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Photos | Que traduit la colère suscitée par la mort de Zamy en Haïti ?

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C’était l’une des rares fois en Haïti que la génération dite « génération Z » – c’est-à-dire les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 – descendait massivement dans les rues dans le cadre d’une marche pacifique pour dénoncer l’impunité et condamner les assassinats qui se multiplient en Haïti dans un contexte d’insécurité généralisée

La mort tragique de Wanderson Zamy, âgé de dix-neuf ans, a plongé dans la tristesse sa famille, ses amis, ses anciens camarades et ceux qui le connaissaient à travers les réseaux sociaux.

C’était l’une des rares fois en Haïti que la génération dite « génération Z » – c’est-à-dire les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 – descendait massivement dans les rues dans le cadre d’une marche pacifique pour dénoncer l’impunité et condamner les assassinats qui se multiplient en Haïti dans un contexte d’insécurité généralisée.

Selon des témoignages recueillis par AyiboPost auprès de personnes informées des faits, Zamy, qui se trouvait à l’arrière d’une moto circulant près du ministère de l’Éducation nationale, à Delmas 83, a été atteint d’une balle à l’abdomen.

Ce jeune homme, qui venait tout juste de subir les examens du baccalauréat et passionné de basketball, est décédé sur le chemin de l’hôpital.

Plusieurs témoins accusent des agents de sécurité du ministère d’avoir ouvert le feu en tentant de disperser un groupe d’enseignants stagiaires manifestant devant les locaux pour réclamer leur intégration dans le système éducatif.

Sur TikTok, plateforme où Wanderson Zamy produisait du contenu vidéo, de nombreux jeunes qui le connaissaient ou le suivaient ont dénoncé le drame et réclamé justice pour lui et réparation pour sa famille.

Trois jours plus tard, le 21 août, la frustration sur la toile s’est transformée en mobilisation devant le ministère de l’Éducation nationale, à Delmas 83.

Sur TikTok, plateforme où Wanderson Zamy produisait du contenu vidéo, de nombreux jeunes qui le connaissaient ou le suivaient ont dénoncé le drame et réclamé justice pour lui et réparation pour sa famille.
« Ce qui est arrivé à Zamy pourrait arriver à n’importe qui d’entre nous. C’est triste de voir la vie d’un jeune se terminer de cette manière », déclare à AyiboPost Paul Castro, 29 ans, ancien du collège Canado-Haïtien, ayant participé à la marche.

Les jeunes manifestants ont brandi des pancartes, des photos de Wanderson Zamy, et ont allumé des bougies sur les lieux du drame.

Plusieurs centaines de protestataires – parmi eux des personnalités populaires sur TikTok et d’autres réseaux sociaux – vêtus de blanc et de noir pour la plupart, portant des t-shirts floqués du portrait de Wanderson Zamy, ont répondu à l’appel de plusieurs organisations de jeunesse.

L’émotion était palpable tout au long du parcours.

« Ça ne fait aucun sens d’ôter la vie à un jeune de dix-neuf ans dans ces conditions », lance devant les caméras des journalistes Kevin Mésidor, connu sous le nom d’Aurélie the drama sur les réseaux sociaux.

La foule a défilé jusqu’à la Primature et au siège de la présidence, à Delmas 60.

Là, ils ont adressé plusieurs messages aux autorités de l’État.

La mobilisation a également pris d’autres formes.

Ça ne fait aucun sens d’ôter la vie à un jeune de dix-neuf ans dans ces conditions
– Kevin Mésidor

Le 26 août, un collectif d’une quinzaine de jeunes met en ligne une vidéo dans laquelle ils dénoncent la mauvaise gouvernance, la corruption, l’injustice et la mort de Wanderson Zamy.

La vidéo a été vue plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux.

Joint par AyiboPost, Bervens Thierry Fréjuste, 24 ans, qui a coécrit le script, explique avoir été bouleversé par la mort de son jeune ami.

« Le texte que j’ai écrit en l’honneur de Zamy fait sa route et laisse des étincelles d’espoir dans mon cœur. Je suis prêt à continuer à allumer la braise de cet esprit patriotique parmi les jeunes de ma génération », confie le jeune étudiant en gestion des affaires à AyiboPost.

