SOCIÉTÉ

Sister M explique les tracas de la ménopause

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Les menstruations au début de la puberté tout comme l’arrêt définitif des règles à la ménopause sont des phénomènes parfaitement féminins et naturels. Mais, ils sont aussi source de tracas. Zoom sur la ménopause.

Nous sommes en 2002, Myria Charles a 37 ans. La gestionnaire, connue sous son pseudonyme Sister M vit pleinement sa vie matrimoniale et se sent physiquement bien. À part deux opérations chirurgicales pour fibrome et kystes puis des complications lors de ses deux accouchements, tout allait pour le mieux. Subitement, son quotidien a changé : « j’observais du retard dans mon cycle menstruel. Je ressentais une chaleur intense et récurrente. Je me réveillais régulièrement pour me doucher et j’avais du mal à contrôler mon humeur», explique Myria Charles. Tout ceci n’était que le début d’une série de souffrances atroces qui annonceront sa ménopause.

Myria Charles n’en doute pas. Cette période difficile est à l’origine de son divorce. « Les rapports sexuels sont devenus douloureux. Donc, je les repoussais constamment» avoue Sister M qui semble aujourd’hui s’en remettre. « La ménopause ne tue pas, j’ai appris à vivre avec. Je fais du sport, de la danse et du yoga. Je participe aussi à des activités culturelles. Avec le temps, j’ai appris que la ménopause n’est pas une maladie, mais une étape dans la vie », rassure-t-elle. Cependant, elle lui a laissé certaines séquelles regrettables. « Ma voix est devenue sèche et je ne peux plus chanter», raconte Myria, nostalgique du temps de ses performances dans les chorales gospel.

La ménopause est marquée par l’arrêt définitif des règles. C’est la fin de la capacité reproductive chez les femmes. Elle survient vers la cinquantaine. C’est à cette période qu’Aloudes Noël, 65 ans, a fait sa ménopause. « C’était une période difficile, se souvient-elle.  J’étais tout le temps énervée ». Comme Sister M, elle vit sans conjoint et sa ménopause n’a pas été sans conséquence sur sa santé. « Depuis plus de dix ans, je lutte avec le diabète et l’hypertension. Pourtant, avant ma ménopause je tombais rarement malade », se plaint Aloudes, mère de sept enfants.

La période de ménopause n’est pas toujours régulière. Lorsqu’elle survient avant la quarantaine comme pour Sister M, on parle de ménopause précoce. Dans ce cas, «elle peut être due à des suites d’une tumeur dans le cerveau. Si les ovaires ont été enlevés après une opération, la ménopause peut survenir précocement», explique Cephora Anglade, gynécologue. Après l’âge de 55 ans, les professionnels de la santé estiment que la ménopause est tardive. Mais dans l’un ou l’autre des cas, «nous ne pouvons insinuer que la ménopause soit forcément génétique, rassure Dr Anglade. Toutefois, la descendante d’une femme ménopausée précocement peut l’être aussi», avance prudemment la gynécologue.

Il faut attendre une période consécutive de 12 mois sans les règles pour parler de ménopause. «Les périodes d’agitation, marquées par les bouffées de chaleur, la baisse de libido ou l’arrêt du cycle menstruel entre 45 et 55 ans témoignent de signes manifestes de la ménopause. Cependant si vous êtes moins âgées et que vous observez ces symptômes, vous devez consulter un médecin», conseille Cephora Anglade.

 Les bouffées de chaleur renvoient à une sensation brusque de chaleur généralement plus intense au niveau du visage et du cou. La femme connaît aussi une sensation d’angoisse et des palpitations. Elle a alors si chaud qu’on peut la voir transpirer. « Cette sensation peut durer une à cinq minutes, selon Dr Anglade. Elle peut survenir plusieurs fois durant la journée ou la nuit. Quand la ménopause s’installe, la femme ne finit pas avec ces signes qui peuvent durer encore quelques années. »

 Une période mal comprise 

Lorsque les règles cessent, il y a un dysfonctionnement « brutal » au niveau du corps de la femme. À ce stade, avance Cephora Anglade, la ménopausée a des troubles de sommeil. Elle grossit. Sa peau se dessèche. Son vagin se lubrifie de moins en moins. Ce qui rend les rapports sexuels douloureux et provoque, du coup, une baisse de la libido. En même temps, le manque d’activité sexuelle rend souvent anxieuse, dépressive et met les nerfs à fleur de peau. Ses cheveux perdent leur brillance, deviennent secs et clairsemés.  « À la ménopause, la femme présente une fragilité des os qui peut occasionner facilement des fractures si elle trébuche. Cette condition est l’ostéoporose. »

Tous ces changements peuvent entraîner des troubles psychologiques et des tensions de couples. Les femmes craignent la vieillesse et se voient comme des « grand-mères » à travers leur miroir. « Certaines d’entre elles laissent délibérément partir leur conjoint insatisfait de leur performance sexuelle». Pourtant, ce stade exige le support émotionnel et moral de leur environnement, particulièrement de leur conjoint. « Cet accompagnement est aussi important pendant la ménopause que pendant la grossesse. À la ménopause, la femme pense avoir perdu tout son charme comme l’homme qui perd sa virilité», ajoute Dr Anglade.

« Comme une femme enceinte, une femme ménopausée a besoin du soutien de son environnement», Cephora Anglade, gynécologue.

 

La gynécologue affirme qu’elle reçoit généralement en couple les patients pour les cas d’infertilité, ou de grossesse. « Mais, les femmes viennent souvent seules quand il s’agit de ménopause ». Cephora Anglade croit que la société a des préjugés contre les femmes ménopausées qui sont souvent traitées de « nèchèch »  à cause de leur irritabilité et les sauts d’humeur.

 Mieux vivre sa ménopause

Malgré ses manifestations acariâtres, la ménopause peut être supportée s’il y a une prise en charge médicale adéquate. « La femme doit améliorer son alimentation, sinon, elle risque de prendre du poids. Pour les femmes qui avant la ménopause avaient des prédispositions de maladies cardio-vasculaires (diabète, hypertension et cholestérol), les risques deviennent plus élevés», prévient Dr Anglade. Si elle fume, la ménopausée devrait ralentir ou arrêter de fumer. D’ailleurs, le tabac favorise la ménopause précoce, affirme la spécialiste.

À ce stade, les femmes ont également besoin de s’impliquer socialement. La sensation des bouffées de chaleur peut disparaître après 4 ou 5 ans, mais les crises d’angoisse peuvent durer plus longtemps. «En ce sens, conseille la gynécologue, les femmes doivent avoir des activités sociales de divertissement».

Les médicaments ne sont pas obligatoires pendant la ménopause. « Certaines femmes ne pouvant supporter la douleur des relations sexuelles demandent souvent un traitement hormonal de substitution. » Ces hormones permettent à la femme de regagner certaines capacités comme la lubrification vaginale. Le traitement en question doit avoir lieu avant l’âge de 60 ans et ne doit être administré que durant les premières années après la ménopause (4 ou 5 ans). Cependant, ce traitement de substitution n’est pas envisageable pour une femme menacée de cancer gynécologique ou de thrombose.

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Laura Louis
Etudiante en service social. Je suis de celles et ceux qui croient au journalisme utile. J'écris donc je suis.

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