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OP-ED: La police aux Gonaïves n’a nulle part où mettre des prisonniers

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Le commissariat qui sert de prison ad hoc n’a plus de place

Après la tentative d’évasion à la prison civile des Gonaïves le 7 novembre 2019, les prisonniers de cette structure ont été dispersés dans plusieurs centres à travers le pays.

Depuis, la cellule de rétention du Commissariat Toussaint Louverture, qui est un espace construit pour recevoir au maximum cinq prévenus, est transformée en véritable centre carcéral. Aujourd’hui, on compte près de 50 détenus entassés dans ce petit espace comme des animaux sauvages.

Des travaux de réparation de la prison civile sont en cours, mais elles ne sont toujours pas achevées.

En pleine crise du Covid-19, le risque de contamination devient important par le fait que les personnes retenues au commissariat ne peuvent pas bouger normalement, voire même s’allonger pour dormir dans cette pièce exiguë. Plusieurs hommes de loi et organisations de la société civile de la ville ont dénoncé énergiquement les conditions dans lesquelles se trouvent ces citoyens.

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À cause de ce problème d’espace, il est impossible aux autorités policières d’exécuter les mandats d’amener. Cet état de fait a été précisé par l’inspecteur François Dieudonné, un responsable de la hiérarchie administrative du commissariat Toussaint Louverture dans une conférence de presse jeudi dernier pour attirer l’attention du public sur le laxisme des autorités.

Entre temps, les actes malhonnêtes se multiplient comme des champignons, les chevaliers de nuit et les fauteurs de troubles continuent de semer le deuil à tort et à travers dans la cité.

« Mwen genyen 3 manda damne nan menm la, mwen paka egzekite yo. Si m egzekite yo, y ap lage moun yo paske pa gen espas nan gadavi a ankò », déclare Maître Nuxon Gilles, un avocat du Barreau des Gonaïves.

Les autorités judiciaires se trouvent donc dans l’impossibilité d’assurer la distribution du service public de la justice. En dépit de la gravité de la situation, l’actuel titulaire du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique, Lucmane Délile, tarde à apporter une solution.

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Puisqu’il n’y a aucun espace pour déposer les éventuels bourreaux de la population ou des repris de justice, les mandats d’amener ne peuvent plus être émis. De ce fait, ils sont transformés en simple invitation. Ainsi, la justice est dépourvue de sa force contraignante.

La décision de fermer la prison civile des Gonaïves a été prise après la mutinerie suivie du viol collectif d’une dizaine de femmes, dont une mineure, début novembre 2019. Un détenu a été tué lors de l’évènement. Quatre blessés ont été à déplorer, dont 3 détenus et un agent de la Direction de l’administration pénitentiaire (Dap).

Cet incident découle de « l’irresponsabilité et de la négligence des autorités au plus haut niveau de l’État », avait révélé un rapport d’enquête de la Solidarite fanm ayisyèn (Sofa) et du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), présenté vendredi 6 décembre 2019.

Sans prison pour accueillir les malfrats, l’ordre républicain se trouve menacé dans la cité de l’indépendance. On reste pourtant persuadé que : la Justice élève une Nation ! Donc, mesdames, messieurs et hauts dignitaires de l’Etat, si vous croyez toujours en cette maxime, il est temps d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard.

Maitre Rosemond Steevens
Avocat au Barreau des Gonaïves

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