La cyber-escroquerie, appuyée sur des documents d’identité factices, prend des proportions considérables en Haïti, parfois via des plateformes de portefeuille économique comme MonCash et NatCash
Une enquête réalisée conjointement par l’Office national d’identification (ONI) et la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a permis de remonter à un réseau de faussaires de documents officiels constitué d’environ une quinzaine de personnes à la ruelle Rivière au Canapé-Vert, révèle à AyiboPost Reynold Guerrier, le Directeur général de l’ONI.
L’investigation prend son origine dans une enquête d’AyiboPost sur les fausses cartes d’identité sortie en août 2025.
Cette opération a mis à jour un vaste réseau clandestin. Lors de la descente des lieux, les autorités ont trouvé une quantité importante de passeports, d’extraits des archives, de licences, de permis de circulation et d’autres documents administratifs falsifiés.
« Ils semblaient vraiment avoir pignon sur rue », explique Guerrier à AyiboPost, réagissant sur l’ampleur des documents saisis.
Les enquêteurs ont effectué des filatures sur les réseaux sociaux, notamment sur la plateforme de vente en ligne Marketplace, largement utilisée dans la vente de ces services pour remonter le réseau, selon le responsable.
Les résultats de l’enquête – qui est toujours en cours – ont aussi permis d’interpeller un autre individu qui opérait « en loup solitaire » dans la localité de Clercine à Port-au-Prince, poursuit le directeur général de l’ONI.
En 2024, l’administration de Guerrier a licencié douze techniciens de production et huit personnes dans le département de livraison de l’institution sur la base de « preuves tangibles » les impliquant dans un autre réseau spécialisé dans l’extorsion illégale d’argent pour l’obtention ou la réimpression de cartes d’identité.
Mais selon le directeur général, le réseau démantelé à Canapé-Vert n’entretenait aucun lien avec l’ONI.
Ces arrestations lèvent le voile sur la confection illégale de fausses cartes d’identité. Ces activités peuvent compromettre l’intégrité des prochaines élections dans le pays, dans un contexte où des dizaines de milliers de morts figurent sur les listes électorales.
Un article d’AyiboPost en 2025 avait déjà souligné le pullulement dans le pays de fausses cartes d’identification nationale, lesquelles ont servi à leurs détenteurs pour effectuer des transactions dans les services de transfert ou les institutions bancaires.
Ces réseaux de faussaires opèrent aussi dans les villes de province.
Le vendredi 30 mai 2025, la section départementale de la police judiciaire (SDPJ) à Hinche est parvenue à remonter à un réseau de « scammers » qui escroquaient les citoyens, à l’aide – entre autres – de fausses cartes d’identité.
Selon un rapport d’audition provisoire consultée par AyiboPost, cette enquête – diligentée par les autorités départementales via sa division de la cybercriminalité et des fraudes documentaires – indique que ce réseau pratiquait le vol d’identité, l’escroquerie en ligne, l’usage frauduleux de l’image et de données personnelles, ainsi que la création de fausses identités numériques à partir de plateformes comme Facebook et TikTok.
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Wouslendy Jean-Baptiste est l’un des individus interpellés par l’institution policière dans cette enquête. Ce jeune homme, visiblement dans la vingtaine, a admis à son audition avoir effectivement fabriqué une fausse carte d’identification à l’aide d’une photo et des informations personnelles de sa victime volées en ligne.
Jean-Baptiste a également soutenu auprès des enquêteurs opérer en complicité avec une jeune femme. Cette dernière est rémunérée pour répondre au téléphone ou enregistrer des messages vocaux utilisés dans le cadre des escroqueries. L’identité de cette jeune femme reste inconnue des autorités.
Les messages vocaux, toujours selon l’inculpé, étaient transmis via l’application Facebook Messenger, puis envoyés aux victimes pour renforcer la crédibilité des profils fictifs.
AyiboPost a réussi à remonter à deux victimes de Wouslendy Jean-Baptiste et son réseau.
La première est une jeune femme dans la vingtaine, Isa landy Auguste.
Immigrée aux USA, Auguste a découvert en 2022 un faux profil Facebook utilisant son identité aux fins d’extorquer de l’argent à des tiers, notamment par l’entremise du service MonCash.
Merisier, le second, est un résident du département du Sud.
Cet homme – en fin de vingtaine – raconte à AyiboPost que, par le biais de la fausse identité numérique créée par Jean-Baptiste à l’aide de la photo et des informations personnelles de Isa Landy Auguste, il s’est fait extorquer à hauteur de plus de 25 000 gourdes.
