ART & LITERATURECULTURE

Santiago et Rutshelle, une affaire d’émotions

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Sous l’invitation du Club Culturel Zantray, le samedi 31 octobre 2015 dernier, la très populaire chanteuse haïtienne, Rutshelle Guillaume a été  sur scène pour une deuxième fois à Santiago, en République Dominicaine. Contrairement aux inquiétudes du départ, ce fut une soirée réussie. Organisateurs, spectateurs peuvent en témoigner. Entre la belle performance de l’artiste et la satisfaction du public, retour sur une soirée musicale riche en émotions.

Prévue à 20h, l’activité a officiellement démarré vers 22h15 avec les excuses maladroites du MC de la soirée qui, tant bien que mal a fait usage de son humour pour égayer une bonne partie de l’assistance, visiblement mécontente du retard accumulé.

En effet, avant  le plat principal, le public a été servi de plusieurs déclamations de texte, de chorégraphies de danse offertes par les talentueux artistes du Club Culturel Zantray. Les diseurs et danseurs nous ont gratifiés d’une superbe prestation. D’un autre côté, le DJ de service a été à la hauteur de sa mission. Sa dextérité au Denon n’a pas manqué de faire bouger les pieds et les têtes, en attendant l’arrivée de Rutshelle.

Minuit 03 minutes, c’est un public en extase qui a accueilli la rentrée de Rutshelle, élégamment vêtue de noir pour la circonstance. Son jeans moulant n’a rien caché de sa belle architecture corporelle. « Manzè anfom papa », a renchéri un ami, visiblement sous le charme des courbes affriolantes de l’artiste. Quel régal pour les yeux. Bref.

Après quelques mots de salutation, la prestation a tout de suite démarré avec «W ale », morceau au contenu émotionnel retrouvé sur le premier disque de la chanteuse aux talents prouvés. Cette interprétation s’est terminé sous des longs applaudissements, noyés dans des cris cacophoniques venus de la salle, remplie comme un œuf pour cette activité. Très bonne rentrée, en dépit de certains déchets dans le système de sono.

Entre-temps, environ cinq jeunes garçons, probablement avides de visibilité ou sous les effets incontrôlables de l’alcool, ont vainement tenté d’intimider l’invitée, en scandant de toutes leurs forces le nom de Roody Roodboy, l’ex-petit ami de la star. L’atmosphère paraissait tellement inconfortable que l’artiste a jugé nécessaire de réclamer silence à la foule. Message qui a été apparemment bien reçu.

Fini ce petit instant de frayeur, l’ambiance a repris ses droits sur la petite scène du Collège Genèse où les spectateurs sont majoritairement venus apporter leurs soutiens psychologiques à l’artiste, exposée depuis quelques semaines sous les feux des critiques de certains moralistes.

« Fè m bliye », « Tourner la page », « Mèsi ti cheri doudou » ont été successivement interprétés avec la même vigueur du départ. Et  à chaque morceau, c’est un public surchauffé qui reprend en chœur les refrains. Quelle complicité.

Consciente de cette symbiose entre elle et la foule, l’interprète de « Lanmou vle nou » en a intelligemment exploité pour se rapprocher du public dans chaque geste, dans chaque « gouyad », dans chaque prise de parole. Elle était à l’aise comme un poisson dans l’eau. « Quelle chanson, voulez-vous que je chante maintenant, lance-t-elle dans la salle » ? En pleine euphorie, comme un seul un homme, toute l’assistance réclame « Spécial », morceau circonstanciel, rappelant en substance les jours heureux du couple Roody-Rutshelle. Pour la satisfaction des fans, la chanteuse a repris avec sourire quelques passages de la chanson, tout en modifiant certaines parties. Par ailleurs, entre la rage et l’humour, l’ancienne amoureuse de Katalog en a profité pour lancer quelques phrases au contenu dérisoire. Ce qui n’a pas manqué d’animer la foule, visiblement assoiffée de sensation.

D’interprétation en interprétation, l’ambiance s’est intensifiée au rythme de la même énergie que dégage Rutshelle face à cet auditoire grisé de joie. « Je suis », « Bon jan van » ont eu les effets escomptés. En plus, la chanteuse n’a manqué de faire usage de ses talents pour la danse.

Il sera bientôt 1h du matin. Place au tube « Pou ki w pat konprann mwen ». Dès les premières notes, on sent une sorte de frisson qui envahi l’espace. Ainsi, manifestement sous le choc, au milieu de l’interprétation, l’ex-copine de Roody Roodboy n’a pas pu s’empêcher de verser quelques gouttes de larmes. Et c’était le comble de l’émotion dans cette salle déjà acquise à la cause l’artiste. « Wow, elle pleure, ça fait de la peine », a tristement murmuré une demoiselle dans mon dos. « Euh, ce coup ne passera pas », a pour sa part rétorqué un jeune homme, préférant de qualifier de ruse et de caprice la réaction de l’artiste, toujours au cœur d’un scandale amoureux qui fait encore des vagues dans le milieu social haïtien. Un sujet qui divise les opinions des apprentis moralistes.

Pas de panique. Le support du public aidant, la chanteuse haïtienne la plus populaire des réseaux sociaux a trouvé l’énergie suffisante pour continuer le show et terminer le spectacle en toute beauté. Un peu après 1h AM, dans une salle en liesse, « Kite m kriye » vient mettre fin à une prestation qui aurait dû être plus longue aux commentaires de certains spectateurs. Surtout que Rutshelle a laissé le public sur sa soif, pour n’avoir pas fini de chanter les populaires couplets du tube« Vwazin » de Trouble Boy. Suivez bien mon regard.

Des accolades par-ci, des autographes par-là, la soirée a terminé comme elle a débuté pour Rutshelle ; entre séances de photos avec ses admirateurs qui ont voulu l’arracher comme des petits pains chauds. Pari réussi Ruth.

Osman Jérôme

Animateur de radio, travailleur de Santé Mentale, blogueur à MONDOBLOG-RFI, contributeur à AyiboPost.

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