EN UNESOCIÉTÉ

On est en train de voler le quartier qui m’a vu grandir

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Je regarde mon petit pays avec peine… J’espère vivement qu’un jour nous nous déciderons à nous mettre ensemble pour le bien de ce dernier.

Jeune, étudiante en génie civil, je suis née et je vis en Haïti plus précisément au village Les Palmes. Depuis la fin de mes études secondaires, je suis hors du pays pour ma formation universitaire. Mon rêve, comme celui de la majorité de tant de jeunes, c’est de rentrer dans mon pays après mes études universitaires, d’aider mon pays à avancer, à se développer, plus précisément, depuis le 12 Janvier 2010, aider à sa reconstruction.

Comment m’y prendre? Je veux et je dois retourner dans mon pays qui semble pourtant me repousser. Comment persuader et inciter les jeunes haïtiens poursuivant leurs études à l’étranger à retourner travailler dans leur pays afin de mettre la main à la pâte “pou peyi nou dekole”? Comment encourager les jeunes qui vivent en Haïti à vouloir y rester? Nous sommes nombreux les étudiants dégoutés par l’état actuel dans lequel se trouve notre pays, ce qui crée une certaine hésitation sur la décision d’y retourner ou d’y rester. Je suis perdue ! J’ai peur qu’un jour, en aidant mon pays je ne coule. Avec le drame que vit, ma famille, les résidents du Village Les Palmes et moi, je reste perplexe.

     Depuis plusieurs mois, ma famille, et les autres résidents du village Les Palmes où nous vivions paisiblement, appellent au secours. Des individus mal intentionnés, lourdement armés se croyant tout permis, nous proférant des menaces, se sont installés anarchiquement au village dont nous sommes propriétaires depuis des générations. Ils essaient illégalement de s’accaparer de nos propriétés par la force. Ils ont complètement détruit la flore et la faune de la zone qui était très verte, séquestré des habitants du village, ouvert le feu en direction de ma mère…Dieu soit loué elle n’a pas été atteinte.

Il y a urgence!

Que devons- nous faire, que n’avons-nous pas encore fait pour trouver justice? De nombreuses correspondances ont été adressées aux instances concernées et certaines publiées sur les journaux. Mais hélas point de réponse! Des visites sans réponse dans les bureaux de l’Etat ont été effectuées. Une note de l’association des notaires a même été publiée, reconnaissant l’authenticité de nos titres de propriété, pourtant nous sommes aujourd’hui toujours dans la même situation. Une situation de stress et d’angoisse, voyant des inconnus agressifs chez nous, faisant tout jusqu’à l’inadmissible et l’invraisemblable afin de s’approprier de nos biens acquis après des années de dur labeur de nos ancêtres.

Que devient le respect du bien privé? Selon l’article 36 de la constitution haïtienne, la propriété privée est reconnue et garantie! Que doit-on faire pour obtenir justice? C’est à se demander si désormais, le vol est permis et non puni en Haïti.

Pourquoi donne-t-on le temps d’agir à ces individus ?

Pourquoi ont- ils le droit de faire du tort à qui ils veulent, à visière levée sans être inquiétés?

Pourquoi ne sont-ils pas interrogés et punis pour banditisme en flagrance continue sur biens d’autrui?

Pourquoi ces gens me semble-t-il être protégés?

Par qui ? La question sans réponse dirait-on, mais non il n’est pas difficile de la trouver.

La réponse y est mais implique une autre question : où ira notre pays si la propriété privée n’est pas garantie, si les hors- la- loi font la loi, si la justice piétine la justice, si le droit a perdu ses droits, si aucune valeur n’a de valeur, si tout s’obtient seulement au prix de l’argent et de la force?

Le temps passe et comme l’a si bien dit un intervenant sur ce problème foncier, ces gens font avancer leur procédure macabre grâce à un réseau ayant des ramifications partout dans le système judiciaire et dans l’Etat, pour porter les vrais propriétaires terriens à bout.

Qui a intérêt à les laisser faire et pourquoi?

Quelle est cette stratégie?

Elle me laisse une fois encore perplexe.

Pourquoi en arriver jusque-là et avoir à prendre des dispositions après que “chwal la fin pase” comme diraient nos grands-parents ? Est-ce parce que nul n’est au courant de ce qu’endure ma famille et tous les résidents du village Les Palmes en ce moment ? J’en doute, nous en avons parlé à la radio, sur les journaux et sur tous les réseaux sociaux et toutes les instances concernées de loin ou de près ont été atteintes et informées à l’oral et à l’écrit avec accusé de réception.

Cette année, pour la 7ème édition du sommet de la finance, le thème était basé sur l’investissement dans le secteur de l’immobilier. Mais comment développer Haïti si nous, les citoyens haïtiens avons peur d’investir au risque que des individus viennent s’accaparer des fruits de nos heures, mois et années de dur labeur. Comment attirer les investissements étrangers si nous nous effrayons nous-mêmes ?

Battons-nous pour un lendemain meilleur. Ma famille en parle partout, mais beaucoup d’autres victimes de cette même situation de spoliation dans le pays, gardent le silence par peur. Une chose est sûre, le silence n’est pas la clé ouvrant la porte de sortie de cette situation de terreur. Il est temps que nos droits soient respectés, il est temps que la paix règne dans notre pays afin de pouvoir avancer ensemble. Il est temps que les coupables d’un acte injuste et méchant quel que soit les postes qu’ils occupent, leur titre, leur rang social, leur niveau d’étude, ou autres soient punis. Crions haut et fort pour dire non à l’anarchie! Non à l’impunité! Non à l’indifférence de l’Etat vis à vis de ses citoyens!

Marie Sophie Benoit

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