Introduite en Haïti après les bouleversements politiques de 2004 contre le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, la Capoeira s’est d’abord implantée dans le quartier de Bel-Air à travers les programmes de l’organisation brésilienne Viva Rio en Haïti
Au Centre culturel Brésil-Haïti, à Pétion-Ville, les rayons déclinants du soleil de quatre heures filtrent entre les branches des arbres et dessinent des arabesques d’ombre sur le sol.
Ils s’attardent sur les silhouettes en sueur d’une petite troupe d’une quinzaine de personnes, ce jeudi 19 février 2026.
La poitrine haletante, l’œil aux aguets, la petite troupe forme une ceinture humaine autour de deux membres qui, à tour de rôle, esquissent une chorégraphie de coups de pied circulaires, d’acrobaties et d’esquives fluides.
Le tout rythmé par des balancements agiles des corps qui tentent de suivre la cadence effrénée d’une musique afro-brésilienne diffusée en fond sonore.

En réalité, ces participants pratiquent la Capoeira, un art martial afro-brésilien qui mêle combat, musique, danse et acrobaties.
Bien que les origines de la Capoeira n’aient pas été complètement élucidées par les historiens, beaucoup s’accordent à reconnaître dans cette pratique une forme de rébellion contre la société esclavagiste au Brésil pendant la période coloniale, qui se déploie à partir du XVIᵉ siècle.
Introduite en Haïti après les bouleversements politiques de 2004 contre le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, la Capoeira s’est d’abord implantée dans le quartier de Bel-Air à travers les programmes de l’organisation brésilienne Viva Rio en Haïti.
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« Son introduction dans ce quartier résultait d’un programme de promotion de la paix à travers le désarmement et la réinsertion », explique Rodney Jean Marc, l’une des figures les plus en vue de l’enseignement de la Capoeira en Haïti depuis plus d’une quinzaine d’années.
Selon Jean Marc, plus de 500 jeunes ont été initiés à la Capoeira lors de son introduction à Bel-Air, ce quartier populaire réputé pour sa forte identité culturelle.
« Ce sont des jeunes qui ont redéfini leur avenir loin des balles et de la violence », souligne-t-il.
Au fil des années, la Capoeira s’est étendue à d’autres quartiers de la zone métropolitaine, comme La Saline, Cité Soleil, Fort-National et la Plaine du Cul-de-Sac.
« Plus de 10 000 jeunes ont été initiés à la Capoeira depuis 2008 dans les quartiers susmentionnés, ainsi que dans d’autres zones du pays », confie Jean Marc à AyiboPost.
Introduite en Haïti après les bouleversements politiques de 2004 contre le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, la Capoeira s’est d’abord implantée dans le quartier de Bel-Air à travers les programmes de l’organisation brésilienne Viva Rio en Haïti.
Les participants rencontrés par AyiboPost au local du Centre culturel Brésil-Haïti viennent pour la plupart de zones aujourd’hui complètement sous le contrôle de gangs armés, comme Martissant, Bel-Air ou le bas de Delmas.
« La Capoeira est un refuge, une évasion, un moyen de développement personnel », reconnaît auprès d’AyiboPost Célamy Edgary, alias « Pùça », un moniteur de Capoeira rencontré sur place.
Pour Werner Garbers Elias Pereira, directeur général du Centre culturel Brésil-Haïti, la Capoeira est un manifeste de « résistance et de résilience », « un espace de créativité et de bien-être », dans un contexte de surchauffe des esprits causée par l’insécurité.