« Tout a commencé avec une amitié sur les réseaux sociaux en 2023 qui a bifurqué ensuite vers une relation sentimentale », souligne Merisier.
Cette page d’histoire entre les deux personnes prendra fin lorsque l’opérateur frauduleux a simulé sa mort pour couper tout contact avec Merisier en 2024 après son extorsion.
« Cette histoire m’a bouleversé. Si je n’avais pas un mental d’acier, cela aurait pu m’anéantir », confie Merisier.
Entretemps, la cyber-escroquerie, appuyée sur des documents d’identité factices, prend des proportions considérables en Haïti, parfois via des plateformes de portefeuille économique comme MonCash et NatCash.
Si le service MonCash a imposé en 2022 – conformément à la circulaire 121 de la Banque de la République d’Haïti (BRH) régissant les services de paiement électronique – des champs supplémentaires relatifs à l’identification au procédé d’inscription sur la plateforme, des failles ont néanmoins été signalées.
Par exemple, des captures d’écran du compte de Merisier sur l’application mobile du service MonCash partagées avec AyiboPost suggèrent que son opérateur frauduleux a utilisé la photo de Isa Landy Auguste pour s’identifier dans le service.
Des comptes frauduleux étaient donc validés sur la plateforme.
la cyber-escroquerie, appuyée sur des documents d’identité factices, prend des proportions considérables en Haïti, parfois via des plateformes de portefeuille économique comme MonCash et NatCash
L’année dernière, des responsables du service MonCash avaient soutenu auprès d’AyiboPost l’existence de démarches de régularisation identitaire, conjointement menées avec les autorités compétentes.
Le lundi 2 juin 2025, un communiqué de presse du service MonCash a notifié la suspension de tous les comptes non-vérifiés sur la plateforme et que seuls les clients identifiés pouvaient effectuer des dépôts en espèces chez les agents autorisés de l’institution.
Cette décision visant à « réduire les pratiques frauduleuses et assainir le secteur numérique et financier du pays » survenait après une décision de la Banque centrale en juin 2024, faisant exigence aux entreprises offrant des services de paiement électronique d’obtenir auprès d’elle une autorisation préalable, avec des informations relatives à leurs actionnaires principaux, leurs administrateurs, leurs dirigeants et vérificateurs.
Le lundi 2 février 2026, un journaliste d’AyiboPost s’est rendu dans certains bureaux de transactions financières MonCash et NatCash, ainsi que dans une institution bancaire au niveau de la zone métropolitaine.
Jean-Baptiste a également soutenu auprès des enquêteurs opérer en complicité avec une jeune femme. Cette dernière est rémunérée pour répondre au téléphone ou enregistrer des messages vocaux utilisés dans le cadre des escroqueries. L’identité de cette jeune femme reste inconnue des autorités.
Les constats sur place ont permis de conclure qu’il n’y avait, jusqu’à maintenant, aucun système d’authentification des cartes d’identité.
Un employé d’une institution bancaire a aussi été contacté par AyiboPost.
Ce dernier a aussi confié l’inexistence de mesures techniques pour vérifier l’authenticité des cartes. « Nous vérifions simplement les informations personnelles du client et la concordance de la photo sur la carte avec son visage », confie-t-il.
L’employé rappelle toutefois que la vérification de l’authenticité des cartes ne relève pas exclusivement des banques.
« Ce n’est pas à nous de déterminer si une carte est authentique ou non. Si une telle démarche s’avère nécessaire, il appartient d’abord aux autorités compétentes de définir et coordonner les efforts en ce sens, en collaboration avec les établissements bancaires », précise-t-il.
Parallèlement, en août 2025, Reynaldo Camilus, un directeur technique au sein de l’ONI, a soutenu auprès d’AyiboPost que n’importe quelle institution pouvait vérifier l’authenticité d’une carte d’identité à l’aide d’un appareil à “UV light” – un dispositif qui propage des rayons ultraviolets et qui peut faire apparaître les éléments de sécurité d’une carte, invisibles à l’œil nu ou en lumière normale.
Lire aussi : Comment se protéger du cybercrime et des arnaques 2.0 en Haïti ?
Mais, Camilus soulignait aussi pour AyiboPost que « les institutions pouvaient elles-mêmes se procurer ces matériels et que ce n’était pas à l’ONI qu’il revenait de les leur en fournir ».
Le service MonCash de la Digicel a été contacté par AyiboPost. Cet article sera mis à jour en cas de réaction.
Par : Junior Legrand
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