SOCIÉTÉ

Calvary Chapel et Rendez-vous Christ se distinguent par leur libéralisme. Et ça marche!

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À l’heure où les églises protestantes haïtiennes sont critiquées pour leur radicalisme, Rendez-vous Christ et Calvary Chapel se distinguent par leur libéralisme dans l’objectif d’évangéliser autrement

Une caravane défile vers l’entrée d’une maison à l’avenue des Tourterelles à Delmas 75. De l’extérieur, on distingue difficilement le son brouillant d’une musique gospel.

Tout au long de l’avenue, des t-shirts gris tagués « I would like to help you (J’aimerais vous aider) » attirent l’attention. Ils sont portés par des jeunes qui assurent la sécurité du parking et accompagnent, tout sourire, les visiteurs jusqu’à leur place à Rendez-vous Christ.

C’est ici qu’un hangar aux structures métalliques abrite l’église depuis 44 mois. Mackenson Gabriel affecté au service d’accueil y persévère, lui, depuis 2013. « Avant j’allais à une église à Bolosse puisque c’est là que ma mère m’y emmenait depuis mon enfance. Mais, un jour, je me suis présenté dans un culte dominical en habit décontracté et les fidèles n’ont pas arrêté de me juger du regard », révèle le jeune homme.

L’expérience de Thierry Plonquet n’est pas différente. Le jeune homme arbore une coiffure à la mode faite de longues tresses ondulées avec des dégradés aux tempes. Il explique qu’il n’était pas considéré dans son ancienne assemblée. On se focalisait plutôt sur les principes que sur les gens. « Or, ici, lance-t-il, on pratique ce que dit la Bible et je me sens important pour la communauté. »

La diversité saute aux yeux à l’église Rendez-vous Christ. Piercings. Tatouages. Locks. Cheveux colorés. Les looks sont variés depuis la chaire jusqu’à l’assemblée.

Calvary Chapel 

La réalité d’un dimanche matin n’est pas plus différente à Calvary Chapel située à Puits-Blain. L’église a été fondée en 2007 par le pasteur Seige Poteau après qu’il ait vécu plusieurs années aux États-Unis.

Léonie Alexandre, étudiante en sociologie à la faculté des Sciences humaines y persévère depuis 2013 et fait partie actuellement du staff logistique. « J’avais abandonné l’église pendant longtemps à cause des principes trop affligeants. Puis un jour, une amie m’a présenté la brochure de l’église et j’ai remarqué que l’étude de la bible se faisait livre par livre, chapitre par chapitre, verset par verset. Cela a tout de suite attiré mon attention. »

Elle se souvient qu’à sa première visite, le pasteur Poteau enseignait sur la sainte cène. « Ce jour-là, poursuit-elle, il a remis en question tout ce qu’on m’a inculqué depuis mon enfance, en se basant sur la bible. »

Léonie affirme qu’elle a été « émerveillée » par la prédication dès la première fois. « À Calvary, tout est argumenté selon la Bible et les leaders ne vous jugent pas selon votre apparence ou la tradition », renchérit-elle.

Points communs 

La femme est intégrée au même rang que les hommes. Pour se justifier, Julio Volcy, pasteur titulaire et fondateur du RVC explique qu’en Haïti les leaders évangéliques « priorisent la culture au lieu de la bible. » 

À l’instar de Seige Poteau, lui aussi a vécu aux États-Unis pendant plusieurs années. Et, pour faire écho de leurs messages, les deux églises disposent d’une importante équipe de communication qui assure leur présence sur Internet et parfois dans des stations radiophoniques.

Les leaders desdites assemblées répondent qu’ils reçoivent en moyenne 1500 fidèles entre les deux cultes du dimanche. Mais, des services de prières, des études bibliques et autres activités sont réalisées durant toute la semaine.

Les deux églises disposent d’une équipe de professionnels qui travaillent en plein temps au niveau de leur administration. Julio Volcy a confirmé que, dans son assemblée, ces derniers perçoivent un salaire régulier.

Les raisons d’une tendance libérale

« À Calvary Chapel, notre mission est de prêcher la Bible livre par livre, chapitre par chapitre, verset par verset », affirme Fenel Jocelyn, pasteur titulaire de Calvary Chapel. Ce, dit-il, dans le but de transformer « le cœur des gens » pour une meilleure société.

Le leader reprend mot pour mot le message placardé sur la partie extérieure de la clôture de son assemblée : « L’église n’est pas un musée pour les saints, mais un hôpital pour les pécheurs. » Voilà ce qui explique, en partie, les critiques justifiant le libéralisme de son assemblée.  

Pour essuyer les critiques des leaders traditionalistes, Fenel Jocelyn, estime que « tout est dans la pratique. » « Plusieurs chrétiens composent nos administrations publiques et privées qui sont pourtant gangrénées par la corruption. Or, c’est à ce niveau que la comparaison doit se faire entre traditionalistes et libéraux » toujours selon Jocelyn.

Quant à Julio Volcy, il affirme qu’à Rendez-vous Christ « nous accordons plus d’importance à l’action qu’au discours. Personnellement, je me préoccupe à influencer les autres par mes actions que par mes paroles. »

Le leader affirme que le message de l’église qu’il dirige, « tout comme celui prêché par Jésus-Christ », priorise les gens. « C’est pourquoi un bon nombre de personnes qui ont abandonné l’église auparavant se sont ainsi converties à notre assemblée », poursuit-il.  

Pas que le spirituel

Outre les activités spirituelles, les deux églises s’investissent également dans l’éducation et la réinsertion sociale des jeunes. Depuis 2010, les 3 centres du programme « Défi jeunesse d’Haïti » dirigés par l’administration de Rendez-vous Christ accueillent des jeunes piégés dans la délinquance.

À Calvary Chapel, ces programmes sont nombreux. L’église dispose d’un programme d’appui à travers une dizaine de prisons du pays, d’un centre d’accueil pour les enfants des rues, d’un programme de réinsertion sociale pour les femmes victimes de grossesse précoce, etc.

Selon le pasteur Fenel Jocelyn, plusieurs de ces anciens enfants de rues composent actuellement l’administration de l’église.

Et le financement ? 

À Calvary Chapel comme à Rendez-vous Christ, ce sont les fidèles qui, à travers leurs dons et offrandes, supportent les activités répondent respectivement les pasteurs titulaires. « Le programme Défi Jeunesse d’Haïti obtient un support extérieur. À part cela, tout est misé sur le don et les offrandes des fidèles », révèle Volcy.

Assis dans son bureau, le pasteur Jocelyn affirme également que les églises Calvary réparties dans le monde entier depuis 1965 sont indépendantes les unes des autres.

Commentaires

Hadson Archange ALBERT
Journaliste et communicateur

    Le problème complexe des marchands qui s’installent sur les routes nationales

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    OPINION: La presse, la diplomatie et l’éducation font aussi partie système

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