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Six ans plus tard : plus de peur que d’espoir

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Six ans plus tard, voici venu le fameux jour où pour être une fois de plus dans le « trend », on affiche sur notre profil les « Earthquake survivor », Haiti 12/01/10 nou pap janm bliyew… Des conférences fuseront de toute part, certains acteurs de l’humanitaire se gonfleront la poitrine à la faveur d’un bilan concocté à leur merci, faisant l’étalage des résultats obtenus suite à leur  héroïque intervention. Et ceci, en dépit de tout,  malgré notre cruelle réalité….

D’autres en profiteront pour faire pleuvoir les accusations, à tort ou à raison sur l’inefficacité de l’aide, l’incapacité du gouvernement à faire bouger les choses et ce, malgré les diverses propagandes destinées à duper le peuple. Je vois déjà défiler sous mes yeux, durant cette semaine, cette panoplie de « décideurs, d’experts improvisés, défenseurs de la patrie, ou encore amis d’Haïti» qui pour étouffer leurs incompétences et camoufler leur échec, tenteront de chercher vainement des boucs- émissaires; le seul domaine dans lequel ils excellent,  parce qu’à nos malheurs, il nous faut  absolument toujours un responsable.

Je salue la douleur de ceux et celles qui pleurent encore la perte des êtres chers que ce séisme dévastateur leur a injustement ravis. Tout comme vous, je pleure ces vies qui nous ont été arrachées rien qu’en 35 secondes, je pleure les vies à tout jamais changées.  Même si j’ai réussi à faire leur deuil, à survivre sans eux, avec leurs souvenirs bien ancrés dans ma mémoire, je demeure toutefois angoissée, traumatisée par l’incertitude de l’avenir.

A la veille de la commémoration du 6ème anniversaire d’un séisme si ravageur, on a procédé à la rentrée parlementaire et les nouveaux « élus » de la 50ème législature y ont pris siège malgré la conjoncture difficile. Parallèlement, les préparatifs se poursuivent pour la tenue du second tour des présidentielles prévue le 24 janvier quoique les dernières élections/sélections aient largement été contestées.

Ah ces fameuses élections! Ce cancer qui nous ronge et qui fait baver plus d’un, qu’ils soient candidats, futurs élus et/ou déchus, sans oublier cette multitude d’observateurs et de  CONseillers électoraux… Cela nous fait tout un banc de problèmes, car chacun boude dans son petit coin pour cette part du gâteau, qu’il se fera le plaisir de déguster selon son statut au détriment de « l’être haïtien ».  Des problèmes qui persistent aujourd’hui encore, malgré  les nombreuses commissions d’ «évacuation » montées, les unes moins efficaces que les autres et surtout plus qu’inutiles qu’utiles sans pour autant apercevoir une sortie de crise.

Nous avons survécu au 12 janvier, nous avons pleuré nos morts, et nous les pleurons encore. Par contre, saurons-nous survivre au séisme électoral qui ravage la démocratie haïtienne depuis quelques temps? Notre résilience politique n’a-t-elle pas été assez éprouvée? Tout comme j’avais marché sur des dizaines de cadavres le lendemain du 12 janvier, aujourd’hui encore je constate que la scène politique est frappée par l’absence d’hommes intègres, dignes, par l’absence de visionnaires. Aujourd’hui tout est sombre, sans aucune lueur d’espoir, car je ne vois que la paralysie de notre système politique, je ne vois que le cadavre de nos idéaux.

Chrisla Joseph

 

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