À la même date, les responsables du Collège Canado-Haïtien, où Wanderson était scolarisé, ont organisé une cérémonie d’hommage en présence de sa famille et de ses anciens camarades de classe.

Wanderson Zamy vient allonger la liste de plusieurs milliers de civils morts par balles en Haïti ces dernières années.

Selon les Nations unies, plus de 3 000 personnes ont été tuées pendant les six premiers mois de l’année 2025.

La disparition brutale de Wanderson Zamy fait écho à d’autres drames similaires survenus dans le pays.

Wanderson Zamy vient allonger la liste de plusieurs milliers de civils morts par balles en Haïti ces dernières années.

En février 2025, Macénat Lebelt, jeune étudiant du Centre d’études diplomatiques et internationales (CEDI), est mort après avoir été atteint d’une balle en pleine salle de classe, à Bourdon.

Grégory Saint-Hilaire, âgé de 29 ans, a perdu la vie en octobre 2020 dans des circonstances également tragiques. L’homme a été atteint d’une balle tirée par un agent de l’Unité de sécurité générale du Palais national, au sein même de l’École normale supérieure, à quelques mètres du Palais national.

Ces épisodes violents illustrent la gravité de la crise sécuritaire que traverse le pays, où de plus en plus d’armes illégales circulent et où des responsables des droits humains s’interrogent sur la formation et la conduite de ceux qui sont censés incarner le professionnalisme dans l’usage des armes.

Depuis quelques années, les plateformes numériques, très utilisées par les nouvelles générations, se trouvent au cœur de plusieurs mouvements sociaux à travers le monde.

En 2024, au Kenya, des jeunes ont massivement protesté contre un projet de loi sur les finances jugé injuste.

Mobilisés via TikTok, X (anciennement Twitter) et Instagram, ils ont lancé les hashtags #RejectFinanceBill2024 et #RutoMustGo, organisant des manifestations dans tout le pays.

Des milliers de manifestants ont pris d’assaut, le 25 juin 2024, le Parlement, entraînant la mort de dix-neuf personnes et des centaines de blessés.

Face à cette pression, le président William Ruto a retiré le projet de loi le lendemain.

Le lendemain de la marche organisée par les jeunes, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle a annoncé prendre des mesures conservatoires contre quinze agents de sécurité présents lors du drame survenu le 18 août, tout en précisant qu’il attendrait les conclusions de l’enquête judiciaire pour faire toute la lumière sur l’affaire.

Quelques jours plus tard, le 28 août, la Direction centrale de la police judiciaire a procédé à l’arrestation de Ferdinand Saint Fleur, agent de sécurité du MENFP, pour son implication présumée dans la mort de Wanderson Zamy, selon Lionel Lazarre, porte-parole de la Police, qui a souligné que l’enquête était toujours en cours.

Les funérailles de Wanderson Zamy ont été chantées le 27 août à l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville. Un moment très émouvant où de nombreux jeunes, sa famille, ses amis et des personnalités publiques étaient présents pour lui rendre un dernier hommage.

Quelques jours plus tard, le 28 août, la Direction centrale de la police judiciaire a procédé à l’arrestation de Ferdinand Saint Fleur, agent de sécurité du MENFP, pour son implication présumée dans la mort de Wanderson Zamy, selon Lionel Lazarre

« Cette marche organisée le 21 août, c’est le déclic de ce qu’on pourrait accomplir. Les jeunes doivent garder ce même esprit de mobilisation, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur le terrain. Zamy doit être le dernier à trouver la mort dans ces conditions », conclut Paul Castro à AyiboPost.

Par : Wethzer Piercin & Jean Feguens Regala

Couverture | Dans le cadre d’une marche pacifique visant à dénoncer l’impunité et à condamner la multiplication des assassinats en Haïti, dans un contexte d’insécurité généralisée. Photo : Jean Feguens Regala

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Wethzer Piercin est éditeur à AyiboPost. Il a fait des études en linguistique à l'Université d'Etat d'Haïti.

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