crée Tisaksuk

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Tisaksuk tel un sac de sucre, très foulé pour désigner le nom de la propriétaire et celui de la boutique. Situé à Tabarre, Tisaksuk crée des articles dans le but de promouvoir la culture haïtienne. Bientôt cinq ans dans l’aventure de la mode en Haïti, Daphné Valmond Bourgoin à travers son entreprise compte s’imposer dans ce secteur.

« Toute petite, j’étais toute ronde, on m’accordait le surnom affectif : Tisaksuk. En grandissant  je l’ai aimé et gardé. C’est la raison pour laquelle ma boutique le porte comme nom. » C’est le témoignage de Daphné V. Bourgoin, propriétaire de Tisaksuk. C’est une dame qui semble aimer toucher à plusieurs choses à la fois. Elle a passé plus de 10 ans à travailler dans la gestion, la finance et l’administration aux États-Unis à Tampa F.I puis en Haïti à l’ambassade américaine, à Protelligent et Christian Blind Mission. Pour le moment elle s’apprête à faire une maitrise en Développement durable, une thématique qu’elle dit l’intéresser beaucoup.

Avec une licence en Relations et Affaires internationales en poche, décrochée aux Etats-Unis, Daphné a préféré se consacrer à l’entrepreneuriat. Elle dit: « je ne travaille pas sur mon métier. Je suis plus intéressée au développement personnel, la création de l’emploi et tous les aspects du développement de l’humain en général. » Daphné V. Bourgoin fait partie des rares personnes de la diaspora haïtienne à revenir dans le pays pour y investir. Elle soutient qu’avec Tisaksuk elle ne gagne pas autant d’argent qu’avant, cependant elle se sent mieux parce qu’elle s’investit dans sa propre entreprise.

Tout a commencé en août 2013 quand Daphné a décidé de créer Tisaksuk. « J’ai toujours été émerveillée par notre talent en tant que peuple. J’ai commencé à faire la promotion de la couleur locale en m’habillant avec des vêtements locaux », relate l’entrepreneure qui jadis, faisait venir chez elle des artisans de toutes sortes pour se procurer leurs produits.  Son amour pour le karabela et les produits artisanaux lui ont permis d’ouvrir une boutique proposant des articles variés : Vêtements pour femmes, hommes et enfants, sacs, bijoux et articles de décorations de maisons etc. « Magazen an se yon kote ou vini pou sikre kè ou », affirme Daphné d’un ton fier.

Les réalisations de Tisaksuk

La boutique Tisaksuk se spĂ©cialise dans la promotion, la vente et l’exportation des produits artisanaux haĂŻtiens. L’exportation se fait dans presque tous les pays du monde. D’ailleurs la plupart des clients de Tisaksuk se trouvent Ă  l’étranger. DaphnĂ© confie qu’elle ignore pourquoi les haitiens vivant en Haiti ne consomme pas ses produits, selon elle, cela peut rĂ©sulter entre autres au fait que les haitiens ne valorisent pas les travaux d’autres haitiens.

Tous les articles de la boutique sont conçus et produits à Carrefour dans l’atelier Tisaksuk dont Daphné est aussi la propriétaire. Dans cet atelier, Madame Bourgoin emploie des artisans, artistes et toute autre personne qui s’intéresse au domaine de la mode et de l’artisanat. Elle avance : « J’ai choisi Carrefour parce que c’est l’un des quartiers défavorisés du pays. En plus, le département de l’Ouest manque d’opportunités. C’est donc la zone idéale pour lancer un tel projet. »

L’entreprise a déjà participé à de grandes activités culturelles, entre autres Artisanat en fête et   rebuild globally RUNWAY TO HAITI. La responsable semble satisfaite de son accomplissement en moins de cinq ans. Toutefois, elle ajoute que Tisaksuk n’a pas encore atteint sa vision de départ qui était d’arriver à créer de l’emploi pour que les habitants des zones où se trouvent l’atelier et la boutique puissent trouver des opportunités. Daphné souhaite que beaucoup plus de gens connaissent la culture et les produits haïtiens.

À entendre Daphné parler de Tisaksuk on pourrait se porter à croire que la boutique veut créer une marque accessible à toutes les bourses. « Tisaksuk ne se contente pas d’habiller des célébrités. Elle entend créer une ligne de vêtements accessible aux gens n’ayant pas beaucoup d’argent ni de nom », mentionne la propriétaire. Elle enchaîne pour relater que ses produits sont créés d’abord pour des consommateurs haïtiens, car selon elle, il revient à nous (Haïtiens) de valoriser notre culture avant n’importe quelle autre nation. En ses termes, Madame Bourgoin n’entend pas repousser des clients étrangers. « Bien au contraire, Tisaksuk est ouvert à tout le monde », déclare-t-elle.

Il suffit de commencer

« J’ai commencé Tisaksuk avec seulement 2000 gourdes », signale Daphné B. Valmond qui aujourd’hui dispose d’une grande boutique au Boulevard 15 octobre. Mariée et mère de deux enfants, l’entrepreneure avoue qu’elle ne s’est jamais lassée de travailler dur pour offrir des produits de qualité à son public. Bien qu’elle n’ait pas de modèle en entrepreneuriat, Daphné a toujours apprécié les travaux des entrepreneurs étrangers qui ont contribué à la création de l’emploi dans le pays. Elle affirme qu’il est très difficile de faire du business en Haïti. « Ici, les choses les plus simples sont des calvaires. En plus, la concurrence est parfois déloyale », avance madame qui regrette que trop de gens  copient plutôt que d’innover dans le secteur. Néanmoins, elle pense que rien ne peut l’empêcher de continuer à se focaliser sur son savoir-faire et l’expertise de son équipe. Madame a enchaîné pour dire que : « Tisaksuk, comme toute entreprise a rencontré beaucoup de difficultés, mais on reste debout. Certainement, on a encore  beaucoup de choses à faire, toutefois,  on est convaincu que l’on arrivera à atteindre nos objectifs qui consistent notamment à faire que la culture et les travaux haïtiens arrivent le plus loin que possible dans le monde. »

DaphnĂ© Bourgoin conseille Ă  quiconque qui voudrait se lancer dans les affaires de ne pas avoir peur, « Il suffit juste de commencer. Avec le peu d’argent que vous avez et de la discipline, 10 gourdes deviendront 20 ». DaphnĂ© V. Bourgoin nous donne dĂ©jĂ  rendez-vous pour la 12e  édition de l’artisanat en fĂŞte qui se tient cette annĂ©e. En attendant elle nous encourage Ă  consommer des produits locaux (pwodui lakay). Elle travaille pour qu’en Haiti on ne puisse pas avoir que des produits signĂ©s made in China, made in USA ou made in Indonesia et autres. Elle lutte pour que le made in HaĂŻti soit accolĂ© sur des produits qui puissent circuler en HaĂŻti et partout dans le monde.

 

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Laura Louis
Laura Louis est journaliste à Ayibopost depuis 2018. Elle a été lauréate du Prix Jeune Journaliste en Haïti en 2019. Elle a remporté l'édition 2021 du Prix Philippe Chaffanjon. Actuellement, Laura Louis est étudiante finissante en Service social à La Faculté des Sciences Humaines de l'Université d'État d'Haïti.

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