Certains médecins ou centres hospitaliers refusent de soigner des personnes soupçonnées de faire partie de la communauté LGBT+ dans le pays.
À Port-au-Prince ou dans des villes de province, des membres de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transsexuelle (LGBT+) en Haïti se voient souvent refuser des soins à l’hôpital en raison de leur orientation sexuelle supposée ou de leur identité de genre.
Ces occurrences de refus de soins lèvent le voile sur une pratique préoccupante, en contradiction avec le serment d’Hippocrate, les normes internationales sur le droit à la santé et l’éthique de la profession, qui exigent une prise en charge sans distinction de tous les patients.
Elles s’inscrivent aussi dans un contexte où la communauté LGBT+ en Haïti subit de plein fouet les répercussions sanitaires de la suspension de l’aide américaine via l’USAID, intervenue depuis l’investiture de Donald Trump, ainsi que le manque de financements locaux.
Normil Denoil – membre de la communauté M et également connu sous le nom de Catalina – fait partie de la demi-douzaine de victimes ayant témoigné pour cet article.

Normil Denoil, plus connu sous le nom de Catalina. Courtoisie : Catalina.
Un médecin a refusé d’ausculter Denoil en 2019. Il s’est rendu dans un centre hospitalier de la zone métropolitaine pour un bilan de santé, après s’être senti souffrant.
Le professionnel de santé aurait même demandé à son assistante de lui restituer les 1 500 gourdes versées pour la consultation.
« Le docteur m’a dit qu’il ne comptait pas toucher une abomination pareille parce qu’il est chrétien », rapporte-t-il.
Selon Normil, cet épisode a été particulièrement éprouvant pour lui : « Ce jour-là, j’ai essuyé l’une des plus virulentes humiliations de ma vie. »
Du haut de sa vingtaine, Catalina Normil vit avec le syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA). Il a été testé positif au virus à l’âge de seize ans, cinq ans après avoir subi un viol dans le quartier où il habitait à l’époque.
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D’autres victimes rapportent des témoignages similaires.
Dani Alex, membre de la communauté LGBT+, s’est rendu dans un centre hospitalier de Delmas en compagnie de quelques amis pour une analyse de sang en 2022.
Sur place, ce qui devait être un simple bilan de santé a rapidement dérapé.
Les infirmières de l’établissement leur ont suggéré de se rendre dans un autre centre de soins réservé aux « personnes comme elles ».
Le jeune homme explique à AyiboPost être rentré chez lui ce jour-là sans les soins demandés, avec la mort dans l’âme.
Lauren’s Ovide a, lui, expérimenté la discrimination de près pour une enquête sur la qualité des prestations de soins dans les hôpitaux du pays. L’homme de 26 ans s’était rendu au Cap-Haïtien en septembre 2025.

Une photo prise lors d’une séance de formation organisée sous les auspices de l’ACESH. Courtoisie : Gérald Marie Alfred.
Prétextant vouloir être dépisté, il subit une déconvenue qu’il qualifie de « profondément humiliante » à New Hope Hospital – un établissement sanitaire basé à Plaine du Nord.
Des prestataires de soins – une dizaine de stagiaires – refusaient de lui administrer la piqûre.
Selon Ovide, qui milite pour les droits des personnes LGBT+ depuis plusieurs années, cette réticence était précédée de moqueries, de regards insistants, accompagnés de gloussements et de chuchotements déplaisants lors de son entrée à l’hôpital.
Ovide passera plus d’une trentaine de minutes à faire la navette entre plusieurs bureaux de l’établissement pour une prise en charge qui n’arrivait toujours pas.