Selon le responsable, la Capoeira renferme une philosophie communautaire en faveur de la paix.
La pratique de cet art martial brésilien au Centre culturel Brésil-Haïti se déroule dans un contexte de raréfaction des espaces de loisirs dans la zone métropolitaine, où plusieurs centres culturels ont fermé ou délocalisé leurs activités en raison de l’insécurité.
Détachée des autres sports par son caractère ludique et acrobatique, la Capoeira s’exécute dans un cercle appelé « roda », formé par les capoeiristes, au sein duquel deux d’entre eux s’affrontent.
« Plus de 10 000 jeunes ont été initiés à la Capoeira depuis 2008 dans les quartiers susmentionnés, ainsi que dans d’autres zones du pays », confie Jean Marc à AyiboPost.
Les autres participants rythment le « jeu » en chantant, en tapant des mains et en jouant d’instruments à percussion, sous l’œil vigilant d’un maître qui veille à la cohésion du groupe et au respect du code rituel.
La plupart des capoeiristes reçoivent un apelido (surnom) donné par leur maître ou leur groupe, pouvant être lié à leur personnalité, à leur physique ou à une anecdote.
La Capoeira repose sur des mouvements servis par une grande souplesse du corps. Les pieds sont très utilisés, ainsi que les mains, la tête, les genoux et les coudes.
Lors des séances, les joueurs s’affrontent. Ils s’appuient aussi sur leurs mains pour effectuer des coups de pied ou d’autres acrobaties.


Autrefois associée à la violence en raison de son appropriation par des bandes rivales au Brésil, la Capoeira a été interdite à la fin du XIXᵉ siècle.
Elle a ensuite gagné en popularité et en respectabilité au siècle suivant grâce à des maîtres comme Manuel dos Reis Machado (plus connu sous le nom de Mestre Bimba) et Vicente Ferreira Pastinha (connu comme Mestre Pastinha).
Ces derniers ont contribué à hisser la discipline vers une expression majeure de la culture brésilienne, reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2014.
Myguerbie Jean Louis, alias « Borraxinha », a rencontré la Capoeira en avril 2025, lors d’une séance d’activités sur la santé mentale organisée au Centre culturel Brésil-Haïti.
Sur les conseils d’un ami, elle l’a rapidement intégrée.
Près d’une année plus tard, elle se dit reconnaissante de l’impact positif de cette manifestation culturelle sur sa vie.

« J’ai rencontré la Capoeira à un moment où j’étais dépressive et très abattue. Elle m’a procuré un sentiment d’apaisement grâce à l’évasion que me procurent ses mouvements », confie Jean Louis à AyiboPost.
Acteur social très influent, Jean Marc a représenté Haïti dans différents pays pour des programmes liés à la Capoeira, notamment en Allemagne, au Canada, au Kenya et en République démocratique du Congo (RDC).
En 2009, il fonde Capoeira et Éducation Sociale en Haïti (CESOHA), une organisation à but non lucratif qui perpétue l’apprentissage de la discipline dans le pays, avec l’appui du Centre culturel Brésil-Haïti et de l’ambassade du Brésil en Haïti.
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Les actions concertées de ces structures ont permis de décentraliser l’enseignement de la Capoeira vers certaines villes de province, comme Les Cayes, Camp-Perrin ou encore l’Île-à-Vache.
Au fil des dernières années, la Capoeira a investi plusieurs manifestations culturelles majeures en Haïti, telles que le Festival international de jazz de Port-au-Prince ou les festivités carnavalesques, respectivement en 2016 et en 2015.
Depuis environ seize ans, c’est le Centre culturel Brésil-Haïti à Pétion-Ville qui héberge le siège principal de l’enseignement de la Capoeira en Haïti.

Créé en 2012 et administré par la mission diplomatique brésilienne en Haïti, ce centre inscrit ses activités dans le cadre d’une « diplomatie culturelle », dans un contexte de forte influence politique de pays comme les États-Unis ou le Canada en Haïti.
Malgré l’insécurité préoccupante dans certains quartiers, la pratique de la discipline se poursuit dans le pays.
« Nous continuons, autant que possible, à organiser nos ateliers de formation et d’éducation à la Capoeira dans des zones partiellement contrôlées par les gangs, comme le quartier de Bel-Air », confie Rodney Jean Marc à AyiboPost.
Par : Junior Legrand
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