Une séance de formation organisée par l’ACESH. Courtoisie : Gérald Marie Alfred.
Le dénouement viendra après la dénonciation de ce comportement « discriminatoire » devant l’un des responsables du centre. Ce dernier ordonnera ensuite aux prestataires de soins de donner suite à sa requête.
Plus de six mois après, Ovide ressasse encore l’incident avec amertume.
« Je me sens profondément consterné. C’est désolant que la discrimination contre la communauté M prolonge ses tentacules même au sein des hôpitaux en Haïti », regrette-t-il.
AyiboPost a envoyé une demande de commentaire au New Hope Hospital. Cet article sera mis à jour en cas de réaction.
À Port-au-Prince ou dans des villes de province, des membres de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transsexuelle (LGBT+) en Haïti se voient souvent refuser des soins à l’hôpital en raison de leur orientation sexuelle supposée ou de leur identité de genre.
Contacté par AyiboPost, Ricarven Ovil, médecin, soutient que ces cas de refus de soins dans les hôpitaux contreviennent au principe d’équité consacré par la profession.
Selon le spécialiste, « toute personne a droit aux soins de santé, peu importe son orientation sexuelle, sa religion ou ses moyens financiers ».
« Ces actes [les discriminations], qui relèvent plus de l’aversion personnelle, sont inadmissibles », souligne Ovil, qui recommande le signalement de ces abus à l’administration des centres hospitaliers concernés.
Ces pratiques accentuent encore davantage les vulnérabilités auxquelles sont confrontés les membres de la communauté LGBT+ en Haïti.
Après l’arrêt de l’aide étrangère à travers l’USAID pour les programmes dits de diversité, d’équité, d’inclusion et d’accessibilité (DEIA) par l’administration américaine, une nouvelle décision arrêtée en avril 2025 torpille 42 programmes humanitaires financés par l’agence à travers le monde, équivalant à 1,3 milliard de dollars, dont 5,3 millions pour Haïti.
Par suite de cette coupe budgétaire, dix-neuf organisations « formelles » LGBT+, grandement dépendantes de cette aide, ont confié à AyiboPost avoir été obligées de suspendre ou de réduire drastiquement leurs activités.
Spécialisées dans la défense des droits des minorités sexuelles et de genre en Haïti, ces organisations LGBT+ offraient également des services de santé publique, comme la riposte au VIH/Sida à travers des programmes axés sur le soin, la sensibilisation et la prévention, lesquels englobent des séances de dépistage pour plusieurs milliers de personnes chaque année.
« Ces actes [les discriminations], qui relèvent plus de l’aversion personnelle, sont inadmissibles », souligne Ovil, qui recommande le signalement de ces abus à l’administration des centres hospitaliers concernés.
Des membres de la communauté M en Haïti – l’une des populations les plus vulnérables au VIH – ont exprimé auprès d’AyiboPost en 2025 leur préoccupation face à la rareté soudaine dans le pays de certains intrants pharmaceutiques, comme la prophylaxie pré-exposition (PrEP), une méthode très populaire de prévention contre le VIH.
Des responsables d’organisations LGBT+ ont qualifié cette situation de profondément rétrograde au regard des avancées enregistrées par la communauté au cours des vingt dernières années, dans un pays où persistent encore de solides bastions de préjugés séculaires à l’égard des personnes non hétéronormées.
Des membres de la communauté LGBT+, interviewés par AyiboPost, confient que les occurrences de discrimination dans certains hôpitaux les ont obligés à chercher d’autres alternatives de prise en charge médicale.

Des responsables d’ACESH lors d’une séance de distribution de repas chauds dans un centre de déplacés à Pont-Sondé en 2025. Courtoisie : Gérald Marie Alfred.
C’est le cas de James Seac, un trentenaire membre de la communauté LGBT+.
Après la récurrence de regards torves et de comportements jugés discriminatoires contre sa personne dans différents centres hospitaliers du pays, Seac – pour se faire assister médicalement – révèle à AyiboPost s’être progressivement détourné des hôpitaux en faveur d’une clinique privée à Pétion-Ville depuis deux ans.
Cette décision survient après un épisode de « mépris » qu’il dit avoir subi dans un établissement hospitalier de Delmas, où des prestataires de soins l’ont complètement ignoré pendant plus de trois heures alors qu’il souffrait de douleurs cardiaques.
« J’ai quitté le centre sans avoir été pris en charge », se désole-t-il.
Membre de l’ONU depuis sa création en 1945, Haïti reconnaît – entre autres conventions – les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui catégorisent comme une violation des droits humains l’inaccessibilité aux soins pour cause d’orientation sexuelle.
Mais le cadre législatif national ne protège pas spécifiquement les personnes LGBT+ contre ces pratiques discriminatoires.
En février 2025, deux membres de la communauté LGBT+ ont été brutalement éconduits d’un centre de santé d’une ONG à Saint-Marc alors qu’ils venaient demander des préservatifs, rapporte Gérald Marie Alfred, président de l’Action citoyenne pour l’Égalité sociale en Haïti (ACESH).

Une photo prise lors d’une séance de formation organisée sous les auspices de l’ACESH. Courtoisie : Gérald Marie Alfred.
Selon lui, des personnes sur place leur ont affirmé que les préservatifs et lubrifiants étaient réservés aux personnes hétérosexuelles.
Par : Junior Legrand
Couverture | Une marche LGBT organisée sous les auspices d’ACESH en 2023 lors de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Courtoisie : Gérald Marie Alfred.
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